Suite aux diverses affaires soulevées dans la presse et mettant en cause des pilules contraceptives, l’équipe de Fusion’elle magazine dont je fais partie s’interroge et craint qu’à terme, on ne se dirige vers une remise en cause de la contraception hormonale. C’est pourquoi elle a publié un manifeste à l’adresse de Marisol Touraine, Ministre de la Santé et des Affaires Sociales.
Je vous invite à le lire et à venir grossir les rangs des signataires, si vous vous sentez concerné(e)s par les points que nous soulevons.
En 1971, Simone de Beauvoir rédigeait le manifeste des "343 salopes", publié par le Nouvel Observateur, et par lequel 343 femmes revendiquaient le fait d’avoir avorté. Il fut le premier pas vers la légalisation de l’IVG.
Aujourd’hui, c’est Clémentine Autain qui prend le flambeau dans le même esprit, mais pour une autre cause. LE VIOL… Chaque année dans notre pays, une femme est violée toutes les huit minutes, 75 000 par ans. Sur toutes ces femmes assassinées dans ce qu’elles ont de plus intimes, seulement 8 458 feraient l’objet d’une plainte. Pourquoi ? Par honte, par peur de ne pas être entendue, voire d’être mise en accusation pour un comportement, une tenue vestimentaire, une fréquentation…
Le parcours d’une femme violée déposant plainte est un chemin de croix, comme l’explique très bien cet article paru hier sur l’un des blogs associés de Rue89 "Derrière les barreaux". Le viol est le seul crime pour lequel la victime est systématiquement suspectée de l’avoir provoqué… Cela en dit long sur les mentalités qui règnent encore dans notre pays ! Pourquoi s’étonner donc qu’autant de femmes n’osent faire la démarche de dénoncer. Et pourtant !
Est-ce tolérable que des milliers de femmes détruites n’osent même pas prononcer le mot "viol", même si ce n’est jamais facile ? Il est de bon ton de penser que si l’on n’en parle plus, on oubliera, et ainsi on pourra continuer sa vie normalement. Erreur… On n’oublie jamais.
Est-ce tolérable de voir des violeurs peu ou pas condamner, comme ce fut le cas à Fontenay-sous-Bois il y a quelques semaines ? Pire même, puisqu’ils ont fait corps pour enfoncer leurs victimes, à qui ils ont fait subir des viols collectifs durant des années. Il est bien connu que nombreuses sont les très jeunes filles, consentantes pour subir des pénétrations en chaîne dans une sordide cave d’immeuble…
C’est tout cela qui a incité Clémentine Autain a lancé son Manifeste des 313, pour que le viol ne soit plus un tabou, pour dire aux victimes que si honte il doit y avoir, ce n’est pas dans leur camp qu’elle doit se situer.
Celles et ceux qui connaissent un peu mon parcours ne seront donc guère surpris de savoir que j’ai rejoint ce manifeste. Parce qu’il y a une une vingtaine d’années, j’ai moi aussi subi cela… Oh pas ce que l’on imagine, je ne me suis pas faite violer par un inconnu au détour d’une ruelle sombre, pas du tout ! Mon violeur était l’homme avec qui je partageais ma vie à cette époque, et il n’a pas agit une fois, mais régulièrement durant plus de quatre ans. J’ai mis énormément de temps à oser en parler, j’ai fait des cauchemars durant des années (à vrai dire, il y a moins de 5 ans que je n’en fais plus, alors que j’ai quitté cette homme depuis 18 ans). Et puis un jour, j’ai décidé de coucher sur le papier ce que je ne pouvais formuler. Ce furent de petits textes qui déclenchaient chez moi des torrents de larmes et de douleur. Puis plus rien… Plus rien jusqu’au jour où, enfin, je me suis sentie prête à tout déballer. Ce fut alors la rédaction des "Bleus au corps" que je fis de façon très détachée, sans souffrance, sans larmes. J’en fus très étonnée d’ailleurs.
Je su alors que j’avais terminé le travail sur moi entrepris depuis très longtemps. J’étais capable d’en parler en détails sans me démolir, quelle victoire ! C’est au nom de cette victoire donc, que j’ai rejoint le manifeste, en acceptant que mon nom aille allonger la liste de mes consœurs d’infortune. Et c’est aussi parce que j’arrive au bout de ce long chemin de résilience, que j’ai pris la décision de clore la rédaction de ce manuscrit inachevé depuis quelques années. Parce que lorsque l’on arrive à la fin d’une histoire, après avoir dépassé le mot "Fin", il faut refermer le livre. Je le ferai donc à ma manière… Avec ma plume, puisque c’est elle qui a contribué à me libérer !
Ce moi-ci, j’ai eu en charge la rédaction d’un grand article de société traitant des droits des femmes, pour le magazine en ligne Fusion’elle. Publié hier, je vous invite à en lire ici le début.
C‘était une des grandes promesses du candidat François Hollande, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il l’a tenue. Pour la première fois de son histoire, la France est dotée d’un gouvernement où figurent autant de femmes que d’hommes (17 ministres pour chaque sexe).
Pour les élections législatives qui se tiendront en juin, là encore on observe que certains partis (dont les partis gouvernementaux) tiennent le haut de l’affiche, même si la parité n’y est pas parfaite. Cependant, lorsque l’on entend Jean-François Copé, patron de l’UMP, déclarait fin avril "Je plaide coupable [du non-respect de la parité aux législatives]. Chacun doit comprendre que, dans la période qui est la nôtre, il nous faut absolument avoir le maximum de députés", on se dit que l’idée que les femmes sont incompétentes et pourraient être responsables d’une défaite électorale est encore bien tenace.
C‘est un constat, les femmes en politique sont jugées (bien plus que leurs homologues masculins), et rarement sur leurs compétences. Ainsi durant la campagne des présidentielles, Lionel Lucca a qualifié Eva Joly de « vieille peau », Fadela Amara de « moche », et Nathalie Artaud de « d’enragée ayant la bave aux lèvres ». Bien sûr que non. En 2007, Patrick Devedjian avait lui aussi dérapé, lorsqu’il avait traité son adversaire Anne-Marie Comparini (candidate du Modem) de « salope ». Où sont les arguments pertinents dans tout cela ? A-t-on jamais vu un homme politique traité de façon aussi dégradante ? Bien sûr que non !
Pour lire la suite, je vous invite à vous rendre sur le site du magazine Fusion’elle.

Aujourd’hui 8 mars, c’est la journée internationale de la femme. Eh oui, au XXIème siècle, il y a encore besoin d’une journée pour dénoncer les violences, les abus et les différences de traitement dont font l’objet les femmes de par le monde… Je rêve du jour où il n’y en aura plus besoin parce que nous aurons les mêmes droits que les hommes…
A cette occasion, j’aimerais parler politique. Pourquoi ? Hier soir, j’ai regardé sur Arte un excellent documentaire intitulé "Les suffragettes, ni paillassons, ni prostituées" qui relatait le combat des suffragistes et des suffragettes de Grande-Bretagne. Né à la fin du XIXème siècle, ce combat pour le droit de vote des femmes s’est poursuivi jusqu’à ce qu’elles obtiennent gain de cause en 1918 (à partir de 30 ans) puis en 1928 où elles ont vu leur droit aligné sur celui des hommes (vote dès l’âge de 21 ans). Ce combat a été long, violent et très douloureux, mais elles ont tenu bon. Malheureusement, ce documentaire n’est pas disponible en replay sur le net, uniquement en VOD sur le site d’Arte (mais il vaut le coup, alors si ça vous dit, allez-y !)
En France, il a fallu attendre beaucoup plus longtemps. Alors que l’Ancien Régime accordait le droit de vote aux femmes depuis le XIIème siècle pour les élections municipales (selon les régions), ce droit a été révoqué en 1791. Ce n’est qu’en 1944 qu’est enfin légalisé le droit de vote des femmes, aligné sur celui des hommes. A peine une soixantaine d’années que nous avons le droit de nous exprimer par les urnes et pourtant, aujourd’hui on observe un très fort taux d’abstention lors des divers scrutins.
Cette année 2012 est importante : élection présidentielle suivie de l’élection législative, le tout dans un pays frappé de plein fouet par la crise économique, et dans lequel on a soigneusement entretenu les divisions et la haine de l’autre. Elections pour lesquelles un parti (que je ne citerai pas pour ne pas lui accorder l’importance que je lui renie) a mis à son programme le déremboursement de l’IVG ! De ce point précis, très peu de médias parlent, encore que récemment, sur France Inter, Pascale Clark a osé l’aborder à l’antenne, et n’a pu s’empêcher de laisser sortir son indignation (c’est ICI).
Alors en ce 8 mars, j’aimerais lancer un appel à toutes les femmes qui me liront : ne laissez pas votre droit d’expression, gagné de haute lutte par vos mères et grands-mères, tomber en déshérence et VOTEZ ! Faites entendre votre voix, pour ne pas que de sinistres individus ne restreignent un jour vos droits, pour permettre l’agrandissement de ces mêmes droits, pour montrer que les femmes ne sont pas des sous-citoyennes, mais actrices à part entière de la vie sociale, économique et politique !
Pour que vos filles, plus tard, ne viennent pas vous dire "Tu savais, tu aurais pu agir et tu ne l’as pas fait !"
Je clôturerai ce billet en vous parlant du film "La domination masculine" qui était programmé hier, toujours sur Arte, en première partie de soirée. Édifiant, violent, il montre à quel point tout n’est pas gagné, loin de là, pour les femmes. Si vous ne l’avez pas vu, vous pouvez encore le faire durant 7 jours ICI. Que vous soyez femme ou homme, vous y apprendrez tous quelque chose !
Le 21 février, une circulaire des services du Premier Ministre annonçait que les appellations "mademoiselle" et "nom d’épouse" allaient disparaître des formulaires administratifs car discriminatoires à l’égard des femmes. Peut-on considérer que cette décision est une victoire féministe ? Laissez-moi rire !
Tout d’abord, je pense qu’en matière d’égalité des droits entre hommes et femmes, s’il y avait des combats urgents à mener, ils étaient ailleurs : diminuer les inégalités salariales, faire appliquer réellement la parité hommes/femmes en politique, agir efficacement dans la prise en charge des violences faites aux femmes… S’attaquer à bras le corps à ces problèmes là (ne fusse qu’à un seul d’entre eux) aurait été alors d’utilité publique. Mais non… Descendre le "mademoiselle" semble beaucoup plus utile pour des féministes en fin de course qui, d’un autre côté, s’étonnent que les jeunes générations ne se reconnaissent pas dans leurs combats !
Ne serait-il pas plus utile de militer activement pour un accès libre, anonyme et gratuit à la contraception pour les jeunes filles mineures ? Je rappelle quand même qu’en France aujourd’hui, une mineure a accès à la pilule du lendemain et à l’IVG gratuitement, mais pas à la pilule ! Les chiffres des grossesses adolescentes tournent autour de 18 000 chaque année dans notre pays, ce qui n’est pas rien. Pour avoir une contraception, une jeune fille doit voir son médecin traitant et avoir une ordonnance, ce qui laisse des traces puisque les remboursements se font sur le compte de l’assuré social, soit celui du père ou de la mère. De plus, il n’est pas inutile de rappeler également que bon nombre des pilules de nouvelle génération ne sont pas du tout remboursées par la Sécurité Sociale.
Il me semble que si l’on faisait un sondage parmi les jeunes, on trouverait certainement beaucoup plus de personnes favorables à une action dans ce sens que dans la suppression du "mademoiselle" !
Et puis, peut-on vraiment se réjouir d’un appauvrissement de notre si belle langue ? Car s’il y a un effet collatéral, c’est bien de celui-ci qu’il s’agit. La prochaine étape sera laquelle ? Supprimer le "ma" de "madame", sous prétexte qu’il indique une notion de propriété ? Puisque l’on est dans le ridicule, alors allons-y jusqu’au bout…
Enfin, comme il est dit dans cet excellent article, n’est-il pas dangereux de voir se développer une société qui veut absolument tout régir, contrôler, lisser, "quitte à nier les plus belles années des femmes, les années mademoiselle… qui sont pourtant des années d’indépendance, d’autonomie et de liberté. Où est la cohérence de leur discours ?"
Je ne me reconnais pas dans ce combat-là. Dans les années 70, aux plus belles heures du féminisme vrai (et non pas d’opérette), ne s’est-on pas réjouit lorsque Valéry Giscard d’Estaing (dont la présidence ne marquera l’histoire que par l’abaissement de la majorité et la légalisation de l’IVG) introduisit le "mademoiselle" dans ses adresses aux français, saluant alors le grand progrès de cette innovation ?
Suite à une discussion ce matin sur la littérature érotique et ses auteurs, je ressens le besoin d’exprimer ici quelles sont mes motivations en la matière.
Lorsque j’ai commencé d’écrire de l’érotique, il y a… 7 ans, je le faisais très maladroitement, sans but véritable. Ou plutôt si. Mon but était de me libérer, de me permettre de naître vraiment après une trentaine d’années de conditionnement moral et sociétal. Rapidement, ce verrou qui m’empêchait quelque part de vivre pleinement a sauté, et j’ai pu devenir enfin moi-même.
Pour beaucoup de personnes, la littérature érotique peut être perçue comme dégradante pour les femmes (autant pour celles mises en scène dans les écrits que pour celles qui les écrivent !). Il est clair que tous les écrits en la matière ne sont pas du meilleur goût (encore que ce qui est le bon goût de l’un ne sera pas forcément celui de l’autre !).
Depuis que j’écris, je suis dans une démarche militante. J’écris avant tout pour les femmes. Mes mots couchés sur le papier m’ont permis de me libérer, d’accéder à une vie plus sereine et plus équilibrée, et c’est cela que je veux partager avec mes congénères. Oui, il y a du féminisme dans mes textes érotiques, même si cela ferait hurler les "Chiennes de garde" de les lire (et finalement c’est tant mieux, car nous n’avons pas les mêmes valeurs !). Je m’attache, à chaque texte, à montrer qu’une femme n’a pas à rougir de ses envies, parce qu’elle est un être de chair et de sang, de pulsions aussi. Ras le bol d’entendre qu’un homme a des besoins naturels qu’il doit satisfaire, alors qu’une femme ne se donnera que par amour. Ce genre de postulat est bon pour la collection "Harlequin".
Au XXIème siècle, il est temps pour les femmes d’oser dire qu’elles aussi ont des envies subites, des besoins… Oui, une femme peut faire l’amour avec quelqu’un qu’elle n’aime pas, s’il y a un minimum de tendresse, d’empathie, de complicité. Et cela ne fait pas d’elles des salopes pour autant, juste des personnes qui se connaîtront mieux, s’épanouiront pleinement ! Mon combat (s’il faut en nommer un) au travers de mes écrits se situe peut-être dans ce registre-là.
Lors de la sortie de "Un, deux, trois… Nous irons en croix", je ne pouvais plus me cacher derrière les autres noms du recueil, puisque j’y étais seule auteure. Je me suis posée la question du comment je pouvais faire une promotion efficace (car si je n’écris pas forcément pour gagner de l’argent, le but est quand même d’être lue par le plus grand nombre). Soit je restais derrière mon écran, dans l’anonymat le plus complet, avec le risque inhérent que l’e-book ne décolle pas, soit je décidais de m’exposer. La suite, je l’ai relayée ici, j’ai eu un article énorme avec photo dans la presse locale. Là, pas question d’un visage flouté évidemment. Oh j’ai eu quelques craintes avant, et aussi après ma rencontre avec le journaliste qui a fait l’interview, et une bonne montée d’adrénaline lors de la parution.
Et finalement, je me suis rendue compte que cet article n’avait bouleversé en rien ma vie. Aucune réaction négative, des proches m’ont même dit que j’étais tout à fait libre d’écrire ce que bon me semblait, que c’était ma liberté la plus totale. Alors soit j’ai un entourage à l’ouverture d’esprit hors norme, soit on prête à la majorité des gens des intentions qu’ils n’ont pas forcément. Je penche assez pour la seconde hypothèse.
Bien sûr, il y a toujours quelqu’un pour poser l’éternelle question idiote "Vos écrits sont-ils le reflet d’un vécu", mais dans l’immense majorité des cas, les lecteurs s’en fichent éperdument. Un lecteur d’érotique, quand il ouvre un livre, attend de celui-ci qu’il le fasse vibrer. Je repense à ce que disait Franck Spengler à Evian le 19 novembre, lorsqu’il expliquait ce qui l’avait amené à se spécialiser dans l’édition de livres érotiques. Il disait avoir choisi ce registre parce que dans la littérature classique, il ne trouvait plus de livres qui lui apporte cela… Je crois que tout est dit. Ce qui est vrai pour lui peut l’être pour beaucoup non ? Notez que j’ai dit "vibrer", pas "bander", encore qu’il n’y a rien de dégradant non plus à écrire un récit qui déclencherait des réactions physiques… Il ne faut pas croire que cela soit si simple à faire, loin de là !
On confond trop souvent littérature érotique et pornographie, malheureusement. La pornographie est visuelle, même au travers des mots. Elle ne s’embarrasse pas de fioritures, va droit à l’essentiel. Elle n’a donc pas le même public que l’érotisme, même si une partie peut être commune aux deux genres. En général on dit que la pornographie a un public essentiellement masculin, alors que l’érotisme attirera plus les femmes.
Par contre, dès mes débuts, je me suis interrogée sur un point précis. "Et si un jour, un tordu prenait certains de mes textes comme mode d’emploi ?" Cette question m’a taraudée longtemps. Pourquoi me direz-vous ? Tout simplement parce que j’ai pu voir nombre de personnes ériger "Histoire d’O" en mode d’emploi d’une relation sado-masochiste par exemple, alors que si ce livre est magnifique du point de vue de l’écriture, il est très contestable dans la forme de relation qu’il décrit, puisqu’il expose une relation aliénante et destructrice.
C’est pourquoi, à chaque nouvel écrit, je me pose cette question "Jusqu’où puis-je aller" et surtout, si je décide d’y aller quand même, "Par quel biais le faire". Car ce ne sont pas tant les actes décrits qui peuvent paraître dégradants que la façon dont ils sont narrés. Ce que je veux, c’est que quelles que soient les situations, mes personnages restent profondément humains. Et oui, on peut aller au-delà du registre soft tout en gardant cette éthique là. Il n’y a qu’à lire Françoise Rey pour s’en apercevoir ! Elle a la faculté de pouvoir passer d’un registre très doux, très tendre à quelque chose de très extrême et cru, sans jamais une seule seconde tomber dans la vulgarité et le sordide. Je ne dis pas que c’est facile à faire, ni même que j’y parviens, mais c’est à cela que j’aspire, à cela que je travaille.
Quelle question me direz-vous ! Et pourtant… Pour certains, la littérature érotique (encore catégorisée comme de la sous-littérature)avilit, aliène le sexe féminin, en l’offrant en pâture à des lecteurs concupiscents (dieu que je hais ce mot) et avides de chair fraîche. Longtemps, seuls les hommes s’essayaient à ce genre d’ailleurs.
Il en a fallu des décennies (si ce n’est plus) pour que les femmes osent investir ce style. Colette, si elle n’a pas écrit d’ouvrages à proprement parlé érotiques, a quand même commis de forts sensuels textes ("L’ingénue libertine" par exemple). Puis il y a eu l’arrivée, en 1954, de Pauline Réage et de "Histoire d’O". Le roman peut être contestable par bien des côtés, mais il faut lui laisser le mérite d’avoir été la première oeuvre majeure écrite par une femme.
Depuis une petite vingtaine d’années, les femmes semblent s’être emparées de la littérature érotique pour la faire leur, et personnellement, je m’en félicite ! Elles y apportent leur sensibilité, leurs mots à elles. Et du coup, offrent la possibilité aux hommes qui les lisent, de découvrir beaucoup d’attentes jusque là tues. C’est bien beau de déclamer que les femmes viennent de Vénus et les hommes de Mars (concept extrêmement réducteur en soit, puisqu’il pose un postulat d’incompréhension naturelle), je trouve qu’il est préférable de permettre à l’autre de découvrir ce qu’il ne peut inventer, car c’est possible !
Au travers de leur écriture, les femmes se racontent, dévoilent leurs fantasmes, leurs attentes les plus intimes, les mettent en scène… Voilà qui renvoie directement au célèbre slogan féministe des années 60 "Jouir sans entrave". Cinquante ans après le début de la révolution sexuelle en France, on a toujours chez nous des femmes qui ne connaissent pas (ou mal) leur corps, qui n’osent dévoiler à leurs partenaires leurs fantasmes, qui ont honte de leurs fantasmes. Pour celles-ci, je pense que de lire les écrits d’autres femmes peut-être libérateur.
Enfin, il reste encore une chose à conquérir : un écrivain érotique homme va être considéré comme un Casanova, alors qu’une femme se verra plus estampillée de l’étiquette "salope". Hé oui, c’est là que l’on se rend compte qu’il reste encore du chemin à parcourir pour atteindre l’égalité !
Enfin, il y a le recul que l’on a du mal à prendre avec l’écriture érotique. J’aimerais bien savoir pourquoi l’on demande systématiquement à une femme écrivain érotique si ses écrits sont la narration de sa vie (pose-t-on la même question aux écrivains hommes ?) Pourquoi vouloir à toutes forces voir une réalité derrière un texte érotique, alors que ça ne viendrait à l’esprit de personne de le faire en lisant un thriller ? A-t-on jamais vu un lecteur demander à un auteur de romans policiers combien il avait déjà tué de personnes dans sa vie…
Certes, la communication publicitaire peut être pour quelque chose dans cette vision erronée. Il faut vendre, le plus possible, donc pour cela, tous les moyens peuvent être bons ! Mais honnêtement, je pense que les amateurs d’érotisme littéraire (et ils sont tout de même nombreux) n’ont pas forcément besoin de sous-entendus graveleux pour acheter ce qui les intéresse. Restent les morts de faim chroniques… Mais je ne suis pas persuadée qu’ils représentent la plus grosse part des acheteurs. On a réussi à faire entrer les femmes massivement dans l’écriture érotique, n’utilisons pas des méthodes marketing qui feraient fuir les acheteuses…
Je revendique, et ce dès mes premiers écrits, le fait d’être féministe ET écrivain érotique, parce que pour moi ça n’est pas incompatible du tout, bien au contraire… Je mets dans mes écrits toute ma sensibilité, mes révoltes, mes attentes, afin que les femmes se reconnaissent en elles prioritairement. Et il se trouve que cela plaît également aux hommes, preuve que tous ne sont pas les gros machos masculinistes que l’on imagine !
Historique du féminisme
Il y a cent ans, naissait le mouvement féministe. Il faut dire qu’à cette époque, il ne faisait pas bon naître femme ! Pas de droits civiques, éternelle mineure passant du tutorat du père à celui du mari, la femme n’avait pour seul devoir que d’honorer ses parents, de servir son mari, et d’assurer la descendance. Ça peut paraître réducteur, mais dans les grandes lignes c’est à peu près tout. Tout juste avait-t-elle le droit d’aller un peu à l’école (les études longues étant cependant réservées aux garçons), ou de choisir son mari ! Pour le reste, sa vie était toute tracée. Combien, du jour de leurs noces, ne virent plus leurs chaussures, enchaînant les grossesses successives, y laissant leur fraîcheur et leur santé ?
C’est la première guerre mondiale qui leur donna l’opportunité de s’investir dans la vie économique et sociale du pays. Moins d’hommes dans les campagnes, les usines, ce sont elles qui les remplacèrent, du mieux qu’elles le purent. C’est grâce à elles que l’industrie pu produire suffisamment d’armes pour arracher la victoire, ce sont elles qui cultivèrent les terres agricoles et soignèrent les centaines de milliers de blessés, dans les hôpitaux militaires, faisant preuve d’une abnégation et d’un courage remarquables. Mais sitôt la guerre finie, on les renvoya tranquillement dans leurs pénates, sans aucune reconnaissance. Non mais, elles devaient céder la place aux hommes revenus… Quelle idée saugrenue de prétendre conserver cette émancipation !
Mais la graine de la liberté était semée, et devait germer dans les décennies qui suivirent… Libération vestimentaire d’abord. Les jupes raccourcirent, les corsets commencèrent à voler en éclats. Pour le reste, il faudra attendre 1944 pour qu’une ordonnance accorde le droit de vote aux françaises. Puis en 1946, un texte pose le principe de l’égalité des droits entre hommes et femmes, égalité qui dans les faits, sera bien longue à venir.
1965 : la loi autorise les femmes à gérer seules leurs biens, à ouvrir un compte en banque, à travailler sans l’autorisation de leur mari. Les filles sont admises dans l’enseignement technique
1967 : la loi Neuwirth autorise la contraception.
1974 : loi Veil libéralise l’IVG
1983 : loi Roudy interdisant toute discrimination professionnelle en raison du sexe
1990 : arrêt de la Cour de cassation condamnant le viol entre époux
1992 : loi réprimant les violences conjugales (Décret d’application 1er mars 1994)
1992 :loi sanctionnant le harcèlement sexuel au travail
2000 : loi en faveur de la parité hommes/femmes en politique
Les années 60/70
Le mouvement féministe prit son véritable envol dans les années soixante, avec la naissance d’une multitudes de petites associations (très souvent mixtes) qui se fédérèrent en 1970 au seing du M.L.F. (Mouvement pour la Libération de la Femme). Les termes peuvent paraître outranciers aujourd’hui, mais si l’on se replace dans le contexte de l’époque, les choses ne pouvaient se faire autrement que par un combat. 20 ans seulement après qu’elles aient obtenu le droit de vote, les femmes n’avaient aucun droit, en dehors de l’autorisation paternelle ou maritale. Ce combat était juste, et a fait évoluer la société dans son ensemble. L’essor économique était à son apogée, et les femmes investirent alors le marché du travail, y compris dans des secteurs d’activité qui étaient alors réservés aux hommes, mais avec un salaire en moyenne inférieur de 25 % à celui des hommes. La plus grosse victoire, après la légalisation de la contraception, fut incontestablement la loi Veil, autorisant l’IVG en France. La bataille fut rude, Simone Veil fut comparée aux nazis génocidaires, mais la loi finit par être votée. C’est également dans les années soixante-dix que l’on vit la première femme défiler sur les Champs-Elysée, sous la bannière de Polytechnique (cela paraît surréaliste aujourd’hui).
Les militantes féministes de l’époque revendiquaient pour les femmes, le droit à une sexualité libérée de la peur de la maternité, mais aussi le droit au plaisir et à l’orgasme. Aucun puritanisme, aucun moralisme, mais un humour potache qui les fit applaudir lorsque fleurirent sur les murs de France, les affiches représentant une jeune femme aux seins nus et sur lesquelles figurait le slogan « Aujourd’hui j’enlève le haut… Demain, j’enlève le bas ! » A noter qu’une branche plus radicale revendiquait une évolution des femmes vers le lesbianisme, et a donné naissance au mouvement «queer »
Années crise & SIDA
C’est dans le courant des années quatre-vingt, en pleine crise économique, que l’on commença à remarquer une stagnation des salaires des femmes, puis une régression par rapport aux salaires des hommes. Les politiques choisirent alors, de tenter une gestion du chômage par l’instauration de l’APE (Allocation Parentale d’Éducation) dès la naissance du deuxième enfant en 1994. Les femmes, ayant souvent le salaire le moins élevé du couple, sacrifiaient donc leur emploi, et par là-même, leur autonomie financière.
Les années quatre-vingt virent aussi arriver le SIDA, qualifié de peste moderne, que certains parmi les plus radicaux, n’hésitèrent pas à qualifier de « punition divine » découlant de la libération sexuelle de la décennie précédente. On assista alors à un retour plus ou moins déguisé d’un certain « ordre moral ». La société française a vu monter les extrémismes tant du côté politique, avec l’émergence du Front National, que des religions, avec l’arrivée de l’islamisme, du catholicisme intégriste…
Les femmes, premières victimes du contexte économique, se sont senties dans l’obligation de prouver qu’elles étaient indispensables à la société. Beau challenge en soit, mais qui allait les enfermer dans un cercle infernal. Travailler plus et mieux (alors que les salaires commençaient à régresser) tout en étant de parfaites mères de famille, épouses et amantes. Le mythe de « Superwoman » en quelque sorte. Tout cela alors que l’Etat accordait de moins en moins de crédits (crise oblige) pour les créations de lieux de garde d’enfants et promouvait l’APE. Nécessité économique ou volonté camouflée de renvoyer les femmes à leurs foyers ? On peut se poser la question.
On peut considérer que c’est à ce moment-là que l’on a assisté à une mutation du féminisme. Alors que quelques 30 ans plus tôt, l’espoir portait les femmes dans leur lutte, c’est la peur de l’homme qui ressort depuis. Comme si le but à atteindre n’était pas d’être les alter égo des hommes, mais de leur être supérieures. Ça n’est pas un hasard, si depuis plus de dix ans, nous voyons émerger en France, des groupes de femmes défendant des valeurs gynarchistes.
Si certaines actions sont légitimes, car il n’est pas acceptable d’entendre une personnalité publique traiter une consœur (ou qui que ce soit d’autre d’ailleurs) de « salope », d’autres sont plus contestables, comme le tollé soulevé par la publication à la une du Nouvel Observateur, de la photo de Simone de Beauvoir nue, la censure appliquée à la photo de l’album de Damien Saez, « J’accuse », représentant une femme nue dans un caddy ou bien encore l’acharnement à vouloir impérativement trouver des féminins à des noms communs n’en ayant pas. Aussi ridicules sont les déclarations de certaines, vouant aux gémonies telle ou telle pratique sexuelle, sous prétexte qu’elle serait dégradante pour les femmes… Mesdames, croyez-vous vraiment qu’un homme à qui l’on fait une fellation ait un quelconque pouvoir à ce moment précis ? S’il ne devait y avoir qu’un seul moment où ces messieurs sont à notre totale merci, c’est celui-là. Et puis surtout, il ne faudrait pas perdre de vue que tout peut-être fait en amour, si c’est désiré par les deux partenaires. On peut être féministe, militante active du droit des femmes, et avoir une sexualité qui sorte un peu des sentiers battus ! Or, c’est cette vision là que rejettent avec force les féministes radicales, pour qui l’érotisme, la pornographie et les sexualités dites « hors normes » (principalement le BDSM) sont inhérents à une société patriarcale qui aliène les femmes.
C’est à ces féministes-là que viennent s’opposer les représentantes issues des mouvements « queer », qui revendiquent une sexualité libre pour toutes celles qui le souhaitent, mais aussi des lois permettant aux travailleuses du sexe d’exercer en toute liberté et en toute indépendance. A noter également l’ouverture aux personnes transgenres ou transexuelles.
Une extrême en appelant immanquablement une autre, nous avons pu assister à un sursaut masculin. Dans les années 60 on reprochait aux hommes d’être paternalistes et autoritaires envers leurs femmes et filles, au XXIème siècle le ton se durcit et tourne au masculinisme radical. Ainsi donc ils ont été nous disent-ils, durant toutes ces années, de pauvres victimes de femmes castratrices et manipulatrices (alors qu’il y avait bon nombre d’hommes favorables (voire militants) aux thèses féministes, jusqu’à la fin des années 80). Là encore, ils n’ont pas peur de la généralisation, plus le mensonge est gros et mieux il passe !
A qui profite la radicalisation
Devant la radicalisation et les excès de ces dernières années, une question s’impose. «A qui tout cela profite-t-il vraiment ? »
Aux femmes ? Pas vraiment, puisqu’elles sont stigmatisées au travers d’une caricature intolérante, à tel point que nombreuses sont les jeunes femmes qui ne se reconnaissent pas du tout dans leur combat. Et là, il y a véritablement danger, puisqu’elles perdent conscience de la fragilité de leurs droits. C’est essentiellement valable pour le droit à l’IVG et à la contraception (qui se bat actuellement pour que TOUS les contraceptifs soient accessibles financièrement à toutes les femmes ?)
Aux hommes ? La tentation est grande de répondre « oui », mais ça ne serait qu’une apparence trompeuse. Bon nombre d’hommes, jeunes ou moins jeunes, soutenaient activement les premiers mouvements et se sont impliqués pour faire avancer les droits des femmes. Or, ceux-ci ne se reconnaissent plus dans un discours qui accuse l’homme de façon systématique.
Qui reste-t-il au bout du compte ? Une poignée d’extrémistes, féminins ou masculins, qui se servent de leurs discours pour entretenir une guerre des sexes stérile et nuisible, mais qui fait immanquablement parler d’eux.
Tout ceci tourne en guerre des sexes dont personne ne sortira gagnant, car ça n’est pas en écrasant une partie de la population que l’on apaisera les choses, puisque cela ne fera que nourrir les rancœurs et les frustrations. Et surtout, pendant ce temps, les vrais problèmes ne sont pas réglés : la parité hommes/femmes en politique, bien que votée, n’est que très bizarrement appliquée. Un homme candidat titulaire, une femme suppléante (mieux respectée cependant pour les scrutins de listes). Au sein du Parlement, nous sommes encore loin des 50 % d’élues que l’on devrait y trouver. L’égalité de salaires, plus personne n’en parle, après la nouvelle crise survenue en 2009, et dont personne ne sait quand ni comment elle se terminera. Et les acquis sont régulièrement menacés : hier, les plannings familiaux étaient sur le point de disparaître, les contraceptifs de nouvelle génération ne sont que très mal, voire pas du tout remboursés par la Sécurité Sociale, les centres d’IVG ferment de façon inquiétante dans les grandes villes, compromettant ainsi le droit des femmes à avorter… Certaines lois significatives dans la lutte contre les violences faites aux femmes ont vu des années entre leur vote par l’Assemblée Nationale et la promulgation des décrets d’application au Journal Officiel, étant néanmoins citées par tous les médias comme de grandes avancées. Mais chacun sait que les effets d’annonce ne font pas changer quoi que ce soit. Que n’entendait-on alors les Chiennes de Garde réclamer à cor et à cri que l’on rende ces lois applicables sur le champ ? Cela aurait été plus utile que de se positionner sur l’infamie supposée de la fellation ou le féminin obligatoire du nom « auteur » !
Il est affligeant que dans un pays qui rédigea (par deux fois à 150 ans d’écart) la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (au sens large, c’est à dire « Espèce Humaine), on ne puisse appliquer ces droits à toutes et à tous, sans distinction de sexe, de couleur de peau ou de préférence sexuelle.
Si nous voulons continuer de faire bouger les choses dans le bon sens, il nous faut revenir aux fondamentaux, nous recentrer sur L’ETRE HUMAIN. Oublier le féminisme, le masculinisme, et œuvrer ensemble (en acceptant nos différences qui sont un enrichissement pour chacun) pour développer l’humanisme. Égalité des droits et des devoirs (car on oublie trop fréquemment que l’on ne saurait avoir les uns sans les autres) pour chacun, qu’il soit homme, femme, transgenre ou transexuel, qu’il soit hétéro ou homo, qu’il soit blanc, noir ou jaune… Cessons d’entrer dans le jeu de ceux qui veulent diviser pour mieux régner.
Pour terminer, je ferai mienne cette phrase de Sacha Guitry, en la revisitant quelque peu… « Les hommes, je suis contre… Tout contre ! » Et c’est tellement bon… Non ?