Alors que le port du bracelet électronique pour les hommes impliqués dans des violences familiales était présenté comme une des mesures phares des nouvelles lois réprimant les violences conjugales en 2010 (la loi a d’ailleurs été votée la même année et annoncée dans tous les médias), le décret d’application vient seulement d’être publié au Journal Officiel du 27 février 2012, avec prise d’effets au 5 mars.
Je n’irai pas jusqu’à dire que la publication de ce décret est électoraliste (encore que…), mais était-ce utile d’attendre aussi longtemps ? Que ne pouvait-on rendre cette loi immédiatement applicable ?
Et avant de vous réjouir, il faut savoir que ce dispositif ne sera pas généralisé à l’ensemble du territoire puisqu’il est expérimental jusqu’en juillet 2013 (il était donc temps de le rendre applicable !) comme indiqué dans cet extrait d’article
"La loi du 9 juillet 2010 sur les violences faites aux femmes prévoyait une expérimentation de ce dispositif jusqu’au 9 juillet 2013 et un arrêté publié en décembre 2011 avait précisé les tribunaux dans lesquels il serait expérimenté : Strasbourg, Aix-en-Provence et Amiens."
Depuis 2010, l’expérimentation aurait pu être terminée et le dispositif étendu à l’ensemble du territoire… En deux ans, c’était largement faisable ! Mais non, on a préféré attendre, comme d’habitude ! Plus de détails sur ce décret ICI
C’est décidément une habitude bien française que de faire des lois pour réprimer les violences de couple, mais de ne les rendre applicables que quelques années plus tard, comme s’il n’y avait pas urgence.
J’en profite pour faire un point sur le délit de violence psychologique reconnu lui aussi depuis 2010. J’avais écrit alors mon pessimisme quand à l’efficacité de la reconnaissance de ce délit, par définition immatériel et difficilement prouvable. Là encore, les faits me donnent raison quand on lit cet article publié par Rue89 le 10 mars.
Si l’on fait donc le bilan de ces mesures, on ne peut que déplorer qu’elles aient fait beaucoup de bruit pour pas grand chose, donné de l’espoir à des victimes qui depuis tombent de très haut devant la réalité des choses.
Je terminerai ce billet avec la volonté annoncée de Sarkozy d’offrir aux victimes qui vont devant les Assises la possibilité de faire appel, sans que ce ne soit le Parquet qui le fasse pour elles. Oui, sauf que grâce à la réforme de la Justice, on dissuade de plus en plus de victimes (essentiellement de viol) d’aller aux Assises… Tout est fait pour que cela soit jugé par le Tribunal Correctionnel et pour ce faire, on n’hésite pas à requalifier les faits en simple agression sexuelle. Exit le viol, victimes méprisées sous prétexte qu’il est mieux pour elles que leurs affaires soient jugées rapidement… Plus de détails dans cet article qui, vous le verrez, est assez édifiant !
La troisième et dernière partie du dossier que j’ai écrit sur les violences conjugales a été mis en ligne ce matin. Il traite des possibilités de prise en charge des auteurs de violence et est à lire ICI
Je remercie Olivier Capron de m’avoir ouvert les colonnes de son blog d’actualité pour la publication de ce dossier préparé de longue date.

25 novembre, journée consacrée aux femmes et aux maltraitances qui leur sont faites. L’occasion pour BlaBlaEtc de prendre du temps pour traiter d’un thème pas toujours très simple à évoquer. La chape de plomb qui l’entoure n’enracinant qu’un peu plus, chaque jour, leurs auteurs dans l’impunité. Isabelle Lorédan, auteure franc-comtoise (dont vous pouvez retrouvez le portrait sur notre site), nous livre ici son dossier en trois parties, dont on sent la plume à fleur de peau.
Les violences au sein du couple peuvent prendre plusieurs formes.
- Les violences psychologiques (de loin les plus nombreuses, puisque représentant 87,1 des appels de détresse)
- Les violences physiques (qui suivent de près avec un pourcentage de 79,6%)
- Les violences sexuelles (5,3%)
Ces chiffres sont révélés par une enquête réalisée par la Fédération Nationale Solidarité Femmes, basée sur les 50.000 appels reçu par le 3919 (service gratuit mis en place par le gouvernement en 2007).
La suite est à lire ICI
Battues, humiliées, violées,
Enfermées, mutilées, grillagées…
C’est le sort que connaissent encore certaines femmes en ce début de 21ème siècle. Même si les chiffres sont en régression, et que l’on ose en parler et combattre cela, même si demain il n’en restait plus qu’une, serait-ce pour autant tolérable ?
En cette journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes, je regrette que l’on n’agisse pas plus au quotidien, plutôt que de se donner bonne conscience en y consacrant une journée par an !
Pour que plus jamais l’on n’aie à entendre les récits de souffrance,
Pour que l’on n’étouffe plus la parole des victimes,
Pour que l’on ne couvre plus des personnes dont la conduite bestiale est indigne d’un être humain.
Je fais aujourd’hui le rêve d’un monde meilleur, où l’humain placera le respect de l’autre au centre de ses valeurs.
Je suis seule. Des douleurs lancinantes m’ont réveillée… mon dos est à vif. J’ouvre péniblement les yeux, mes jambes et mes bras sont couverts d’ecchymoses. Un violent mal de tête me vrille les tempes. Depuis combien de temps suis-je allongée par terre, je ne le sais pas… Le carrelage est froid, mais en même temps, cette fraîcheur semble apaiser quelque peu mes douleurs. L’appartement est calme, j’ai l’impression d’avoir fait un cauchemar. Péniblement, je m’assied, dos au mur… Quelques touffes de cheveux jonchent le sol… les larmes brouillent ma vue. Mon dieu, j’ai mal… j’ai peur ! Où est-il ? Quand va-t-il revenir ? Mes oreilles résonnent encore de ses cris de rage… c’était juste avant que je ne sombre dans l’inconscience. Je me souviens des coups, de poings… de pieds, du sang qui a coulé au moment où ma tête a heurté le sol et puis plus rien… J’ai pensé avec bonheur « je vais mourir… ça va enfin s’arrêter ! ». Mais non, je n’ai pas eu cette chance (quelle horreur d’en arriver à penser cela !). Tout va recommencer, une fois encore… De combien de temps sera mon répit cette fois : une heure, peut être deux… et le monstre reviendra.
Je me traîne lentement jusqu’à la salle de bains, et là, je découvre l’ampleur du désastre… mes yeux sont enflés et bleus… ma lèvre supérieure éclatée a saigné, mon nez a doublé de volume. Je suis épouvantée par ce visage monstrueux que je découvre dans le miroir. Ma poitrine est elle aussi ravagée par les coups… Hagarde, je fixe la fenêtre… et si la solution était là ? Ouvrir, et être délivrée à jamais… Pourquoi pas ? Un sursaut de raison me retient… comme si je savais à ce moment qu’il y a une autre vie possible, heureuse… Cela me semble tellement surréaliste à ce moment précis !!! La fraîcheur de l’eau sur mon visage m’apporte un peu de réconfort… il faut que je me calme. J’avale un tranquillisant ! Pilule miracle pour tenter de retrouver une illusion de normalité… J’arrive dans ma chambre, et me laisse tomber sur le lit. Dormir… au moins je ne penserai plus !
A ce moment, la porte d’entrée… mon corps se tend. Le voilà… déjà ! Je me recroqueville, j’essaie de disparaître… dérisoire et désespérée tentative… J’entends le pas lourd se rapprocher, mes yeux se refusent à regarder. Je sens sa présence… « Pourquoi m’as tu obligé à te faire ça ? » ose-t-il me dire d’une voix qui semble désolée… Toujours le même refrain… Il s’approche encore, je sens sa main sur moi… j’ai peur ! « Laisses toi faire, tu verras, tu vas aimer »… C’est surréaliste… Comme s’il n’en avait pas encore assez fait, le voilà qui s’est mis dans la tête de « me faire l’amour » comme il appelle ça ! Je sens son corps peser sur mon corps meurtri, ses jambes forcer les miennes… son sexe me poignarder… Une fois encore, comme je voudrais être morte… Mes mains se crispent sur l’oreiller, les larmes coulent… en silence ! Surtout ne pas provoquer sa fureur… Et cette voix, que je hais autant que je la crains qui me murmure « je le sais que tu aimes ça hein ! » en poussant un grognement de satisfaction. Je ne bouge, je continue de pleurer en silence… Après tout, une morte est silencieuse !
Fatiguée, vidée, épuisée, voilà ce qu’elle était. Dans un état quasi second, elle se traîna pour s’adosser au mur du couloir. Une fois de plus, elle avait subi la fureur destructrice de celui qui partageait sa vie, une fois de plus il l’avait laissée inanimée sur le carrelage !
La violence avait atteint son apogée… Il était comme fou, et elle s’était résignée à mourir. Au moins sa vie de misère et de douleur prendrait-elle fin, et pourrait-elle dormir, enfin ! Et puis non… Le désespoir qui l’avait envahie lors de son réveil avait quelque chose de surréaliste… Quand donc tout cela s’arrêterait-il ? Pourquoi donc son bourreau ne l’achevait-il pas une bonne fois pour toute ? Elle n’avait aucune réponse à ses questions, elle n’avait que son angoisse et sa peur pour seules compagnes. Son regard hagard inspecta les lieux, véritables champs de batailles ! Des débris de bibelots jonchaient le sol, mêlés à quelques poignées de cheveux ainsi qu’à des lambeaux de vêtements. Quelques taches de sang séchaient sur le carrelage froid… Au loin, par la fenêtre entrouverte, les bruits de la vie courante : les cris et les rires des enfants jouant dans la cour de l’école voisine.
Subitement, trouvant un regain d’énergie, elle décida de quitter pour de bon ce monde de mort dans lequel on l’avait enfermée depuis trop longtemps. Lentement, elle s’approcha de la lumière, les rayons du soleil blessaient ses yeux tuméfiés. La lumière, les rires, la chaleur… la VIE… Et dans un effort ultime, avec un sourire aux lèvres, elle ouvrit largement la fenêtre et bascula dans le vide. Elle était enfin libérée de sa vie de misère, elle ne souffrirait plus jamais… Paradoxalement, c’est la vie qu’elle choisit, lassée d’être une morte vivante.
Ce jour-là, une fois de trop elle avait subi la fureur destructrice de celui qui partageait sa vie…
Je m’en souviens comme si c’était hier… C’était le 31 octobre 2004, il faisait gris comme souvent dans notre région en cette saison. Depuis deux mois déjà, je profitais de ses absences pour préparer mon départ. Petit à petit, telle une fourmis, j’avais mis en sécurité mes biens les plus chers. Pas facile, lorsque l’on ne veut pas éveiller les soupçons. Avec le recul, je n’ose toujours pas imaginer quelle aurait été sa réaction s’il avait découvert que j’allais lui échapper. Un mois que j’avais les clés de mon appartement, et que j’installais en douce, carton après carton, ce qui allait constituer mon nouveau cadre de vie. Le plaisir que je prenais à passer quelques heures par jour dans ce qui était pour moi un havre de paix, silencieux, vierge de toute violence… Chaque jour je m’y ressourçais avec délectation, reprenant confiance en moi lentement. Enfin, le jour J était arrivé, et dès son départ pour le travail, le grand déménagement avait pu commencer.
Oh il n’y avait pas grand chose… quelques meubles, le gros électroménager que je venais d’acheter… mes vêtements. C’était déjà beaucoup… Trop de femmes n’ont pas eut ma chance et ont quitté leur domicile avec pour unique bagage, les vêtements qu’elles portaient ! Plus de dix ans après, de revois encore les regards désespérés de mes deux chats qui semblaient me dire « ne nous abandonne pas, tu n’as pas le droit de nous faire cela… ». J’ai encore dans les oreilles leurs miaulements ! Mais que faire… ils étaient à lui ! Je ne voulais en aucun cas lui donner une chance de passer pour une victime… Je devais faire les choses en règle. Bientôt les portes de la camionnette se sont refermées sur mon avenir. C’est sans aucun regard en arrière que je fermai définitivement l’appartement désert, comme on referme une boîte de Pandore.
Dans l’euphorie de ma liberté retrouvée, je ne me rendais pas compte que si j’avais franchi un cap certes important, je n’en étais pas moins toujours une femme sous influence. Cette première nuit fut terrible, et la première d’une longue série. Comme peut-on imaginer l’angoisse qui saisit dès que le jour tombe, la peur du moindre bruit, la sensation d’être surveillée en permanence, la terreur à chaque sonnerie de téléphone, les cauchemars qui assaillent et laissent terrifiée et sans forces à 3 heures du matin… A tel point que ne plus dormir devient la seule parade ! Et j’oubliais le plus insidieux, le plus pervers, le harcèlement incessant dont j’étais l’objet. Il ne se passait pas un jour où il ne me téléphonais pour me menacer ou m’annoncer qu’il allait se suicider, pas un jour sans qu’il ne vienne tourner autour de chez moi… Il s’en faut de peu dans de telles conditions pour ne pas sombrer dans la folie..
Cette période fut longue, douloureuse, mais nécessaire. C’était en fait la gestation indispensable à ma renaissance. Pour une naissance elle est de neuf mois, pour un deuil on parle d’un an… Ce fut pour moi dans cet ordre de durée. C’est dur de réapprendre à vivre, c’est fou ce que l’on oublie vite ce qu’est le bonheur… Mais lorsque, enfin, on aperçoit la lueur au bout du tunnel, et que d’un coup, on se retrouve en plein soleil, il n’y a pas de mots assez beaux, assez puissants pour exprimer la joie que l’on ressent. On a, à cet instant, l’envie irrépressible de crier, comme le nouveau né pousse son premier cri… Tout simplement crier que l’on est vivant, et que rien n’est plus beau que la vie…
Ce nouveau récit m’oblige à planter un peu le décor… Je ne veux en aucun cas m’appesantir sur un passé douloureux, mais le contexte dans lequel je vivais étant responsable des faits qui se sont déroulés, je me dois de l’évoquer. A l’époque, je partageais ma vie avec un individu que je préfère ne pas nommer. Celui-ci était quelqu’un de pathologiquement jaloux et violent. J’ai passé quatre années avec lui, vivant dans la peur, la honte, subissant les coups, les avilissements et les viols. A l’époque, nous vivions en appartement avec deux chats sur lesquels je reportais toute l’affection que j’éprouvais. Ils étaient mes confidents, presque mes enfants ! Les seuls êtres a m’apporter un peu de réconfort dans une vie qui était indigne d’un être humain. Bref, passons car mon but n’est pas de faire pleurer dans les chaumières…
Un jour, alors que mon compagnon venait de quitter l’appartement, me laissant seule, effondrée sur le lit, en état de choc, je fus tirée de mon désespoir par une douce caresse le long de mon mollet nu. Mon corps, jusque là secoué de sanglots commença a s’apaiser doucement, au fur et à mesure que le félin câlin se frottait à ma jambe en ronronnant ! Il remonta lentement contre moi, me caressant, comme pour tenter avec ses modestes moyens, d’atténuer ma souffrance. Je sentais la douceur de sa fourrure contre moi et cela me faisait un bien fou ! Il y avait une éternité que je n’avais ressenti quelque chose d’aussi tendre… à mille lieues de mon enfer quotidien. Le subtil animal ressentant ce bien-être chez moi s’enhardit, remontant le long de ma jambe repliée, pour bientôt se retrouver en haut de la fourche… ! Disons pour être drôle que le minou avait trouvé la minette… Que dire… comment décrire le souffle chaud de l’animal, le frôlement des moustaches qui tétanise le corps… Il y avait tellement longtemps que personne n’avait été doux avec moi que j’avais oublié ce que l’on pouvait ressentir. Et puis… comment dire, timidement d’abord, puis avec plus de conviction… la langue râpeuse mais au combien douce du minet caressant, lèchant, fouillant mes lèvres offertes… je ne savais plus où j’étais ni avec qui, seulement que je me sentais enfin vivante, ce qui ne m’étais pas arrivé depuis quatre ans ! Cet animal de toute la force de l’amour qu’il me portait, et en ayant pour seul but d’apaiser mes souffrances m’a fait jouir comme je n’ai jamais rejouis depuis.
Il m’a fallu plus de dix ans pour oser me souvenir de cette aventure, et le jour où j’ai enfin pu mettre des mots pour la raconter, j’ai pris conscience que ce n’était pas cela que je rejetais, mais toute la misère qui l’avait provoquée ! Comment admettre aisément que la seule "belle chose" qui me soit arrivée en quatre ans soit due à un chat ? Et pourtant, tel est bien le cas. Si j’écris aujourd’hui cette histoire, c’est pour définitivement tirer un trait sur ce passé douloureux, mais aussi en mémoire de ce petit animal qui, peut être, m’a donné la force de faire mes bagages et de décider de mener une vie digne.
L’émotion me fait trembler, et les larmes se bousculent, mais c’est un exorcisme que je fais aujourd’hui… Je mets volontairement en lumière la seule zone d’ombre que j’avais gardée de cette période, une manière pour moi de fermer définitivement la porte. Que la boîte de Pandore reste scellée définitivement, de toute façon, il n’y a plus rien à en sortir…