Gamiani ou deux nuits d’excès – Alfred de Musset


J’ai découvert ce petit livre, attribué à Musset, dans les rayonnages de la bibliothèque municipale. C’est un petit bijoux de la littérature érotique, richement illustré de douze superbes planches signée Gavarni, célèbre graveur romantique. Il s’agit ici d’une transcription fidèle de l’édition originale, avec les gravures en coleur de Deveria, précédée d’une introduction faisant le point de toutes les connaissances actuelles sur ce livre dont l’auteur reste controversé. Les nombreux documents inédits éclairent d’un jour nouveau le groupe d’artistes romantiques qui prirent part à la réalisation de ce magnifique album.

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Extrait de l’ouvrage :

Ma tante vint me trouver au milieu de la nuit. Elle m’ordonna de me mettre nue, me lava de la tête aux pieds et me fit prendre une grande robe roire serrée autour du cou et entièrement fendue par derrière. Elle s’habilla de même et nous partîmes de la maison en voiture.

Au bout d’une heure, je me vis dans une vaste salle tendue en noir, éclairée par une seule lampe suspendue au plafond.

Au milieu s’élevait un prie-Dieu environné de coussins.

« Agenouillez-vous, ma nièce : préparez-vous par la prière, et supportez avec courage tout le mal que Dieu veut vous infliger. »

J’avais à peine obéi, qu’une porte secrète s’ouvrit, un moine, vêtu comme nous, s’approcha de moi, marmotta quelques paroles, puis, écartant ma robe et faisant tomber les pans de chaque côté, il mit à découvert toute la partie postérieure de mon corps.

Un léger frémissement échappa au moine, extasié sans doute à la vue de ma chair ; sa main se promena partout, s’arrêta sur mes fesses, et finit par se poser plus bas.

« C’est par là que la femme pêche, c’est par là qu’elle doit souffrir », dit une voix sépulcrale…

Ces paroles étaient à peine prononcées que je me sentis battue de verges, de noeuds de corde garnis de pointes de fer. Je me cramponnai au prie-Dieu, je m’efforçai d’étouffer mes cris, mais en vain, la douleur était trop forte. Je m’élançai dans la salle, criant :

« Grâce, grâce ! Je ne puis supporter ce supplice ! Tuez-moi plutôt. Pitié ! Je vous prie… »

« Misérable lâche » s’écria ma tante indignée. « Il vous faut mon exemple ! »

A ces mots, elle s’expose bravement, toute nue, écartant les cuisses, les tenant élevées.

Les coups pleuvaient ; le bourreau était impassible. En un instant les cuisses furent en sang.

Ma tante restait inébranlable, criant par moments : « Plus fort… Oh !… Plus fort encore ! »

Cette vue me transporta, je me sentis un courage surnaturel, je m’écriai que j’étais prête à tout souffrir.

Ma tante se releva aussitôt et me couvrit de baisers brûlants, tandis que le moine liait mes mains, plaçait un bandeau sur mes yeux.

Que vous dirais-je enfin. Mon supplice recommença, plus terrible. Engourdie bientôt par la douleur, j’étais sans mouvement, je ne sentais plus. Seulement, à travers le bruit de mes coups, j’entendais confusément des cris, des éclats, des mains frappant sur des chairs. C’étaient aussi des rires insensés, rires nerveux, convulsifs, précurseurs de la joie des sens. Par moment, la voix de ma tante, qui râlait de volupté, dominait cette harmonie étrange, ce concert d’orgie, cette saturnale de sang.

Plus tard, j’ai compris que le spectacle de mon supplice servait à réveiller des désirs ; chacun de mes soupirs étouffés provoquait un élan de volupté.

gravure1

Lassé dans doute, mon bourreau avait fini. Toujours immobile, j’étais dans l’épouvante, résignée à mourir, et, cependant, à mesur que l’usage de mes sens revenait, j’éprouvais une démangeaison singulière, mon corps frémissait, était en feu. Je m’agitais lubriquement comme pour satisfaire un désir insatiable. Tout-à-coup, deux bras nerveux m’enlacent ; je ne savais quoi de chaud, de tendu, vint battre mes cuisses, se glisser plus bas, et me pénétrer subitement. A ce moment, je crus être fendue en deux. Je poussai un cri affreux que couvrirent aussitôt des éclats de rire. Deux ou trois secousses terribles achevèrent d’introduitre en entier le rude fléau qui m’abîmait. Mes cuisses saignantes se collaient aux cuisses de mon adversaire ; il me semblait que nos chairs s’entremêlaient pour se fondre en un seul corps. Toutes mes veines étaient gonflées, mes nerfs tendus. Le frottement vigoureux que je subissais et qui s’opérait avec une incroyable agilité, m’échauffa tellement que je crus avoir reçu un fer rouge.

Je tombai bientôt dans l’extase, je me vis au Ciel. Une liqueur visqueuse et brûlante vient m’inonder rapidement, pénétra jusqu’à mes os, chatouilla jusqu’à ma moelle… Oh ! C’était trop… Je fondais comme une lave ardente… Je sentais courir en moi un fluide actif dévorant, j’en provoquais l’éjaculation par secousses furieuses et je tombai épuisée dans un abîme sans fin de volupté inouïe.

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