Avancées & échecs du féminisme


Historique du féminisme

Il y a cent ans, naissait le mouvement féministe. Il faut dire qu’à cette époque, il ne faisait pas bon naître femme ! Pas de droits civiques, éternelle mineure passant du tutorat du père à celui du mari, la femme n’avait pour seul devoir que d’honorer ses parents, de servir son mari, et d’assurer la descendance. Ça peut paraître réducteur, mais dans les grandes lignes c’est à peu près tout. Tout juste avait-t-elle le droit d’aller un peu à l’école (les études longues étant cependant réservées aux garçons), ou de choisir son mari ! Pour le reste, sa vie était toute tracée. Combien, du jour de leurs noces, ne virent plus leurs chaussures, enchaînant les grossesses successives, y laissant leur fraîcheur et leur santé ?

C’est la première guerre mondiale qui leur donna l’opportunité de s’investir dans la vie économique et sociale du pays. Moins d’hommes dans les campagnes, les usines, ce sont elles qui les remplacèrent, du mieux qu’elles le purent. C’est grâce à elles que l’industrie pu produire suffisamment d’armes pour arracher la victoire, ce sont elles qui cultivèrent les terres agricoles et soignèrent les centaines de milliers de blessés, dans les hôpitaux militaires, faisant preuve d’une abnégation et d’un courage remarquables. Mais sitôt la guerre finie, on les renvoya tranquillement dans leurs pénates, sans aucune reconnaissance. Non mais, elles devaient céder la place aux hommes revenus… Quelle idée saugrenue de prétendre conserver cette émancipation !

Mais la graine de la liberté était semée, et devait germer dans les décennies qui suivirent… Libération vestimentaire d’abord. Les jupes raccourcirent, les corsets commencèrent à voler en éclats. Pour le reste, il faudra attendre 1944 pour qu’une ordonnance accorde le droit de vote aux françaises. Puis en 1946, un texte pose le principe de l’égalité des droits entre hommes et femmes, égalité qui dans les faits, sera bien longue à venir.

1965 : la loi autorise les femmes à gérer seules leurs biens, à ouvrir un compte en banque, à travailler sans l’autorisation de leur mari. Les filles sont admises dans l’enseignement technique

1967 : la loi Neuwirth autorise la contraception.

1974 : loi Veil libéralise l’IVG

1983 : loi Roudy interdisant toute discrimination professionnelle en raison du sexe

1990 : arrêt de la Cour de cassation condamnant le viol entre époux

1992 : loi réprimant les violences conjugales (Décret d’application 1er mars 1994)

1992 :loi sanctionnant le harcèlement sexuel au travail

2000 : loi en faveur de la parité hommes/femmes en politique

Les années 60/70

Le mouvement féministe prit son véritable envol dans les années soixante, avec la naissance d’une multitudes de petites associations (très souvent mixtes) qui se fédérèrent en 1970 au seing du M.L.F. (Mouvement pour la Libération de la Femme). Les termes peuvent paraître outranciers aujourd’hui, mais si l’on se replace dans le contexte de l’époque, les choses ne pouvaient se faire autrement que par un combat. 20 ans seulement après qu’elles aient obtenu le droit de vote, les femmes n’avaient aucun droit, en dehors de l’autorisation paternelle ou maritale. Ce combat était juste, et a fait évoluer la société dans son ensemble. L’essor économique était à son apogée, et les femmes investirent alors le marché du travail, y compris dans des secteurs d’activité qui étaient alors réservés aux hommes, mais avec un salaire en moyenne inférieur de 25 % à celui des hommes. La plus grosse victoire, après la légalisation de la contraception, fut incontestablement la loi Veil, autorisant l’IVG en France. La bataille fut rude, Simone Veil fut comparée aux nazis génocidaires, mais la loi finit par être votée. C’est également dans les années soixante-dix que l’on vit la première femme défiler sur les Champs-Elysée, sous la bannière de Polytechnique (cela paraît surréaliste aujourd’hui).

Les militantes féministes de l’époque revendiquaient pour les femmes, le droit à une sexualité libérée de la peur de la maternité, mais aussi le droit au plaisir et à l’orgasme. Aucun puritanisme, aucun moralisme, mais un humour potache qui les fit applaudir lorsque fleurirent sur les murs de France, les affiches représentant une jeune femme aux seins nus et sur lesquelles figurait le slogan « Aujourd’hui j’enlève le haut… Demain, j’enlève le bas ! » A noter qu’une branche plus radicale revendiquait une évolution des femmes vers le lesbianisme, et a donné naissance au mouvement «queer »

Années crise & SIDA

C’est dans le courant des années quatre-vingt, en pleine crise économique, que l’on commença à remarquer une stagnation des salaires des femmes, puis une régression par rapport aux salaires des hommes. Les politiques choisirent alors, de tenter une gestion du chômage par l’instauration de l’APE (Allocation Parentale d’Éducation) dès la naissance du deuxième enfant en 1994. Les femmes, ayant souvent le salaire le moins élevé du couple, sacrifiaient donc leur emploi, et par là-même, leur autonomie financière.

Les années quatre-vingt virent aussi arriver le SIDA, qualifié de peste moderne, que certains parmi les plus radicaux, n’hésitèrent pas à qualifier de « punition divine » découlant de la libération sexuelle de la décennie précédente. On assista alors à un retour plus ou moins déguisé d’un certain « ordre moral ». La société française a vu monter les extrémismes tant du côté politique, avec l’émergence du Front National, que des religions, avec l’arrivée de l’islamisme, du catholicisme intégriste…


Les femmes, premières victimes du contexte économique, se sont senties dans l’obligation de prouver qu’elles étaient indispensables à la société. Beau challenge en soit, mais qui allait les enfermer dans un cercle infernal. Travailler plus et mieux (alors que les salaires commençaient à régresser) tout en étant de parfaites mères de famille, épouses et amantes. Le mythe de « Superwoman » en quelque sorte. Tout cela alors que l’Etat accordait de moins en moins de crédits (crise oblige) pour les créations de lieux de garde d’enfants et promouvait l’APE. Nécessité économique ou volonté camouflée de renvoyer les femmes à leurs foyers ? On peut se poser la question.


On peut considérer que c’est à ce moment-là que l’on a assisté à une mutation du féminisme. Alors que quelques 30 ans plus tôt, l’espoir portait les femmes dans leur lutte, c’est la peur de l’homme qui ressort depuis. Comme si le but à atteindre n’était pas d’être les alter égo des hommes, mais de leur être supérieures. Ça n’est pas un hasard, si depuis plus de dix ans, nous voyons émerger en France, des groupes de femmes défendant des valeurs gynarchistes.

Si certaines actions sont légitimes, car il n’est pas acceptable d’entendre une personnalité publique traiter une consœur (ou qui que ce soit d’autre d’ailleurs) de « salope », d’autres sont plus contestables, comme le tollé soulevé par la publication à la une du Nouvel Observateur, de la photo de Simone de Beauvoir nue, la censure appliquée à la photo de l’album de Damien Saez, « J’accuse », représentant une femme nue dans un caddy ou bien encore l’acharnement à vouloir impérativement trouver des féminins à des noms communs n’en ayant pas. Aussi ridicules sont les déclarations de certaines, vouant aux gémonies telle ou telle pratique sexuelle, sous prétexte qu’elle serait dégradante pour les femmes… Mesdames, croyez-vous vraiment qu’un homme à qui l’on fait une fellation ait un quelconque pouvoir à ce moment précis ? S’il ne devait y avoir qu’un seul moment où ces messieurs sont à notre totale merci, c’est celui-là. Et puis surtout, il ne faudrait pas perdre de vue que tout peut-être fait en amour, si c’est désiré par les deux partenaires. On peut être féministe, militante active du droit des femmes, et avoir une sexualité qui sorte un peu des sentiers battus ! Or, c’est cette vision là que rejettent avec force les féministes radicales, pour qui l’érotisme, la pornographie et les sexualités dites « hors normes » (principalement le BDSM) sont inhérents à une société patriarcale qui aliène les femmes.

C’est à ces féministes-là que viennent s’opposer les représentantes issues des mouvements « queer », qui revendiquent une sexualité libre pour toutes celles qui le souhaitent, mais aussi des lois permettant aux travailleuses du sexe d’exercer en toute liberté et en toute indépendance. A noter également l’ouverture aux personnes transgenres ou transexuelles.

Une extrême en appelant immanquablement une autre, nous avons pu assister à un sursaut masculin. Dans les années 60 on reprochait aux hommes d’être paternalistes et autoritaires envers leurs femmes et filles, au XXIème siècle le ton se durcit et tourne au masculinisme radical. Ainsi donc ils ont été nous disent-ils, durant toutes ces années, de pauvres victimes de femmes castratrices et manipulatrices (alors qu’il y avait bon nombre d’hommes favorables (voire militants) aux thèses féministes, jusqu’à la fin des années 80). Là encore, ils n’ont pas peur de la généralisation, plus le mensonge est gros et mieux il passe !

A qui profite la radicalisation

Devant la radicalisation et les excès de ces dernières années, une question s’impose. «A qui tout cela profite-t-il vraiment ? »

Aux femmes ? Pas vraiment, puisqu’elles sont stigmatisées au travers d’une caricature intolérante, à tel point que nombreuses sont les jeunes femmes qui ne se reconnaissent pas du tout dans leur combat. Et là, il y a véritablement danger, puisqu’elles perdent conscience de la fragilité de leurs droits. C’est essentiellement valable pour le droit à l’IVG et à la contraception (qui se bat actuellement pour que TOUS les contraceptifs soient accessibles financièrement à toutes les femmes ?)

Aux hommes ? La tentation est grande de répondre « oui », mais ça ne serait qu’une apparence trompeuse. Bon nombre d’hommes, jeunes ou moins jeunes, soutenaient activement les premiers mouvements et se sont impliqués pour faire avancer les droits des femmes. Or, ceux-ci ne se reconnaissent plus dans un discours qui accuse l’homme de façon systématique.

Qui reste-t-il au bout du compte ? Une poignée d’extrémistes, féminins ou masculins, qui se servent de leurs discours pour entretenir une guerre des sexes stérile et nuisible, mais qui fait immanquablement parler d’eux.

Tout ceci tourne en guerre des sexes dont personne ne sortira gagnant, car ça n’est pas en écrasant une partie de la population que l’on apaisera les choses, puisque cela ne fera que nourrir les rancœurs et les frustrations. Et surtout, pendant ce temps, les vrais problèmes ne sont pas réglés : la parité hommes/femmes en politique, bien que votée, n’est que très bizarrement appliquée. Un homme candidat titulaire, une femme suppléante (mieux respectée cependant pour les scrutins de listes). Au sein du Parlement, nous sommes encore loin des 50 % d’élues que l’on devrait y trouver. L’égalité de salaires, plus personne n’en parle, après la nouvelle crise survenue en 2009, et dont personne ne sait quand ni comment elle se terminera. Et les acquis sont régulièrement menacés : hier, les plannings familiaux étaient sur le point de disparaître, les contraceptifs de nouvelle génération ne sont que très mal, voire pas du tout remboursés par la Sécurité Sociale, les centres d’IVG ferment de façon inquiétante dans les grandes villes, compromettant ainsi le droit des femmes à avorter… Certaines lois significatives dans la lutte contre les violences faites aux femmes ont vu des années entre leur vote par l’Assemblée Nationale et la promulgation des décrets d’application au Journal Officiel, étant néanmoins citées par tous les médias comme de grandes avancées. Mais chacun sait que les effets d’annonce ne font pas changer quoi que ce soit. Que n’entendait-on alors les Chiennes de Garde réclamer à cor et à cri que l’on rende ces lois applicables sur le champ ? Cela aurait été plus utile que de se positionner sur l’infamie supposée de la fellation ou le féminin obligatoire du nom « auteur » !

Il est affligeant que dans un pays qui rédigea (par deux fois à 150 ans d’écart) la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (au sens large, c’est à dire « Espèce Humaine), on ne puisse appliquer ces droits à toutes et à tous, sans distinction de sexe, de couleur de peau ou de préférence sexuelle.

Si nous voulons continuer de faire bouger les choses dans le bon sens, il nous faut revenir aux fondamentaux, nous recentrer sur L’ETRE HUMAIN. Oublier le féminisme, le masculinisme, et œuvrer ensemble (en acceptant nos différences qui sont un enrichissement pour chacun) pour développer l’humanisme. Égalité des droits et des devoirs (car on oublie trop fréquemment que l’on ne saurait avoir les uns sans les autres) pour chacun, qu’il soit homme, femme, transgenre ou transexuel, qu’il soit hétéro ou homo, qu’il soit blanc, noir ou jaune… Cessons d’entrer dans le jeu de ceux qui veulent diviser pour mieux régner.

Pour terminer, je ferai mienne cette phrase de Sacha Guitry, en la revisitant quelque peu… « Les hommes, je suis contre… Tout contre ! » Et c’est tellement bon… Non ?

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3 réflexions sur “Avancées & échecs du féminisme

  1. Bonjour Isa

    Depuis quelques années déjà j ai une admiration pour tous ce dont vous vous battez.
    Mais c’est dans le silence que je suis rester car vos mots parlent pour nous tous.
    Pour ma pars vous êtes l’humanité à l’état pure.

    Les mots juste même s’ils ne sont pas hurlé sont toujours entendu.

    Je vous souhaite une agréable journée.
    Elyne

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  2. Que dire de plus que ce que vous écrivez ?
    Si ! Luttons encore et encore pour l’Humanité. Ne baissons pas les bras, il reste encore beaucoup à faire et rien n’est jamais acquis.
    Je vous livre ma petite devise personnelle:
    « La femme tout contre l’homme et l’homme tout contre la femme sans oublier la femme tout contre la femme et l’homme tout contre l’homme. »

    Amicalement,
    Emmanuelle

    J'aime

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