LA TV S’INVITE A CHAMPAGNEY(70)


« La route de l’abolition de l’esclavage »

Lundi et mardi, la petite cité de Champagney était en effervescence. En effet, on y attendait le réalisateur Alain Maline (« Jean Galmot » « Cayenne Palace ») et son équipe pour le tournage de scènes d’un docu-fiction produit par Canal+. Thème de ce film : un couple (interprété par Keen de Kermadec – « La grande béké »– et Jean-Michel Martial – « Les frères Pétard », « Un crime au paradis ») décide de parcourir à vélo, la route de l’abolition de l’esclavage, à la recherche de ses racines de descendants d’esclaves. Partis de Guyane, nos deux héros sillonnent ainsi la Bourgogne, l’Alsace, la Lorraine, et bien sûr la Franche-Comté avec Champagney et le château de Joux

Lundi, 14 heures. Les figurants sont déjà nombreux à patienter devant la Maison de la Négritude, sous un soleil piquant. L’équipe arrive avec retard, victime d’une erreur de GPS. En effet, celui-ci avait été programmé pour aller à Champagney certes, mais dans le Jura ! L’ambiance est détendue, et tandis que les repérages sont faits, les figurants expriment leurs motivations. Si l’envie de voir « l’envers du décor » est très présente, le désir de célébrer l’acte citoyen des champagnerots de 1789 l’est tout autant.

Mais quel était cet acte ? Et bien, en 1789, lors de la rédaction des Cahiers de Doléances qui devaient être remis au roi , les habitants de Champagney, incités par Jacques Antoine Priqueler, officier de la garde de Louis XVI, ont clairement émis le souhait de voir aboli l’esclavage, comme en témoigne encore aujourd’hui, l’original de ce vœu, conservé aux Archives Départementales de Vesoul.

« Les habitants et communauté de Champagney ne peuvent penser aux maux que souffrent les nègres dans les colonies, sans avoir le cœur pénétré de la plus vive douleur, en se représentant leurs semblables, unis encore à eux par le double lien de la religion, être traités plus durement que ne le sont des bêtes de somme.

Ils ne peuvent se persuader qu’on puisse faire usage des productions desdites colonies, si l’on faisait réflexion qu’elles ont été arrosées du sang de leurs semblables : ils craignent avec raison que les générations futures, plus éclairées et plus philosophes, n’accusent les français de ce siècle d’avoir été anthropophages, ce qui contraste avec le nom de Français et encore plus celui de chrétien.

C’est pourquoi leur religion leur dicte de supplier très humblement sa majesté de concerter les moyens pour, de ces esclaves faire des sujets utiles au Roy et à la patrie »

Ce qui fait l’unicité de cet écrit, c’est non seulement la demande explicite d’abolition, mais aussi les motifs invoqués qui sont humanitaires mais aussi économiques, puisqu’ils dénoncent l’exploitation des richesses des colonies et l’enrichissement lié à l’utilisation des esclaves. Venant de gens humbles, paysans ou mineurs pour la plupart, dépourvus d’instruction, ces pensées sont remarquables.

Alain Maline (tee-shirt blanc à gauche) explique aux jeunes figurants le déroulement de la scène, tandis que Luc Saint-Éloy (au centre) se recueille avant le tournage.

C’est donc ce passé riche que célébraient les scènes tournées lundi, Keen de Kermadec y interprétant une esclave prisonnière et fouettée, bouleversante d’émotion. Pour la petite anecdote, un figurant fut sélectionné pour interpréter le geôlier, et ce ne fut pas le moindre, puisqu’il s’agissait de Jean-Paul Munier, Président de l’association des Amis du vœu de Champagney, de la Maison de la Négritude et des Droits de l’Homme.

Mardi matin, ce sont les élèves de l’atelier théâtre du Collège Victor Schœlcher qui jouent à leur tour les figurants. Accompagnés de leur professeur, Mme Hureaux, ils apprennent eux aussi que la première qualité de tout figurant doit être la patience. A l’intérieur de la Maison de la Négritude, l’équipe technique effectue les derniers réglages. La cale de bateau négrier installée dans la première salle a été ouverte pour l’occasion, afin d’accueillir la caméra. Tout est prêt, les enfants entrent enfin, et Alain Maline, le réalisateur, leur explique ce qu’il attend d’eux. Disposés en arc de cercle autour de la cale, ils seront les spectateurs du récit que fera alors le narrateur (interprété par Luc Saint-Éloy ) de la capture d’un esclave sur une côte d’Afrique. L’ambiance est studieuse, recueillie, tous sont suspendus aux lèvres de l’acteur.

L’émotion et la chaleur aidant, il y eu quelques malaises parmi les jeunes participants, dont l’un fit une chute avant d’être évacué rapidement par les pompiers vers l’hôpital de Lure, en raison d’un choc à la tête heureusement sans gravité.

Dans l’ensemble, jeunes et moins jeunes sont fiers d’avoir participé à ce docu-fiction, qui sera diffusé à l’automne sur les chaînes Canal + Overseas, co-producteur de l’œuvre, France5, et France O. En milieu de semaine prochaine, le tournage se poursuivra sur un autre site de la route de l’abolition, le château de Joux, sur les traces de Toussaint Louverture.

Ça tourne ! Luc Saint-Éloy fait son entrée

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s