Le féminisme est-il soluble dans l’écriture érotique ?


Quelle question me direz-vous ! Et pourtant… Pour certains, la littérature érotique (encore catégorisée comme de la sous-littérature)avilit, aliène le sexe féminin, en l’offrant en pâture à des lecteurs concupiscents (dieu que je hais ce mot) et avides de chair fraîche. Longtemps, seuls les hommes s’essayaient à ce genre d’ailleurs.

Il en a fallu des décennies (si ce n’est plus) pour que les femmes osent investir ce style. Colette, si elle n’a pas écrit d’ouvrages à proprement parlé érotiques, a quand même commis de forts sensuels textes (« L’ingénue libertine » par exemple). Puis il y a eu l’arrivée, en 1954, de Pauline Réage et de « Histoire d’O ». Le roman peut être contestable par bien des côtés, mais il faut lui laisser le mérite d’avoir été la première oeuvre majeure écrite par une femme.

Depuis une petite vingtaine d’années, les femmes semblent s’être emparées de la littérature érotique pour la faire leur, et personnellement, je m’en félicite ! Elles y apportent leur sensibilité, leurs mots à elles. Et du coup, offrent la possibilité aux hommes qui les lisent, de découvrir beaucoup d’attentes jusque là tues. C’est bien beau de déclamer que les femmes viennent de Vénus et les hommes de Mars (concept extrêmement réducteur en soit, puisqu’il pose un postulat d’incompréhension naturelle), je trouve qu’il est préférable de permettre à l’autre de découvrir ce qu’il ne peut inventer, car c’est possible !

Au travers de leur écriture, les femmes se racontent, dévoilent leurs fantasmes, leurs attentes les plus intimes, les mettent en scène… Voilà qui renvoie directement au célèbre slogan féministe des années 60 « Jouir sans entrave ». Cinquante ans après le début de la révolution sexuelle en France, on a toujours chez nous des femmes qui ne connaissent pas (ou mal) leur corps, qui n’osent dévoiler à leurs partenaires leurs fantasmes, qui ont honte de leurs fantasmes. Pour celles-ci, je pense que de lire les écrits d’autres femmes peut-être libérateur.

Enfin, il reste encore une chose à conquérir : un écrivain érotique homme va être considéré comme un Casanova, alors qu’une femme se verra plus estampillée de l’étiquette « salope ». Hé oui, c’est là que l’on se rend compte qu’il reste encore du chemin à parcourir pour atteindre l’égalité !

Enfin, il y a le recul que l’on a du mal à prendre avec l’écriture érotique. J’aimerais bien savoir pourquoi l’on demande systématiquement à une femme écrivain érotique si ses écrits sont la narration de sa vie (pose-t-on la même question aux écrivains hommes ?) Pourquoi vouloir à toutes forces voir une réalité derrière un texte érotique, alors que ça ne viendrait à l’esprit de personne de le faire en lisant un thriller ? A-t-on jamais vu un lecteur demander à un auteur de romans policiers combien il avait déjà tué de personnes dans sa vie…

Certes, la communication publicitaire peut être pour quelque chose dans cette vision erronée. Il faut vendre, le plus possible, donc pour cela, tous les moyens peuvent être bons ! Mais honnêtement, je pense que les amateurs d’érotisme littéraire (et ils sont tout de même nombreux) n’ont pas forcément besoin de sous-entendus graveleux pour acheter ce qui les intéresse. Restent les morts de faim chroniques… Mais je ne suis pas persuadée qu’ils représentent la plus grosse part des acheteurs. On a réussi à faire entrer les femmes massivement dans l’écriture érotique, n’utilisons pas des méthodes marketing qui feraient fuir les acheteuses…

Je revendique, et ce dès mes premiers écrits, le fait d’être féministe ET écrivain érotique, parce que pour moi ça n’est pas incompatible du tout, bien au contraire… Je mets dans mes écrits toute ma sensibilité, mes révoltes, mes attentes, afin que les femmes se reconnaissent en elles prioritairement. Et il se trouve que cela plaît également aux hommes, preuve que tous ne sont pas les gros machos masculinistes que l’on imagine !

Photo Art Shay/Courtesy Stephen Daiter Gallery
Simone de Beauvoir
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3 réflexions sur “Le féminisme est-il soluble dans l’écriture érotique ?

  1. Bonjour Isa.

    Si le féminisme est la volonté d’égalité sociale entre hommes et femmes, alors c’est un mouvement qui a encore de beaux jours devant lui.

    Y’a encore du boulot… dans quelque activité que ce soit.

    Amicalement.

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    • Comme vous dites Dom57, il y a encore du boulot ! Et dans la société actuelle, on régresse plus qu’on ne progresse, malheureusement. Mais il n’y a jamais de fatalité que celle que l’on accepte !

      Revenez quand vous voulez en tout cas. Amicalement

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  2. Amen.
    Je découvre votre article aujourd’hui, même s’il date d’il y a quelques années, et vous dîtes tout ce que je pense à ce sujet et vous le faîtes très bien. Il mérite d’être partagé.
    Merci beaucoup pour cet article, donc. 🙂

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