Le féminisme de mon écriture


Suite à une discussion ce matin sur la littérature érotique et ses auteurs, je ressens le besoin d’exprimer ici quelles sont mes motivations en la matière.

Lorsque j’ai commencé d’écrire de l’érotique, il y a… 7 ans, je le faisais très maladroitement, sans but véritable. Ou plutôt si. Mon but était de me libérer, de me permettre de naître vraiment après une trentaine d’années de conditionnement moral et sociétal. Rapidement, ce verrou qui m’empêchait quelque part de vivre pleinement a sauté, et j’ai pu devenir enfin moi-même.

Pour beaucoup de personnes, la littérature érotique peut être perçue comme dégradante pour les femmes (autant pour celles mises en scène dans les écrits que pour celles qui les écrivent !). Il est clair que tous les écrits en la matière ne sont pas du meilleur goût (encore que ce qui est le bon goût de l’un ne sera pas forcément celui de l’autre !).

Depuis que j’écris, je suis dans une démarche militante. J’écris avant tout pour les femmes. Mes mots couchés sur le papier m’ont permis de me libérer, d’accéder à une vie plus sereine et plus équilibrée, et c’est cela que je veux partager avec mes congénères. Oui, il y a du féminisme dans mes textes érotiques, même si cela ferait hurler les « Chiennes de garde » de les lire (et finalement c’est tant mieux, car nous n’avons pas les mêmes valeurs !). Je m’attache, à chaque texte, à montrer qu’une femme n’a pas à rougir de ses envies, parce qu’elle est un être de chair et de sang, de pulsions aussi. Ras le bol d’entendre qu’un homme a des besoins naturels qu’il doit satisfaire, alors qu’une femme ne se donnera que par amour. Ce genre de postulat est bon pour la collection « Harlequin ».

Au XXIème siècle, il est temps pour les femmes d’oser dire qu’elles aussi ont des envies subites, des besoins… Oui, une femme peut faire l’amour avec quelqu’un qu’elle n’aime pas, s’il y a un minimum de tendresse, d’empathie, de complicité. Et cela ne fait pas d’elles des salopes pour autant, juste des personnes qui se connaîtront mieux, s’épanouiront pleinement ! Mon combat (s’il faut en nommer un) au travers de mes écrits se situe peut-être dans ce registre-là.

 Lors de la sortie de « Un, deux, trois… Nous irons en croix », je ne pouvais plus me cacher derrière les autres noms du recueil, puisque j’y étais seule auteure. Je me suis posée la question du comment je pouvais faire une promotion efficace (car si je n’écris pas forcément pour gagner de l’argent, le but est quand même d’être lue par le plus grand nombre). Soit je restais derrière mon écran, dans l’anonymat le plus complet, avec le risque inhérent que l’e-book ne décolle pas, soit je décidais de m’exposer. La suite, je l’ai relayée ici, j’ai eu un article énorme avec photo dans la presse locale. Là, pas question d’un visage flouté évidemment. Oh j’ai eu quelques craintes avant, et aussi après ma rencontre avec le journaliste qui a fait l’interview, et une bonne montée d’adrénaline lors de la parution.

Et finalement, je me suis rendue compte que cet article n’avait bouleversé en rien ma vie. Aucune réaction négative, des proches m’ont même dit que j’étais tout à fait libre d’écrire ce que bon me semblait, que c’était ma liberté la plus totale. Alors soit j’ai un entourage à l’ouverture d’esprit hors norme, soit on prête à la majorité des gens des intentions qu’ils n’ont pas forcément. Je penche assez pour la seconde hypothèse.

Bien sûr, il y a toujours quelqu’un pour poser l’éternelle question idiote « Vos écrits sont-ils le reflet d’un vécu », mais dans l’immense majorité des cas, les lecteurs s’en fichent éperdument. Un lecteur d’érotique, quand il ouvre un livre, attend de celui-ci qu’il le fasse vibrer. Je repense à ce que disait Franck Spengler à Evian le 19 novembre, lorsqu’il expliquait ce qui l’avait amené à se spécialiser dans l’édition de livres érotiques. Il disait avoir choisi ce registre parce que dans la littérature classique, il ne trouvait plus de livres qui lui apporte cela… Je crois que tout est dit. Ce qui est vrai pour lui peut l’être pour beaucoup non ? Notez que j’ai dit « vibrer », pas « bander », encore qu’il n’y a rien de dégradant non plus à écrire un récit qui déclencherait des réactions physiques… Il ne faut pas croire que cela soit si simple à faire, loin de là !

On confond trop souvent littérature érotique et pornographie, malheureusement. La pornographie est visuelle, même au travers des mots. Elle ne s’embarrasse pas de fioritures, va droit à l’essentiel. Elle n’a donc pas le même public que l’érotisme, même si une partie peut être commune aux deux genres. En général on dit que la pornographie a un public essentiellement masculin, alors que l’érotisme attirera plus les femmes.

Par contre, dès mes débuts, je me suis interrogée sur un point précis. « Et si un jour, un tordu prenait certains de mes textes comme mode d’emploi ? » Cette question m’a taraudée longtemps. Pourquoi me direz-vous ? Tout simplement parce que j’ai pu voir nombre de personnes ériger « Histoire d’O » en mode d’emploi d’une relation sado-masochiste par exemple, alors que si ce livre est magnifique du point de vue de l’écriture, il est très contestable dans la forme de relation qu’il décrit, puisqu’il expose une relation aliénante et destructrice.

C’est pourquoi, à chaque nouvel écrit, je me pose cette question « Jusqu’où puis-je aller » et surtout, si je décide d’y aller quand même, « Par quel biais le faire ». Car ce ne sont pas tant les actes décrits qui peuvent paraître dégradants que la façon dont ils sont narrés. Ce que je veux, c’est que quelles que soient les situations, mes personnages restent profondément humains. Et oui, on peut aller au-delà du registre soft tout en gardant cette éthique là. Il n’y a qu’à lire Françoise Rey pour s’en apercevoir ! Elle a la faculté de pouvoir passer d’un registre très doux, très tendre à quelque chose de très extrême et cru, sans jamais une seule seconde tomber dans la vulgarité et le sordide. Je ne dis pas que c’est facile à faire, ni même que j’y parviens, mais c’est à cela que j’aspire, à cela que je travaille.

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4 réflexions sur “Le féminisme de mon écriture

  1. Bravo Isabelle, j`aime beaucoup votre article, vous expliquez tres bien le pourquoi vous vous etes lancee dans l`ecriture erotique, et je vous admire pour cela…Il est grand temps, a l`epoque ou nous vivons que les femmes se liberent de tous ces « tabous » qu`elles ont accumules depuis leur plus tendre enfance. Nous sommes comme les hommes faites chair et os et de sang comme les hommes, donc nous avons les memes pulsions, la seule, peut-etre, difference c`est que nous freinons plus facilement ou nous laissons la raison nous envahir plus aisement…

    J`espere un jour avoir le plaisir de vous lire dans un de vos ouvrages, les petits extraits que j`ai pu lire m`ont laisse la meilleure impression et j`adore quand je lis un ouvrage qui peut me faire vibrer, ce qui aujourd`hui est bien rare.

    Bonne continuation et au plaisr.

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    • Merci Martine pour votre commentaire, et bienvenue dans mon univers. Il y a ici quelques textes (peut-être pas les meilleurs, car parmi les premiers que j’ai écrit) en libre lecture. Sinon, deux nouvelles publications sortiront début 2012, l’une tout en douceur, l’autre un peu plus… Un peu moins correcte dirais-je 🙂

      Bonne continuation à vous aussi et au plaisir de vous revoir ici.

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  2. Coucou Isa….
    Que pourrais-je dire que je ne t’ai pas déjà dit?? Heu… est-ce que je l’ai fait d’ailleurs??? Si, si….
    Tu as une sacrée force de caractère (bon, des fois…) et ce courage d’être TOI qui font que tu es une belle personne et de celà tu peux en être fière. (bon là aussi, pas trop hein…). Sourire, je te taquine…
    Des bisous…

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    • La force de caractère, oui il paraît que je l’ai 🙂 Si je ne suis pas forcément toujours facile à vivre, j’avoue que c’est quand même un gros avantage. En tout cas merci de ton message arcenciel, et gros bisous à toi ! Reviens quand tu veux, la porte est ouverte !

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