Interview pour La Presse de Vesoul


Le 8 mars est parue, dans « La Presse de Vesoul », une interview réalisée par Viviane Belle. L’article, très dense, étant trop long pour être scanné et lisible à l’écran, en mettre une image ici ne servirait à rien. Aussi, pour satisfaire à des demandes qui m’ont été faites, j’en mets une copie de texte ici.

 »Il est encore difficile

d’assumer une vraie féminité »

Ni provocante, ni soumise, la femme d’aujourd’hui dévoilée par l’écrivain Isabelle Lorédan

« AMOUREUSE DE LA VIE », vous dit-elle.
Nichée dans ses superbes Vosges saônoises, Isabelle Lorédan, écrivain, auteure de nouvelles érotiques, préfère aux extrêmes sexistes l’Humanisme. Sa plume est libertine, mais jamais provocante, comme les propos tenus lors d’une rencontre où elle a livré, avec simplicité et sincérité, son parcours atypique, ses souffrances, ses espoirs et un regard extrêmement lucide sur les incohérences politiques ou sociales. Rencontre avec une femme délicieusement cultivée.

D’où vous est venu ce goût de l’écriture ?
Avant le plaisir d’écrire, j’ai connu celui de la lecture, toutes les lectures. Je suis passée des livres pour enfants à la découverte des grands classiques, vers 13 ans : Zola, Hugo, Racine… La beauté des textes, la musicalité des mots, des phrases me fascinent. J’étais bien notée en rédaction, mais ça s’arrêtait là. Par manque de confiance en moi, j’ai bloqué cette évolution. A 20 ans, mes essais me semblaient mièvres. Puis j’ai connu des choses très difficiles à vivre lors d’une première union, la violence conjugale à l’extrême… Pour m’en sortir, je me suis faite aider médicalement, puis ai terminé par une auto thérapie en écrivant, après mon mariage et la naissance de mon fils. Cela m’a vraiment guérie. En écrivant de petites nouvelles sur le Net, j’ai repris confiance en moi, en mes capacités. C’était aussi une façon de verbaliser, d’exprimer le trop contenu. Et aussi paradoxal que ça puisse paraître, l’écriture érotique m’a réconciliée avec ma propre sexualité.

Votre véritable départ ?
J’ai d’abord rédigé de petits textes, pas même des nouvelles. Des élans qui me venaient naturellement, spontanément. (sourire). C’était encore maladroit. Puis est venu un texte dont j’ai senti le réel potentiel mais beaucoup trop long.. Il a été remarqué par lesÉditions Blanche , dont le directeur Franck Spengler m’a demandé un texte plus court. En 2010 est sorti « Les feux de l’enfer », en ouvrage collectif, puis à l’automne dernier, en solo « Un, deux, trois, nous irons en croix » aux éditions Dominique Leroy. « Secrets de femmes » et «A mon amante » ont été publiés en février. Deux ouvrages sortent ce printemps, et j’ai en projet une écriture à quatre mains, une expérience tout à fait nouvelle, et une autobiographie pour montrer qu’on peut vraiment s’en sortir…

Comment vient l’inspiration ?
Parfois d’une lecture, comme celle de ‘La brûlure de la neige », un livre qui m’a bouleversée. L’idée ne vient ni des personnages, ni de l’histoire elle-même. Plutôt d’un ressenti, d’une ambiance qui me guident pour créer une trame tout à fait différente, mais dont se dégagera une émotion identique. Quelquefois, ça part d’un délire, qui peut aller jusqu’à l’outrance…

Et dans votre environnement, les personnes que vous croisez ?
Plutôt des lieux que des personnes. Je ressens la beauté d’un endroit, m’en imprègne et imagine mon histoire dans ce cadre là.

Comment vous définissez-vous dans ce thème très spécifique de l’érotisme ?
L’art par définition se doit d’être sans limite. Mais se doit aussi d’éviter toute vulgarité ! Un langage peut être crû sans être racoleur. Il convient de démystifier les choses qui sont jugées sur ce qu’elles ne sont pas ! De nombreux romans tout public et de grands classiques comportent des passages très érotiques. Vous savez, il n’existe pas de littérature avec de sous-littératures. Dans l’écriture érotique, comme ailleurs, il y a des ratés mais aussi des pépites ! Malheureusement occultées par l’étiquette… et la répression appliquée par la distribution quant à la disponibilité des ouvrages.

Comment réagit votre entourage ?
Mon mari est plutôt fier. Il participe à la relecture, mais (rires) ce n’est pas objectif, il trouve toujours que c’est très bien ! Mon fils sait ce que je fais, mais il est encore trop jeune pour me lire. Par ailleurs, je n’ai aucun retour négatif. Même ici, en campagne. Vous savez, je crois que… les gens ne jugent pas !

Vous n’hésitez pas à vous positionner sur certaines décisions politiques ou sociales…
Comme le machisme, le féminisme à outrance me révolte, surtout lorsqu’il est noyauté par des gens sûrs de desservir la cause des femmes. On a tant repoussé le « sois belle et tais-toi » qu’on est tombé dans l’effet inverse, et se retrancher derrière la cassure de 68 me semble trop simpliste. Comme la journée de la Femme, l’idée de la « journée de la jupe » est impensable ! Une femme a le droit d’être une femme, chaque jour, en jean et baskets ou en jupe et talons hauts si ça lui chante.

Que préconisez-vous ?
De stopper les effets d’annonces et agir. On donne de l’espoir aux gens… et puis c’est tout. Les décrets d’application sont souvent signés avec beaucoup de retard, un leurre total. Ah si, on travaille sur le « madame, mademoiselle… » Mais les causes profondes affectant la société ? Il faut une action réelle, cesser de focaliser sur le détail ou l’apparence, de jouer l’hypocrisie du vocabulaire. Pour preuve, disserter sur une pochette de CD (sans écouter le message porté par l’artiste qui justement dénonce) ou une affiche de film n’est pas un véritable combat. Ecoutez Brel et sa superbe chanson, « Les Vieux ». De nos jours, on lui imposerait de dire « Seniors » !

En conclusion ?
Le superbe message de Martin Gray. « Depuis quelques temps, la gouvernance passe par la peur des gens», la peur de l’autre, des différences paralyse tout. Actuellement, la peur suprême qui conditionne les gens, c’est l’étranger et la crise… Alors les non-dits ne sont pas là où l’on pense…

Deux ouvrages à paraître :
« Lettre à un premier amant », collectif épistolaire, avril 2012 e-book aux éditions Dominique Leroy
« Que la chair exulte », e-book solo aux éditons Dominique Leroy, juin 2012, présenté au Salon du livre érotique à Evian

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