Château de Joux, perle du Haut-Doubs


Hier, je suis partie en famille, en expédition dans le Haut-Doubs. Le but de la sortie était de se rendre un peu après Pontarlier, au château de Joux.

Monument médiéval, modifié à diverses époques comme nous le verrons plus loin, il surplombe majestueusement la vallée de La Cluse-et-Mijoux qui ouvre la route vers la Suisse voisine, menant d’un côté à Neuchâtel et de l’autre à Lausanne. Il est l’un des bâtiments dont les francs-comtois sont les plus fiers, et à juste titre.

On trouve la trace de son existence dès 1034 dans les documents d’archives et portait à cette époque le nom de Miroaltum. Le bâti primitif était en bois et les seigneurs de Joux construisirent leur fortune en partie grâce au péage qu’ils instaurèrent au pied du château, ainsi qu’aux actes de pillages et de rançonnage qu’ils infligeaient aux riches marchands de passage. Le premier château de pierre s’érigea au XIIème siècle.

Joux est une terme latin qui désignait les forêts recouvrant les montagnes alentours. Il devint ensuite synonyme des montagnes du Jura.

La seigneurie de Joux disparut au XIVème siècle, faute d’héritier mâle. Elle fut vendue au comté de Bourgogne contre une somme de 22 000 francs or en 1454.

La conquête de la Franche-Comté par les armées de Louis XIV débuta en 1674 pour s’achever à la signature du traité de Nimègue en 1678. Dès lors, Vauban fut chargé du renforcement de la défense de la vallée. Malgré le fait qu’il préconisait de raser ce château qu’il jugeait trop éloigné de Pontarlier, le roi lui imposa sa modernisation et le renforcement de ses fortifications.

La partie la plus ancienne du château comporte deux tours rondes ainsi que les appartements seigneuriaux qui formaient une première enceinte. A la fin du Moyen-Âge, le château compte trois enceintes sur plus d’un hectare. Un second pont levis et une tour d’artillerie furent érigés en 1486.

Porte Louis XIV

Vauban reprend le tracé des anciennes murailles, reconstruit le rempart et installe des casernements dans la cour d’honneur et en soubassement. Les volets sont également posés à cette époque, construits en chêne de 15 centimètres d’épaisseur. Enfin, pour parer à une attaque par le sud, une cinquième enceinte est érigée. La porte d’honneur dite de Louis XIV est très richement décorée en l’honneur du roi. La couronne et la fleur de lys qui l’ornaient ont été détruites à la Révolution, comme sur tous les bâtiments publics. Dans la cour d’honneur, on peut cependant encore contempler un petit cadran solaire orné d’un superbe soleil, qui fut construit à la gloire du souverain.

Cette forteresse a cependant toujours eu un intérêt militaire très limité et servit surtout de lieu de garnison. C’est au XVIII siècle que Louis XV décida d’en faire un lieu de détention et y envoya par lettres de cachets des prisonniers. Joux égala alors en notoriété La Bastille et le Temple, sans toutefois être détruit à la Révolution puisque là encore, on y enferma des prêtres, des conscrits réfractaires, des chouans…

Au XIXème siècle, c’est Joseph Joffre (futur maréchal de France) qui dirigea des travaux titanesques : deux casemates d’artillerie, le percement de galeries souterraines dans la montagne, dont une verticale avec un escalier en colimaçon de 212 marches doublé d’un monte charge furent construits.

Escalier aux 212 marches

Joux est célèbre aussi pour son puits, creusé à l’époque de Vauban et qui assurait l’approvisionnement en eau de la forteresse. Profond de 147 mètres et d’un diamètre de 3 mètres 70, il fut percé à la main en 14 mois par des hommes qui se relayaient jour et nuit, sept jours sur sept. Il y avait urgence car il fallait être autonome en cas de siège effectué par la Savoie indépendante.

Durant la première guerre mondiale, des troupes françaises y furent installées, mais la région fut épargnée par l’ennemi. Par contre, durant la seconde, le château se rendit le 24 juin 1940 et fut occupé par l’armée allemande qui y resta jusqu’au 5 septembre 1944. Durant ces années, le mobilier, les volets, les planchers furent brûlés à des fins de chauffage, et les métaux ferreux furent expédiés en Allemagne pour approvisionner les usines d’armement.

Propriété de l’armée française jusqu’en 1968, le château sera néanmoins ouvert au public dès 1954.

Parmi les prisonniers célèbres de la forteresse, on compte Mirabeau. Sa détention fut particulière puisqu’il obtint le droit de sortir pour chasser ou se rendre chez des amis à Pontarlier. C’est ainsi qu’il rencontra Sophie de Ruffey, jeune épouse de 21 ans du Marquis de Monnier. Il s’enfuit avec elle et fut condamné à mort par contumace pour rapt et adultère. Arrêtés tous deux en 1777 à Amsterdam et extradés, Sophie fut enfermée dans un couvent où elle se suicida, tandis que Mirabeau fut emprisonné au donjon de Vincennes. Le reste de sa vie nous est plus connu puisqu’il fut un acteur majeur de la Révolution.

En haut à gauche, la porte de la cellule de Mirabeau

Mais celui dont le nom est lié à jamais à Joux est Toussaint Louverture. Né à Saint-Domingue, esclave affranchi, il entre dans l’armée de libération de l’île contre les colons blancs. Après que la France ait aboli l’esclavage à St Domingue, il se rallie à l’armée française. Général de division puis général en chef des armées françaises de l’île, il instaure un pouvoir noir avant de s’auto-proclamer gouverneur à vie. Bonaparte rétablit alors l’esclavage et le fait arrêter. Ramené en France et enfermé au château de Joux, il y mourra d’une pneumonie en 1803, peut avant la proclamation de la République d’Haïti, dont il est considéré comme le père fondateur. Pour toutes ces raisons, sa cellule au château de Joux est un lieu de pèlerinage pour de nombreux haïtiens et une des étapes incontournables de la « Route des abolitions ». Elle est appelée à devenir un haut lieu mondial de l’abolitionnisme.

Cellule de Toussaint Louverture

Dans son film « Les misérables du XXème siècle », Claude Lelouch est venu tourner au château de Joux. On se souvient de la scène où Jean-Paul Belmondo tente de s’évader en compagnie de William Leymergie, en escaladant les parois intérieures du puits. Les scènes de cellule au bagne furent également tournées dans les souterrains et l’on peut encore aujourd’hui, voir le décor de cette cellule.

Pour toutes ces raisons, historiques, architecturales, sociales ou culturelles, le château de Joux est bien un des plus beaux joyaux contenu par l’écrin verdoyant de la Franche-Comté.

Tout l’été (mais aussi à l’automne), y sont organisés des animations culturelles. Vous en trouverez le calendrier et les tarifs ICI.

Je tiens à saluer ici le guide que nous avons eu pour son extraordinaire capacité à narrer l’épopée de ce lieu et de ces occupants, et surtout pour son formidable sens de l’humour, ce qui n’est pas si courant que cela.

Je vous parlerai très prochainement des légendes qui sont attachées à ce lieu, et dont j’ai déjà fait l’adaptation de l’une d’elles il y a quelques années… Patience !

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2 réflexions sur “Château de Joux, perle du Haut-Doubs

  1. Bonjour:) j’espère que vous avez été sensible à l’atmosphère souvent tragique qui règne dans ces murs, que l’histoire de Berthe a su touché votre coeur, que dans la fraîcheur de ce puît creusé dans la roche , vous avez entendu la longue plainte des forçats qui ont accomplit ce travail … j’espère que vous avez aimé notre région et leurs habitants:) Bienvenue en Franche Conté!;):D

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    • Bonjour Emma ! Vous n’avez pas à me vanter les mérites du lieu ou de la Franche-Comté, je suis comtoise de souche et y vit 🙂 Comme je l’ai écrit dans mon billet, j’écris depuis quelques temps une série de nouvelles sur le thème des contes et légendes de notre région, et j’ai écrit entre autre, celle de Berthe de Joux. Peut-être que ce manuscrit, une fois terminé, trouvera un éditeur, je le souhaite. En tout cas, la Franche-Comté a, avec vous, une ambassadrice de choc. Au plaisir…

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