À ma mère


Dix ans aujourd’hui que tu nous as quitté, engloutie par les ténèbres qui avaient détruit ta raison durant les derniers mois de ta vie. Des mois durant lesquels nous avons assisté, témoins impuissants, à ta lente glissade vers l’abîme vertigineux du néant. Des mois durant lesquels nous fûmes les seuls à remarquer que tu t’enfonçais chaque jour un peu plus dans le néant.

Je me souviens de ce dernier Noël que tu as vécu : tu n’étais déjà plus qu’un corps duquel l’esprit était absent. Tu ne savais plus marcher ni manger, il fallait t’assister comme on l’aurait fait pour un petit enfant. Peu après, tu ne me reconnaissais plus lorsque j’allais te voir. Impassible, tu me regardais de ton regard inhabité, sans aucune réaction. Cette vision cauchemardesque de toi, morte-vivante effrayante, me hante depuis toutes ces années. Elle a effacé toute autre image, supplantant les souvenirs que j’avais de toi en bonne santé.

Puis les limbes cotonneuses du coma t’enveloppèrent, cela dura deux semaines. L’espoir n’était plus là, ton cerveau était irrémédiablement trop abîmé pour que tu guérisses. Il y avait eu un miracle quelques années avant, cette fois-là il n’y en eut pas.

Tu nous quittas ce 22 février, jour de la sainte Isabelle… Depuis et à jamais, cette date reste entachée de tristesse.

Si nous avons eu de nombreux désaccords, si j’ai souvent et profondément été blessée par la dureté de tes mots, par l’image que tu avais de moi, j’ai appris à pardonner. D’ailleurs nos rapports s’étaient pacifiés après que j’aie vidé mon sac, un certain jour de Noël. De ce jour terrible de cris et de larmes, je garde le souvenir d’un enfant de trois ans, te prenant par la main pour t’amener à moi qui pleurait dans la cuisine. Du haut de son jeune âge, il avait compris beaucoup de choses et semblait te dire « elle a besoin de toi ! » Ce jour-là nous avons enfin enterré la hache de guerre, après de longues années passées à nous faire mal.

Cet enfant a aujourd’hui bientôt quinze ans. Le souvenir qu’il a de toi s’estompe chaque jour un peu plus. Seuls restent bien présents en lui les moments où tu le tenais par la main en lui chantant « Promenons-nous, dans les bois… »

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