Un livre ce n’est pas seulement l’écriture !


Les auteurs numériques… Voilà un sujet qui fait pas mal parler depuis quelques jours sur les blogs. ChocolatCannelle leur a consacré un article, puis Gilles Milo-Vacéri et enfin aujourd’hui, c’est Thomas Galley qui s’y est collé.

Je suis auteur, et j’ai publié quelques textes en numérique (cinq à ce jour, le sixième est à paraître prochainement). J’ai également été éditée en livres traditionnels, mais uniquement dans des ouvrages collectifs. Que le texte soit destiné à l’édition papier ou numérique, le travail de l’auteur est le même. Je ne suis pas moins vigilante pour une version numérique, mais en constante recherche de produire un texte qui sera le plus parfait possible, autant que je le serais pour un livre traditionnel.

Et puis il faut être honnête. À moins d’écrire quelque chose d’exceptionnel, les chances de voir un volume entier être édité sont mince dans le circuit traditionnel si l’on n’a pas une notoriété, pour des raisons de pur marketing. Le numérique demandant moins d’investissement financier de la part des éditeurs, ceux-ci sont plus susceptibles de parier sur un inconnu que leurs confrères. Sans l’édition numérique, je n’aurais encore jamais eu de publication en solo. Pourquoi ? Parce que mes écrits jusqu’à aujourd’hui sont des nouvelles, et que la nouvelle n’est pas un genre littéraire que les français affectionnent particulièrement.

Par contre, l’édition numérique a un atout majeur : tous les textes, quelle que soit leur longueur, peuvent être édités. C’est donc une aubaine pour les nouvellistes comme moi qui peuvent ainsi voir des textes courts devenir des e-books (quitte par le suite à les réunir, si le succès est là, pour en faire un recueil papier ensuite).

Voilà pour la partie traitant de l’écriture. Reste l’après « accouchement » si je peux dire. Ce qui est frustrant avec le livre numérique, j’en conviens, c’est la dématérialisation de l’objet. Évidemment, il ne peut y avoir de séances de dédicaces en librairie, mais par contre, rien n’empêche les auteurs et éditeurs d’être présents sur les salons du livre. Avec de l’imagination, il est tout à fait possible d’avoir quelque chose à présenter aux visiteurs. Cela va de la carte sur laquelle figure le visuel du livre accompagné d’un lien de téléchargement (ou d’un flashcode) au cd rom en passant par les clés usb… Tout est possible, tout est à inventer. Alors pourquoi ne voit-on pas plus de stands d’éditeurs purs players sur les salons ? Certains acteurs de la chaîne du livre mettraient-ils, à défaut d’un frein, au moins une certaine mauvaise volonté à voir représenter les livres numériques ? Pas impossible. Effectivement, alors que les grands éditeurs ne voient dans le numérique qu’un outil de réédition de plus (comme les éditions poches ou club), chaque jour les éditeurs purs players montrent qu’ils font un vrai travail d’éditeur, en travaillant sérieusement sur les textes, puis sur la création du livre numérique et sa commercialisation. Ils accompagnent les auteurs comme le feraient leurs confrères. Ce ne sont pas des sous-éditeurs qui proposeraient de sous-produits. Les éditeurs et les auteurs le savent, mais il reste encore à convaincre. À commencer par la presse qui boude consciencieusement la production de livres numériques.

Pour avoir parler de livres numériques avec un journaliste, je me souviens de sa réponse «Ah oui, vous écrivez sur internet ! » Cette phrase montrait que pour lui, un livre numérique n’avait pas plus de valeur qu’un article de blog. Je pense qu’il n’est pas le seul à penser ainsi et que cela justifie l’impasse faite sur les e-books. Lorsque l’on en parle, c’est parce qu’un livre papier devient un best-seller mondial alors qu’il a débuté en format numérique mis en ligne l’auteur, comme ce fut le cas pour les « 50 Shades ». Là on s’extasie sur le flair dudit éditeur évidemment…

En France pourtant, si les ventes de livres numériques restent encore très confidentielles, elles sont en hausse constante. Le mode de vie des français, l’espace qui se restreint dans les appartements, n’y sont pas pour rien. On a beau aimer les livres, on ne peut pas pousser les murs pour en stocker plus. Aussi, les liseuses et autres tablettes sont idéales pour conserver des volumes sans s’encombrer. Idem pour partir en vacances. On n’alourdit plus sa valise que des quelques centaines de gramme de l’objet contenant des centaines de livres.

Je terminerai en rebondissant sur les propos de ChocolatCannelle, qui déplorait dans son billet le manque d’investissement personnel des auteurs numériques. Certains de ces auteurs (dont je fais partie) sont issus des blogs et de ce fait, ont un outil de promotion à leur disposition. Pour les autres, ce peut être l’occasion de se lancer dans l’aventure. Il est indispensable aujourd’hui, pour un auteur débutant édité en numérique, d’acquérir une visibilité. Pas dans un but narcissique, mais pour que celle-ci serve leurs publications. Blog, Facebook, Twitter (en sachant que l’on peut tout grouper et faire ainsi d’une pierre trois coups) sont pour moi des outils nécessaires. D’ailleurs, je ne suis venue aux réseaux sociaux que pour cela, à titre personnel je me passais très bien d’eux… De la même façon, je trouve normal aussi de contacter la presse locale moi-même lorsqu’une publication est imminente. Pourquoi resterais-je passive à attendre que l’on vienne me chercher ? C’ est comme pour tout, il faut oser ! Au pire, on est ignoré, mais on peut aussi décrocher un article intéressant qui mettra un bon coup d’éclairage sur le volume nouveau-né.

Fin septembre se tiendra à Besançon, comme tous les ans, le salon du livre « Les mots Doubs ». Cette année, j’ai décidé de prendre le taureau par les cornes et de contacter le Centre Régional du Livre de Franche-Comté. Je sais que dans ses attributions, il y a la promotion du livre numérique (même si les parties qui lui sont consacrées sur son site sont en chantier depuis pas mal de temps). Je téléphonerai en début de semaine prochaine afin de voir s’il serait possible de faire la promotion de mes publications sur le stand du CRL durant les trois jours du salon. Qu’est ce que je risque après tout ? Que l’on me réponde oui ? Et si c’est non, il me faudra prendre en compte les arguments que l’on m’opposera, et je retenterai le coup l’an prochain.

J’ai utilisé plus haut un parallèle entre la sortie d’un livre et un accouchement. Je vais le reprendre pour conclure. Lorsque l’on met un enfant au monde, on ne le laisse pas livré à lui-même, on ne demande pas à l’obstétricien ou à la sage-femme de l’éduquer et de l’aimer. Il en est de même pour un livre. Certes, il a sa vie propre à mener, mais les auteurs, fussent-ils numériques, ont le devoir de l’accompagner le mieux possible pour que celle-ci soit longue et belle. Un livre a deux parents : l’éditeur ET l’auteur.

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3 réflexions sur “Un livre ce n’est pas seulement l’écriture !

  1. Comme je le disais chez Thomas, je ne suis pas sûre du tout qu’un auteur doive être aussi un commercial…et se montrer partout pour dire qu’il existe , ainsi que ses livres…car c’est un métier à part entière…loin de l’écriture .Mais tout comme vous, depuis que je publie, j’ai toujours, en marge du travail de mes attachées de presse et de mes éditeurs, cherché à intégrer des sphères littéraires qui correspondent à mon univers d’écriture, et à me rapprocher des lecteurs ou des prescripteurs de lecture. C’est une chose naturelle, mais je ne la conçois pas comme une démarche commerciale ni même de promo, plutôt comme une continuité de mon travail d’écriture. Et ce n’est pas en rapport avec mon support de publication. Je le fais pour mes parutions papier ou numériques. Je persiste à dire que les éditeurs numériques doivent parfaire leur communication et s’entourer de gens compétents pour cela, recruter si besoin des attachés de presse, comme ils ont dû se résoudre à recruter des correcteurs professionnels. C’est valable pour tous les métiers….on ne fait les choses bien qu’avec les compétences des hommes et des femmes…et non pas en voulant faire du low cost, en sacrifiant le savoir faire. C’est selon moi, le problème numéro 1 de l’édition numérique, à vouloir faire du tout à moins de 3 ou 4 euros…on est obligé de renoncer à pas mal de choses….et à tout attendre de l’auteur. Puis-je rappeler d’ailleurs, et c’est important ! que l’à-valoir n’existe pas dans les contrats d’éditeurs numériques ? Avec cet à-valoir, que l’on conserve même si on ne vend rien…on est « dédommagé  » du travail de promo…chez l’éditeur papier. Des minimums de de 800 à 1000 euros…

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    • L’idée, dans mon écrit, n’était pas de faire passer l’idée que l’auteur pouvait remplacer des attachés de presse efficaces, mais plutôt de faire passer l’idée qu’il vaut mieux être acteur que passif. Être en contact avec les lecteurs est pour moi primordial, j’ai besoin de savoir comment sont perçus mes écrits, ne serait-ce que pour m’améliorer.

      Par contre, je vais vous contredire Anne en ce qui concerne l’à-valoir dans l’édition numérique. HQN en verse à ses auteurs, dès la signature des contrats (la directrice éditoriale m’a même dit que c’était une obligation légale, édition numérique ou pas). Par contre, je ne sais plus où j’ai lu que cette pratique tend à se raréfier dans l’édition papier traditionnelle.

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  2. En fait, Isabelle, je réagissais aussi sur l’article de Stephanie que vous évoquez dans votre billet, au sujet de l’implication de l’auteur. Et ce que vous me dites de vos envies de partager avec le lecteur relève comme je pointe bien la différence dans ma réponse, de la continuité du travail d’écriture plus que du marketing et de la promo,, tout au moins dans l’esprit. Sinon, pour l’à-valaoir, première fois que je’entends parler de cela en numérique, donc, vous avez de la chance :)), je n’en ai pas eu pour Epilogue, mais sans doute cela vient-il de la taille de la maison d’édition, Harlequin a les reins plus solides. Par contre, j’en ai toujours eu pour le papier et chez Hors Collection le double d’ailleurs que ce que j’ai indiqué pour moyenne.Pour en revenir à l’implication de l’auteur, cela dépend aussi de sa personnalité, il y en a de très timides, qui n’ont pas la possibilité de se montrer, de s’exposer, ce n’est pas toujours une question de volonté je crois, plutôt de personnalité, de posture naturelle..

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