La peur du noir – Françoise Rey


Quatrième de couverture

Cédant aux exigences de son amant, Jeanne s’oblige à regarder ce qu’elle n’osait auparavant fixer des yeux et elle met en mots – jusqu’à en être obscène – le corps, sa transe, le désir fou. Roland quant à lui, récemment privé du sens de la vue, savoure une sexualité inédite grâce à l’ouïe, au toucher, au goût, à l’odeur et à l’ivresse que la parole de Jeanne fait naître en lui.

Au gré des mensonges pieux et des vérités parfois cruelles, ils vont s’engager sur des terres inconnues, celles de la découverte de soi-même et de l’autre : dans le noir, pour Roland, et en pleine lumière, pour Jeanne. Pendant un mois, ils vont entretenir une liaison secrète : un mois de tourments, un mois de bonheur, gravé dans l’éternité.

Avec “La peur du noir”, Françoise Rey réalise un travail brillant, où la poésie de l’ombre sublime les élans charnels de manière crue et atypique. Et constamment, sa plume vive et élégante interroge : on dit que l’amour est aveugle, mais cela signifie-t-il qu’il soit malvoyant ou, au contraire, extralucide ?

Mon avis

La peur du noir est paru initialement en 1998, et bénéficie d’une réédition chez Tabou Editions.

Voilà un très grand roman, plein d’émotion, de puissance et de finesse. Jusque où peut-on aller par amour ? Telle est la question ici. Jeanne et Roland ne devaient pas être amants, sous aucuns prétextes. Et pourtant, alors qu’ils sont pris dans la tourmente d’événements dramatiques, ils le deviennent… Temporairement, une relation en CDD si je puis dire. Durant un mois, ils vont explorer leurs fantasmes les plus fous mais aussi les plus sordides,  à la découverte de leur véritable personnalité. A cinquante ans, Jeanne la frigide devient  une femme en découvrant la sensualité et le plaisir, tandis que Roland grandit, devient enfin un homme avec toutes les responsabilités que cela implique vis à vis de cet enfant né trop tôt et dont on ne sait pas si ses yeux verront jamais la lumière.

Transgressif il l’est, résolument, magistralement… Mais jamais gratuitement. Alors que le récit pourrait aisément basculer dans le sordide, il surfe sur le bord sans jamais basculer. Même dans les moments les plus sombres, l’auteur fait naître de situations pour le moins scabreuses du bon qui hisse ses personnages vers le haut, nous régale d’envolées splendides d’émotion et de beauté littéraire. C’est le mythe d’Orphée que l’on retrouve en filigrane, tant nos deux héros plongent au plus profond de l’enfer pour mieux renaître et se perdre inéluctablement. Parce qu’il ne saurait en être autrement, ils le savent l’un et l’autre dès le début.

Je ne dirai rien de plus de l’histoire, il serait dommage de la gâcher par un résumé. Je dirai simplement qu’il faut se laisser submerger par elle, sans a priori, sans jugement moral. J’ai été autant bouleversée par ce roman que par La femme de papier ou La brûlure de la neige.  Bref, c’est un des meilleurs romans de Françoise Rey, assurément.

Extrait

Mon amour, mon cher amour, je veux te marquer d’un sceau que tu ne connus jamais, que moi-même toujours j’ai ignoré. Je veux que tu sois à moi, pour une nuit, que tu deviennes mon oeuvre d’art, mon livre, ma peinture, je veux écrire en toi et façonner ta chair, te laisser une trace épouvantable et fantastique, je veux que tu oublies ta cécité, que ton corps ébahi ne se sente plus infirme, plus privé, mais riche d’un nouveau savoir, d’une nouvelle douleur, d’une volupté inédite…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s