De l’amour à la mort


En 2013, 146 personnes (121 femmes et 25 hommes) sont décédées des suites de la violence conjugale, ce qui représente 20 % des homicides de toute nature… Ce qui m’amène a parler de cela, c’est l’actualité récente de ma région où, en quelques jours, deux femmes ont été tuées par leurs maris. L’une dans les Vosges, retrouvée mutilée et enterrée dans sa cave -et pour laquelle il n’a pas été dit qu’il y avait un contexte de violence, juste une séparation en cours, et l’autre jeudi à Besançon.

Pour cette dernière, les choses sont claires. Cette femme était victime de coups réguliers depuis des années et avait porté plainte en août. Tandis que l’instruction se déroulait, elle était suivie par des associations d’aide aux femmes. Malgré tout cela, elle n’avait pas quitté son mari, ce qui semble incompréhensible à beaucoup. Et pourtant… Pour qui connaît la problématique des violences conjugales, ce n’est pas une surprise. C’est une décision très difficile à prendre, surtout si les violences durent depuis longtemps. Car les coups ne sont pas seuls… Ils s’accompagnent d’insultes, de brimades, de privations qui font qu’à la longue, on se retrouve dans l’incapacité d’avoir un jugement cohérent. Et puis il y a la peur… Peur que cela ne soit encore pire en cas de fuite (ce qui renvoie au premier meurtre évoqué, où le mari a agi alors que son épouse venait de signer un bail à son nom pour partir).

Ces deux affaires m’ont bien évidemment touchée à cause de mon passé, c’est indéniable. Je me dis que malgré tout ce qui a pu être mis en place depuis 20 ans que les violences conjugales sont vraiment reconnues et criminalisées comme il se doit, il reste encore beaucoup à faire pour que chaque femme (ou homme d’ailleurs, les hommes battus ou maltraités psychologiquement existent) puisse être en sécurité sous son propre toit, dans sa famille. Cela passe par l’éducation des enfants -c’est une des raisons pour laquelle je suis effarée de voir certains aussi enragés dans leur combat sur les projets d’éducation à l’égalité au sein des écoles, sous prétexte de lutte contre une hypothétique et idiote « théorie du genre »… Cela passe aussi par une prise en charge réelle et efficace des personnes violentes. Force est de constater qu’à l’heure actuelle, la France ne s’illustre pas pour son action en ce sens.

Enfin, parce que j’ai lu dans un article publié aujourd’hui par l’Est Républicain à propos du meurtre de Besançon que le meurtrier était d’origine turque, je me pose la question d’une telle précision. Pour qui connaît un tant soit peu les violences conjugales, il est connu que celles-ci s’observent dans TOUS les milieux, dans toutes les couches sociales. C’est un mal universel…

Je terminerai sur une note littéraire. Eric Reinhardt a signé un roman magnifique qui traite du sujet. Je veux parler de L’amour et les forêts, paru en août chez Gallimard et en course pour plusieurs prix littéraire. L’auteur a parfaitement compris et retranscrit ce qu’est la vie d’une femme sous la coupe d’un tyran domestique, ses espoirs, ses peurs, ce qui l’empêche de fuir… Une histoire belle de part la narration et le style de l’auteur, mais également effroyable tant elle va loin dans l’abomination. Et pourtant… Tellement réaliste !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s