Quand les victimes deviennent coupables


Deux affaires récemment jugées en France, m’amènent à m’interroger sérieusement sur la justice de ce pays. Ce qui m’interpelle encore plus, c’est que dans les deux cas, ce sont des femmes qui présidaient les débats.

La première a été jugée par la Cour d’Assises du Loiret. Une femme de 65 ans a été condamnée à 10 ans de prison ferme pour avoir tué son mari. Jusque là, rien d’anormal. Sauf que dans ce cas précis, la « victime » était alcoolique, violente avec femme et enfants, et incestueux en prime. Durant des années, cet homme charmant a battu et violé régulièrement son épouse et ses filles, et quelques jours avant le meurtre, son fils s’était donné la mort, brisé de toute cette violence subie. Montrant une totale incompréhension des mécanismes d’emprise psychologique, la présidente du tribunal à longuement insisté sur la passivité de l’accusée face à ses violences, Eh oui, sûrement qu’elle estimait qu’elle aurait dû partir… C’est ce que nous pensons tous, jusqu’au jour où l’on se retrouve confronté à cela ! Je pensais quand même qu’à l’heure où la problématique des violences conjugales est détaillée, analysée, expliquée tant par les associations que par les documentaires largement diffusés partout, ce genre de « jugement » se posait moins… Et bien non, la preuve. La cour, dans sa grande mansuétude, n’a pas retenu la préméditation. Aucune circonstance atténuante, encore moins de légitime défense…

En parallèle, dans le Point d’aujourd’hui, on peut lire un article parlant du jugement et de la condamnation d’un homme reconnu coupable de violence sur son épouse. Violence réitérée, puisqu’il avait déjà été soumis à obligation de soins et était sous contrôle judiciaire. L’épouse, traînée par les cheveux, frappée à coups de poings et de pieds, a eu le tord de ne pas se rendre à l’hôpital faire constater ses blessures. Et l’individu de se présenter devant la cour comme une victime : « Elle m’a frappé avec un biberon », « elle m’a insulté »… Rengaine bien connue de toutes les personnes qui ont été confrontées aux violences conjugales. L’avocat général souligne qu’il n’a pas respecté son contrôle judiciaire ni son obligation de soins et réclame une sanction marquante : il requiert… 4 mois de prison avec sursis (déjà là, on croit cauchemarder). Finalement, la condamnation sera de 3 mois de prison avec sursis. Là encore, c’est une femme qui présidait les débats.

Que reflètent ces deux jugements ? Une femme victime se voit refuser la légitime défense et écope de 10 ans de réclusion ferme, d’un autre un bourreau récidiviste écope de 3 mois avec sursis. C’est pas beau ? Et avec cela, on voudrait que les victimes dénoncent plus ? Que va-t-il désormais arriver à la femme du condamné avec sursis ? Qui se soucie du fait qu’elle soit désormais en grand danger, car je doute qu’il n’ait pas l’envie de lui faire payer sa condamnation. Ah mais oui, c’est vrai qu’il a été dit et répété durant le procès qu’elle était hystérique ! Mieux vaut entendre ça que d’être sourd !

Il y a des jours comme ça où, quand je lis la presse, j’ai honte. Je souhaite à ces femmes juges de ne jamais être confrontées elles-mêmes ou de n’avoir jamais une fille victime de violence conjugale. Et si cela arrive, je leur souhaite de tomber sur des juges plus ouverts et humains qu’elles n’ont pu l’être. Personne ne mérite un tel traitement.

Pour mémoire, je rappelle quand même qu’en 2012, la Cour d’Assises de Douai avait jugé une femme victime de violences répétées pour le meurtre de son mari. L’avocat général, Luc Frémiot, réputé pour son intransigeance envers les violents, avait plaidé et obtenu l’acquittement de l’accusée, estimant que la société avait failli à son devoir de protection. Cet homme remarquable est aujourd’hui en retraite… Les violents eux, sont toujours là…

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2 réflexions sur “Quand les victimes deviennent coupables

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