A mon grand-père


Edouard Jeanpierre

Edouard Jeanpierre, originaire de Plancher-Bas, à 20 ans lors de sa mobiliation.

C’est en août 1914 que tu fus appelé, avant d’intégrer le 171ème Régiment d’Infanterie, et de partir défendre la patrie, comme on disait à l’époque. Tu es certainement parti, comme beaucoup, sûr de revenir pour la Noël, n’imaginant pas l’enfer qui t’attendait. C’était une question de jours, de quelques semaines… Les boches allaient repartir déconfits et la queue basse, et la vie reprendrait son cours.

Mais ce ne fut pas le cas. En septembre, tu te retrouvas au front. Matricule 03654… Tu es alors devenu un numéro pour ceux qui donnaient les ordres, et qui n’avaient que faire du jeune homme plein d’avenir qui se cachait derrière. La souffrance, la mort, la boue, devinrent ton quotidien, dans ce coin de l’Est qui durant quatre ans fut  l’enfer sur terre…

Combien de tes semblables, portant l’uniforme ennemi as-tu été contraint de tuer pour rester en vie ? Combien de tes camarades as-tu vu tomber, pour gagner les quelques mètres exigés par l’état-major ? J’imagine aisément la peur avec laquelle tu devais vivre en permanence, et qui ne t’a jamais quitté par la suite. Dans ce coin de la Meuse, pas très loin de Verdun, tu tins le coup un peu plus d’un mois.  C’est peu, mais c’est tellement lorsque l’on sait qu’elles étaient les conditions de vie des poilus au front. Mes recherches m’ont appris à quel point l’endroit où tu es tombé a été un infâme bourbier durant toute cette guerre.

Hé oui, c’est un 27 octobre 1914 que tu es tombé lors de l’assaut de la Tête de la Louvière, dénommée par la suite « Tête de vache ». Il y a quatre-vingt seize ans… Blessé seulement, mais cette blessure devait à jamais changer ta vie. Elle t’a sans doute sauvé la vie, en t’empêchant de repartir au front, mais t’a aussi permis d’apprendre à lire et à écrire durant ton hospitalisation. Cette blessure qui ne voulut pas guérir finit par gangrener ton bras. A vingt ans, on t’amputa, pour te sauver.

Vingt ans, et un peu plus d’un mois de front… Une vie à jamais bouleversée, une faille qui ne devait jamais se refermer. J’ai su ta terreur lorsque ce fameux 1er septembre 1939, tu as vu la guerre tant redoutée te rattraper une seconde fois et menacer ta famille. Quoi d’étonnant, lorsque l’on a connu l’indicible ?

Je ne t’ai pas connu, tu es parti très jeune. Mais on m’a beaucoup raconté… J’ai hérité des vieux papiers de famille, dont ton livret militaire, posé devant moi sur le bureau, à la minute où j’écris. Au dessus de mon bureau, au mur, tes médailles sont là pour nous rappeler ce que tu as vécu, comme bon nombre de tes camarades. A l’heure où certains s’interrogent sur l’utilité des commémorations, je tenais à te rendre hommage. Tu as fait ton devoir, comme beaucoup d’autres du même âge. Jeunesse sacrifiée au nom d’intérêts qui vous dépassaient.

RAJOUT

À l’heure où, un peu partout en France, on s’apprête à commémorer le centenaire de la Grande Guerre, je profite de l’occasion pour rendre un hommage aux poilus de ma famille. Voici quelques clichés :

Louis Jeanpierre, frère d'Edouard, durant le conflit. Éclusier à Plancher-Bas après la guerre, il mourra des suites des gazs inhalés durant la guerre.

Louis Jeanpierre, frère d’Edouard, durant le conflit. Éclusier à Plancher-Bas après la guerre, il mourra des suites des gazs inhalés durant la guerre.

Jules André, mon grand-père paternel. Mobilisé à 26 ans au 171ème Régiment d'Infanterie. Domicilié à Ronchamp (70)

Jules André, mon grand-père paternel. Mobilisé à 26 ans au 171ème Régiment d’Infanterie. Domicilié à Ronchamp (70)

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