La littérature doit-elle être réaliste ?


Littérature évasionUne petite phrase entendue il y a quelques temps m’amène aujourd’hui à réfléchir sur une chose qui peut paraître absurde ou futile : quel est le but de la littérature romanesque ?

Personnellement, lorsque je prends un roman, j’en attends plusieurs choses :

  • Qu’il me distraie. Certains trouveront cela trivial, mais la lecture est pour moi un divertissement avant toute chose.
  • Qu’il me fasse ressentir des émotions. Qu’elles soient gaies ou tristes, proches de la fascination ou de la répulsion, peu importe. Le pire qui pourrait arriver à un livre de fiction, serait de me laisser totalement indifférente.
  • Que, si il présente des faits ou des lieux réels, il n’y aie aucune incohérence dans ceux-ci. Pour exemple, lorsque j’ai lu « Le serment des limbes » de JC Grangé et que suis tombée sur « Besançon dans le Jura » et bien d’autres inexactitudes -j’ai souvenir en particulier d’un repas du soir prit dehors à l’automne ou au printemps, dans le Haut-Doubs, … Voilà quoi, même en août il faut un gros pull pour souper dehors là-haut, alors en inter-saison…- la magie fut rompue, malgré d’autres scènes décrites avec un réalisme époustouflant pour qui connait les lieux, preuve que la documentation avait été faite, mais pas rigoureusement ni à tous les niveaux. En lisant ses romans suivants dont je ne connaissais pas les cadres, je me disais que les mêmes inexactitudes étaient peut-être là mais que je ne pouvais les déceler.
  • Qu’il offre une approche originale. Rien de pire que ces livres qui semblent tous calqués sur le même schéma, avec des héros pâles sans relief, et un vocabulaire plat.

Si toutes ces conditions sont réunies, alors je suis une lectrice heureuse.

Il y a quelques temps donc, quelqu’un parlait d’un roman et disait ne pas avoir aimé parce qu’il n’était pas « réaliste ». Ce livre, je l’ai lu il y a trois ans et je peux dire que son histoire est crédible (ce qui n’est pas tout à fait pareil que « réaliste »), même si elle est tirée par les cheveux. Mais je connais bon nombre de situations réelles qui, si ont les intégraient à des fictions, paraîtraient bien plus inimaginables que celle mise en cause… Comme quoi, la réalité surpasse parfois la fiction ! Pour en revenir au livre en question, toutes les conditions ci-dessus sont réunies et orchestrées qui plus est par une plume brillante et efficace. Quelle est donc cette réalité que l’on dit lui manquer ?

Lorsqu’on lit, c’est un peu comme lorsqu’on va au théâtre. Implicitement, on accepte de marcher dans quelques combines. Je vais citer l’exemple le plus parlant : une scène de théâtre, deux personnages dont l’un se cache de l’autre, et s’adresse à haute voix au public. Ce dernier est-il outré parce qu’il juge « pas réaliste » que le second n’entende pas ce que lui dit son partenaire ? Non, cela fait partie des conventions théâtrales communément admises. On retrouve certaines choses similaires dans la littérature. Les fausses pistes dans un livre à suspens sont un régal pour le lecteur. Je vous dirais même que si l’auteur ne me mène pas en bateau avant le dénouement, je suis déçue 🙂

Il y a eu un mouvement littéraire réaliste, né en 1850 et qui compta entre autres plumes Balzac, Stendhal, Zola, Flaubert…  Puis d’autres courants sont nés : l’impressionnisme, le surréalisme , l’existentialisme pour ne citer que les plus marquants, et bien d’autres encore. Dire que seule la littérature réaliste mérite des lettres de noblesse, c ‘est un peu comme affirmer que seule la peinture très académique figurative est supérieure à un Picasso.

L’art, qu’il soit littéraire, pictural ou tout autre, est un espace de liberté dans lequel l’imaginaire de l’auteur s’exprime et duquel les imaginaires des lecteurs vont s’emparer pour le faire leur. Il y aura autant de perceptions différentes qu’il y a de lecteurs, c’est normal, nous sommes tous différents, pensons et ressentons les choses différemment. Un trop grand réalisme ne met-il pas, de facto, un cadre à cette appropriation ? Un livre, c’est une fenêtre ouverte pour que notre esprit s’y engouffre, s’y perde, s’y enrichisse… C’est tout cela que m’apporte la littérature, et je ne voudrais pour rien au monde que cela change.

« Chaque romancier, chaque roman doit inventer sa propre forme. Aucune recette ne peut remplacer cette réflexion continuelle. Le livre crée pour lui ses propres règles. Encore le mouvement de l’écriture doit-il souvent conduire à les mettre en péril, en échec peut-être, et à les faire éclater ». – Alain Robbe-Grillet

 

 

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