Une culpabilité si lourde…


coupableHier soir j’ai entamé la lecture d’un livre qui, je dois bien l’admettre, a fait renaître en moi des choses assez bouleversantes. Ce livre, c’est un roman d’Alexandre Jardin intitulé Des gens très bien. Dans ce roman, l’auteur parle du passé plus que trouble de son grand-père, Jean, qui fut directeur de cabinet de Pierre Laval du printemps 1942 à 1943 et qui donc était en poste à Vichy au moment où fut planifiée la rafle du Vel’d’hiv. Alexandre Jardin explique comment ce passé -ou plutôt les non-dits, ce qu’il décrit comme un aveuglement familial- l’a marqué, l’a empoisonné sournoisement jusqu’à ce qu’il décide de « purger son ADN » par l’écriture de ce livre qui créa un véritable tsunami dans la famille Jardin au moment de sa sortie.

Nos dénis fabriquent nos dépressions et notre impuissance. L’aveuglement tue bien avant la mort. Alexandre Jardin « Joyeux Noël »

Ce soir, j’ai poursuivi ma lecture et atteins le premier tiers du livre. Fatiguée, j’espérais dormir du sommeil du juste mais sitôt les yeux fermés, une flopée de souvenirs me sont revenus en mémoire. N’avons nous pas tous des histoires familiales qui nous empoisonnent la vie, qui nous font nous sentir coupables de choses dont nous ne sommes pas responsables ? Je ne sais pas pour vous, mais moi oui.

J’ai repensé à ma tante, que je n’ai jamais connue, et dont j’ai narré sommairement la triste histoire un jour, dans une note de ce blog. À sa mort, j’avais huit ans, c’est dire si je n’ai joué aucun rôle dans ce qui lui est arrivé et pourtant… Chaque fois que j’y repense, je sens mes épaules s’alourdir comme si une chape de plomb leur tombait dessus. C’est tout cela qui est remonté ce soir, après avoir refermé mon livre. Et j’ai longuement repensé à des phrases écrites par Alexandre Jardin, concernant justement sa jovialité et sa légèreté légendaires derrière lesquelles il cachait sa honte et sa culpabilité. Parce que d’une certaine façon, j’agis un peu de la même façon. Je m’étourdis pour oublier l’ignominie…

Sommes-nous tous condamnés à ne percevoir que ce qui résonne avec nos douleurs ?

J’avais trop mal pour être triste.
J’ai même ri abondamment, pour ligaturer mon chagrin

 Alexandre Jardin « Des gens très bien »

J’ai souvent été tentée de développer ce pan d’histoire familiale et d’en faire un livre. Il y aurait matière à cela, vous pouvez me croire. Puis chaque fois je me suis reprise en me disant que finalement, cela ne m’appartenait pas vraiment, que cette histoire impliquait trop de personnes pour que je la mette sur la place publique, même de façon romancée et en changeant les noms. Mais n’est-ce pas une forme de lâcheté ? Je me pose aujourd’hui la question… Il faut être culotté pour décider de passer outre tout cela et oser le grand déballage. Et de cela, je ne suis pas sûre d’être capable. Pourtant, je sens, je sais, que cela me libérerait -sinon totalement du moins en grande partie- de cette culpabilité que je traîne depuis des décennies. Peut-être qu’un jour j’aurai le courage de le faire, qui sait ? Par pour réhabiliter ma tante comme je l’ai longtemps dit, mais égoïstement pour moi, pour panser ses blessures profondes, pour soigner mon âme, la soulager enfin de se fardeau trop longtemps porté. Et m’autoriser enfin à être libre et digne d’être heureuse.

Toutes ces réflexions m’ont tellement hantées cette nuit que j’ai ressenti le besoin de les mettre en mots. Il y avait longtemps que cela ne m’était pas arrivé… D’expérience, je sais que cela m’apportera un peu de sérénité… Je vais donc tenter, maintenant que c’est fait, d’aller dormir quelques heures…

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2 réflexions sur “Une culpabilité si lourde…

  1. Ma mère m’a aussi raconté une histoire de ce genre concernant sa cousine qui avait dû partir à Lyon pour vivre sa grossesse en faisant des ménages chez des  » gens bien! »…… elle avait été mise enceinte par le maire du village (250 hab )…… il en a engrossé bien d’autres mais ça ne l’a pas empèché d’être réélu encore bien longtemps après….. il faut dire qu’il habitait le château du village……

    Combien de vies gâchées………

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  2. Un livre que j’ai lu à sa sortie et qui m’avait touché également pour diverses raisons. Rien de tel, au moins pour soi-même, que de remettre en évidence l’histoire de sa propre famille pour révéler qui nous sommes aujourd’hui.

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