Lâchez-nous les ovaires !


EgalitéHier, je suis tombée sur une réflexion de Francine Sporenda qui avait été relayée sur Facebook. Celle-ci faisait écho à un article du HufftingtonPost, signé par Marie-Laure Susini (psychiatre et psychanaliste) pour le HufftingtonPost, qui parlait du livre de Sonia Feertchak, Les femmes s’emmerdent au lit. Je ne vais pas faire une synthèse de l’article, mais plutôt vous inviter à aller le lire, ce sera plus simple. Vous le trouverez ICI. Je suis en partie d’accord avec ce qu’il dit, déplorant simplement que l’on mette dans le même sac « féministes » et « féministes radicales », de même que l’on juge que lesdites féministes sont incapables de faire le distingo entre une soumission ludique, voulue et temporaire au lit et une soumission sociale non choisie. Parce que toute la nuance est là, ce que ne semble pas comprendre non plus Francine Sporenda.

Que dit-elle d’ailleurs à ce propos ? Tout simplement ceci :

Francine Sporenda
19 h · Modifié ·
On est en pleine réaction antiféministe, et ce sont des femmes qui sont à la manœuvre. Sous couvert de défendre le droit des femmes à une sexualité orgasmique, ce livre est une entreprise d’enfumage caractérisée : il part d’un constat irréfutable: les femmes s’emmerdent au lit. Ce que l’on sait depuis longtemps, des auteurs l’ont écrit il y a plus d’un siècle et Georges Brassens l’a chanté dans les années 50 (?).
Mais au lieu d’identifier la cause réelle de cet intérêt mitigé des femmes pour la définition phallocentrée de la sexualité–le fait que l’organe du plaisir féminin est le clitoris et non le vagin et que cet organe négligé joue un rôle accessoire ou nul dans les pratiques sexuelles courantes–l’auteure trouve une explication hallucinante :si les femmes sont enclines à la frigidité,c’est la faute…. du féminisme, qui leur fait rejeter la soumission aux pulsions masculines d’agression sexuelle, seule façon d’atteindre au plaisir pour elles.
Se soumettre aux pulsions agressives masculines, c’est ce que les femmes ont fait partout depuis des siècles–avec des résultats catastrophiques pour leur sexualité, au point que la jouissance féminine est une notion qui a été totalement occultée voire même proscrite (grâce à l’excision) dans la plupart des cultures.
C’est pourtant cette immémoriale réduction de la sexualité féminine à la simple satisfaction des exigences masculines que ce livre indigent propose comme solution à l’insatisfaction sexuelle chronique des femmes.
De même que, dans ce discours antiféministe/régressif qui s’insinue partout actuellement, la prostitution, privilège patriarcal archaique qui asservit des femmes pauvres aux désirs masculins en les détruisant, est présentée comme libérant les femmes,voire carrément féministe.
L’esclavage sexuel,c’est la liberté, l’archaisme, c’est le progrès,l’agression, c’est la sexualité . Et les principales attaques contre le féminisme sont maintenant faites par des femmes–au nom du féminisme.

En clair, elle accuse les femmes qui osent revendiquer le droit à leurs envies, désirs et fantasmes de nourrir le masculinisme et ce qu’elle appelle l’esclavage des femmes. Et de vilipender la sexualité phallocentrée (comprendre « axée sur la pénétration ») qui serait imposée aux pauvres femmes qui n’ont pas besoin d’elle, puisqu’elles ont un clitoris qui suffit à les faire jouir. À noter que pour elle, le clitoris n’est qu’externe, sinon elle saurait qu’il apporte bien des plaisirs si on stimule sa partie interne… par pénétration, forcément ! Je soupçonne même qu’elle pourrait même prétendre que les hommes ont inventé cette partie interne pour justifier leurs pénétrations barbares, tant qu’on est dans le ridicule, allons-y franco !

Je précise que je n’ai pas lu le livre dans il est question dans l’article du HufftingtonPost. Je ne peux donc me prononcer sur son contenu. Cependant, ce dont je suis certaine, c’est que les femmes ne sont pas de pauvres êtres qui ne peuvent être comblées (sexuellement parlant) que par de grands sentiments sirupeux et beaucoup de douceur… J’irai même plus loin : les cantonner à cela est insultant et privatif de leur liberté de désir et de  plaisir.

Peut-on revendiquer vouloir servir la cause des femmes en leur déniant tout désir et tout fantasme, parce qu’au final, c’est quand même ce que fait Francine Sporenda dans sa tirade. Pis, elle accuse celles qui osent les afficher, ou du moins en revendiquer le libre accès, de complicité d’esclavage sexuel. Pour elle, une femme libre doit fermer sa gueule et taire ses envies… Je schématise, mais c’est tout à fait cela en fait. Et cela n’est pas loin de rejoindre les théories machistes qui dénient aux femmes le droit de s’approprier leur propre sexualité. CQFD, les extrêmes semblent bien se rejoindre !

Pourquoi me sens-je aussi concernée en fait ? Tout simplement parce que je suis auteur érotique et que j’ai toujours revendiqué que les textes que j’écris avait pour but, outre celui de divertir, le désir de montrer des femmes qui s’épanouissent en apprenant à accepter leurs envies les plus inavouables, qu’elles n’ont pas à en ressentir de culpabilité. Et dans ce sens, je me considère donc comme féministe, au plus noble sens de ce terme. Or, au travers de cette diatribe, je me sens insultée. Comment peut-on insinuer que par mes écrits je cautionne ne serais-ce qu’une once de la violence faite aux femmes, surtout lorsque l’on connaît mon passé ? Et que l’on ne vienne pas me parler se syndrome de Stockholm (évoqué sur les sites féministes radicaux pour expliquer l’entêtement de femmes à défendre leurs droits à une sexualité libérée).

Oui, certains me qualifient avec mépris de pornographe (ça tombe bien, de mon point de vue c’est plutôt une qualité), mais je continuerai encore longtemps à revendiquer pour les femmes le droit à s’envoyer en l’air comme elles le désirent, comme cela les fait le mieux jouir, n’en déplaise aux pisse-vinaigres. Et je ne cesserai de revendiquer que c’est par cela -pas seulement, mais aussi- que passe la libération des femmes visant à atteindre une égalité avec les hommes. Prétendre le contraire, c’est définitivement pour moi l’asservissement assuré.

Oui, je me considère comme féministe et dénie à quiconque le droit de le dénier.

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5 réflexions sur “Lâchez-nous les ovaires !

  1. je viens de lire l’article incriminé, j’avoue ne pas trop savoir ce qu’il dit réellement Isabelle.. je n’y lis pas vraiment une condamnation des femmes qui veulent jouir du jeu SM, je crois que c’est plutôt le « discours » et les injonctions qui sont vilipendés non ? Avouez que le mode d’emploi « si vous voulez jouir, laissez vous aller au jeu de soumission » n’est pas top top dans le sens où c’est un mode d’emploi qui est aujourdh’ui largement répandu dans les médias c’est bien vrai, il faut le reconnaître, et les jeux SM datent de la nuit des temps, ils ne sont pas très novateurs. Les féministes, et même les radicales du reste, peuvent très bien jouer entre elles aux jeu SM, c’est très répandu aussi entre lesbiennes. Donc c’est un peu un amalgame.

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    • Il n’est en effet pas question de jeu SM ou pas dans cet article Anne, simplement du fait que si les femmes s’éclatent peu au lit, ce serait du à certains discours féministes prônant l’égalité jusque dans les lits. Ce n’est pas tant l’article qui m’a irritée que la réaction que j’ai mise en citation, et dont le vocabulaire et les tournures sont les reflets exacts de ce que l’on trouve sur les sites de féministes radicales. Je ne sais si elles consentent à s’adonner à des jeux de domination, mais c’est certainement entre femmes ou alors dans la mouvance gynarchiste 😉

      Il n’est pas question de se soumettre pour jouir, quand on est une femme (et en effet, c’est on ne peut plus tendance actuellement), mais de faire ce dont on a vraiment envie, sans en avoir honte. Or, on se rend compte que pour les radicales, les envies profondes des femmes ne peuvent qu’avoir été conditionnées par les hommes. Elles leur dénient toute capacité de réflexion et de désir personnel, ce qui revient à les considérer comme des mineures incapables non ?

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  2. oui, bon enfin, le sexe est tellement une affaire personnelle en plus que je n’ai jamais compris les polémiques sur ses us et coutumes. D’autant plus qu’en ce qui concerne les jeux de soumission, il est facile de constater que beaucoup d’adeptes à la soumission sont des gens qui socialement exercent leur pouvoir par ailleurs …Pour ce qui est du féminisme, c’est l’éternelle problème les radicales argueront toujours que même si les femmes ont envie de jouer à obéir, c’est l’inconscient et l’atavisme d’une culture machiste qui les guideront.

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  3. Je n’aurai qu’un seul mot ; bravo !!! Je ne suis pas fan de littérature érotique, je ne suis pas frigide non plus, je fais partie de cette génération tolérante qui admet Toutes les pratiques sexuelles : chacun fait ce qu’il veut dans sa chambre à coucher ! Les réflexions dont tu parles me font dresser les cheveux sur la tête, c’est impensable !

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  4. Bonjour , j’ai toujours du mal avec ses gens et bien souvent des femmes qui une fois qu’elles sont bien placés dans la société se mettent alors à prodiguer des leçons de moral aux autres !Votre coup de griffe m a donc plus . Déjà comment peut on dire que toutes les femmes s’emmerdent au lit ? on retourne donc dans ce fameux cliché de la femme qui ne sent rien , alors pourquoi perdre son temps en tant qu’hommes à chercher le pourquoi du comment après tout mesdames sont frigides voila tout … ensuite viens le fait de la femme porno /la femme qui aime qui automatiquement est une fausse féministe qui revendique son corps mais au final ne voit pas qu’elle ne fait que ce que l homme veut / Oh pitié oui il y a des femmes esclaves / des femmes qui ne connaissent pas leurs sexualités mais tout de même il y a aussi des femmes qui ont juste envie d’etre dans le plaisir sans se demander si il y a de la honte , de la gène , tout comme un homme se laisse aller avec sa partenaire .
    Je pense surtout qu’il n y a pas tergiverser , pas de conseils à prendre , pas d’exemple à rechercher . Le sexe est intime , qu’il appartienne à celles et ceux qui le veulent point .
    Et surtout cessons de crier au féminisme qui avait tout de même pour but de ne plus suivre les lois dictatrices des hommes …pour aujourd’hui devoir subir les ordres de femmes pseudos féministes qui ont eu vite fait de se mettre à « régner  » de la même façon que certains machos une fois le pouvoir obtenue .Faire de sa parole une règle absolue / être autoritaire avec les autres femmes et les dénigrer non je ne nomme pas ça du féminisme et pourtant médiatiquement il n ‘ a que de cela .

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