L’inconnue du TER


Tired businesswoman sleeping on the trainInstallée confortablement dans mon fauteuil, je laisse mon esprit divaguer au fil des paysages qui défilent par la fenêtre. Le rythme du train en marche me berce doucement, tandis que dans mes oreilles résonnent les mots du livre audio que j’écoute. Je me laisse aller à une indolence certaine rendue propice par l’inactivité forcée du voyage.

Après un arrêt à une gare, voici qu’arrive une voisine. Une jeune femme svelte et élancée, aux longs cheveux bruns, prend place dans le fauteuil qui jouxte la travée, face à moi. De toute évidence, il s’agit d’une étudiante qui rentre chez elle après une semaine à la fac, comme semble l’attester son bagage. Il émane d’elle une innocence troublante, un peu comme si la belle n’avait pas encore totalement abandonné tous les attributs de l’enfance. Quelques mimiques rappellent cette époque pas si lointaine et la rendent émouvante. Les yeux presque clos, je l’observe tandis qu’elle joue avec son smartphone. Je l’imagine répondre à d’éventuels textos masculins. Qu’écrit-elle ? Des messages pleins de promesses pour le déroulé du week-end qui commence ? Un message cinglant de rupture ? Tout est possible et me traverse l’esprit. Quoi qu’elle écrive, son visage reste impassible. Impossible d’y décoder le moindre sentiment. Lassée, elle range l’appareil puis se laisse aller dans son siège, yeux fermés.

Rapidement, je vois sa respiration se ralentir, ses muscles se détendre. Sa tête se laisse aller sur son épaule dénudée, dégageant son cou que j’imagine tendre. La peau au velouté parfait frémit sous les pulsations sanguines. La contempler discrètement, dans un tel état d’abandon, me procure de délicieux frissons, mon imagination s’enflamme. Son visage attendrissant, entièrement détendu par le sommeil, m’émeut au plus haut point. Ses lèvres, que j’imagine aisément gourmandes, laissent échapper de petits soupirs réguliers révélateurs du bien-être dans lequel la dormeuse baigne. À quoi rêve-t-elle ? Frémit-elle en imaginant les caresses que son amant lui prodiguera, dès qu’elle l’aura rejoint ? Ses seins, que je devine menus et fermes, tendent son débardeur avec arrogance ; divins tentateurs !

Je détaille son visage avec gourmandise. Un ovale parfait, encadré par de longs cheveux bruns dont quelques mèches le recouvrent partiellement. L’ombre délicatement posée sur ses paupières closes, comme autant de rideaux gris accrochés aux fenêtres de ses yeux, lui donne un air de madone. C’est là son seul artifice, sa fraîcheur n’a pas besoin d’être enjolivée… Privilège de la jeunesse que la vie n’a pas encore contribué à éroder. Je suis ses bras nus aux attaches fines, ses mains aux longs doigts, abandonnées sur ses cuisses. Et si elles s’égaraient sous le tissu du jean ? Pourquoi n’est-elle pas en jupe ? Je m’échauffe à imaginer alors combien d’autres merveilles, jusque là inconnues de moi, viendraient alors se découvrir… Je me plais à évoquer une toison sombre, soigneusement taillée, dissimulant à peine le tendre coquillage nacré, luisant de désir sous ses caresses. Son souffle s’accélérerait doucement, au fur et à mesure que monterait son plaisir. Son corps finirait par s’arc-bouter tandis que de sa bouche s’exhalerait le chant délicieux de l’extase…

L’annonce de la gare se fait entendre et ma belle voisine s’éveille subitement, tandis que je fais mine de me replonger dans l’examen du paysage. Mon cœur bat la chamade tandis qu’elle rassemble ses affaires et quitte sa place pour s’approcher des portières. Je la salue discrètement, déçue qu’elle me quitte aussi tôt. Elle ne saura jamais quel émoi elle aura suscité. À moins que le sommeil n’ait été qu’une façade… Qui peut savoir ?

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