Une rencontre avec Michel Bussi


DSCN0589Depuis que j’ai découvert Michel Bussi en lisant Un avion sans elle à sa sortie, j’écumais les programmes des salons du livre de la région, à l’affût de le voir y figurer dans les listes d’auteurs invités. Aussi, lorsque L‘Est Républicain a annoncé, la semaine dernière qu’il serait aujourd’hui au siège du journal et que des lecteurs pourraient l’y rencontrer, je n’ai pas réfléchi longtemps, j’ai posé ma candidature. Après tout, Nancy n’est qu’à deux heures de route de chez moi, c’est pas la mort. Voici donc le compte-rendu de cet événement que j’ai apprécié à sa juste valeur. A la veille de mon anniversaire, je ne pouvais rêver plus joli cadeau.

Ce matin donc, accompagnée de mon mari qui avait posé un jour exprès -car lui aussi est un lecteur assidu de cet auteur et que j’avais le droit d’amener quelqu’un-, je suis donc allée à Nancy. Rendez-vous était donné par le rédacteur en chef du journal à 10 heures, et la rencontre programmée pour 11 heures.

D’après ce que j’avais vu et lu, je me faisais de Michel Bussi l’idée de de quelqu’un qui avait su rester simple malgré le succès impressionnant de ses romans en quelques années seulement. Et j’avais raison… Simple, il l’est dans sa façon de parler, d’être, dans sa générosité avec ses lecteurs. Nous étions huit lectrices sélectionnées (mon mari était le seul homme du public), ce qui a permis d’échanger en toute simplicité et avec une certaine proximité.

De nombreux sujets ont été abordés, je vais essayer d’en rendre compte assez fidèlement.

Questionné sur sa façon d’écrire, il nous a révélé qu’il n’avait pas de lieu réservé à l’écriture, il le fait un peu partout et tout le temps. S’il n’écrit pas tous les jours régulièrement, il se fixe cependant des contraintes (un chapitre par semaine, par exemple), sinon a-t-il dit, cela traîne en longueur et n’aboutit pas. Quand il est dans l’écriture d’un roman, il ne laisse personne lire quoi que ce soit tant qu’il n’a pas terminé. Ensuite, il le fait lire à des lecteurs bêta et/ou à son éditeur, et ensuite prend en compte ce qu’on lui suggère, à condition que cela soit justifié. Questionné sur son inspiration, il nous a dit ne jamais s’inspiré de faits réels, et si son idée est voisine de l’un d’eux, il s’applique alors à s’en éloigner le plus possible. Il prend beaucoup de temps pour construire la psychologie de ses personnages et à se documenter sur les lieux, en bon géographe qu’il est. L’écriture, il est tombé dedans tout petit puisque dès l’enfance, il adorait noter sur des cahiers de petites histoires qu’il imaginait. Il a juste continué de le faire, en structurant un peu plus ses histoires et en les développant. La question de l’identité, de l’enfance et de tout ce qui tourne autour de ce qui construit un être humain est vraiment au cœur de tous ses romans, mais il veille à varier les formes sous lesquelles elles se révèlent dans les différents volumes, afin de ne pas tomber dans le piège qui consisterait à sortir une recette miracle qui fonctionne pour tout. Lorsque je lui ai demandé où allait-il chercher ses idées d’intrigues très tordues, il nous a expliqué qu’en fait il ne se fixait pas d’emblée sur les ressorts tortueux, car ça ne fonctionne pas a-t-il précisé, mais partait d’une idée simple. Par exemple, pour Un avion sans elle, ce qui l’intéressait c’était de travailler une histoire dans laquelle le personnage centrale était en quête d’identité. L’échange de bébés à la maternité ayant déjà été plus qu’exploité, il a eu l’idée de ce nourrisson que personne n’avait jamais vu et dont les parents sont morts. Ensuite, il a déroulé sa pelote avec le talent qu’on lui connaît, pour nous bluffer complètement à la fin. Entre chaque roman, il prend le temps nécessaire qu’il baptise joliment « temps de deuil » avant d’entamer l’écriture du suivant. Pour laisser au premier le temps de le quitter, et de ne pas en faire une variante. Il ne se voit pas publier plus d’un roman par an, qu’il juge déjà comme un rythme élevé, privilégiant la qualité à la quantité.

A été ensuite abordée la question de la documentation. Une lectrice l’a interrogé sur la descriptions des lieux qu’il fait dans Ne lâche pas ma main, ainsi que sur les traditions, coutumes, et façon d’être des réunionnais qui sont tous plus vrais que nature. L’auteur a confirmé qu’il était allé dans l’île et s’était imprégné des lieux et des habitants dont les comportements sont très caractéristiques à la fois grâce multiplicité ethnique mais aussi par le fait qu’être îlien c’est vivre en vase clos. D’ailleurs, TF1 a récemment diffusé un sujet consacré à Michel Bussi dans un de ses JT, et on l’y voyait en repérage en Corse pour son prochain roman à paraître en 2016. Sur ce futur nouveau polar, il ne nous en a pas dit plus.

Je l’ai questionné sur une réédition de l’un de ces premiers titres, Sang famille, qui devrait paraître aux Presses de la Cité. Il n’en est pas question pour l’instant car, l’histoire évoquant un enfant un recherche de son histoire familiale, Michel Bussi ne souhaite pas qu’il génère des interférences avec Maman a tort ou le roman qu’il est écrit actuellement.

Ensuite, il a été question de savoir si des adaptations audiovisuelles étaient prévues pour les romans. En effet, il est question d’une série TV à partir de Un avion sans elle, d’un téléfilm pour un autre roman, et de cinéma pour mon préféré, Nympheas noirs. Au sujet de ce dernier, Michel Bussi a confié que c’était le seul de ses romans qu’il avait écrit en pensant au cinéma, tout en ajoutant que ce serait certainement le plus difficilement adaptable. Il a ajouté également qu’aujourd’hui, cinéma et télévision étaient extrêmement formatés et cherchaient à couler dans le moule les oeuvres dont ils avaient acheté les droits. C’est pour cela, a-t-il dit, que je prends du recul par rapport à tout cela, je m’en détache. 

Enfin, le dernier gros point important a été soulevé lorsqu’une lectrice a demandé ce que pensait Michel Bussi quand, à force de le voir dans la presse ou de voir augmenter ses ventes annuelles, on le comparait au duo Levy/Musso. Il a rappelé que ses romans n’avaient rien à voir, tant par leurs univers que par la façon dont il traitait ses histoires. Et de rappeler qu’en France, il y avait une méfiance vis à vis de ce qui fonctionne bien, une certaine forme d’élitisme qui tend à snober ce qui est populaire. Justement, j’ai lu récemment le dernier Lupin de Maurice Leblanc, et dans la préface, il est évoqué à quel point l’auteur a été méprisé par les élites littéraires parisiennes jusque dans les années 30, où là les mêmes sont venus lui dire qu’ils seraient honorés qu’il accepte leur invitation dans leur cercles… Comme quoi, malgré les décennies passées, rien n’a vraiment changé. Michel Bussi a dit que si cela ne le touchait pas personnellement, il trouvait cela très méprisant pour son lectorat. Un auteur qui donne ou redonne le goût de la lecture à un grand nombre de personnes, franchement c’est quand même formidable non ?

La rencontre s’est clôturée à midi, et l’auteur a accepté très gentiment de dédicacés les livres que n’avaient pas manqué d’apporter ses lectrices. J’avoue que j’ai battu le record du nombre de volumes puisque, outre deux romans qui m’étaient personnels, j’avais aussi trois volumes d’amis à lui faire signer. J’ai également profité de l’occasion pour lui offrir un tirage papier relié (et dédicacé) de ma nouvelle parue en 2014 aux éditions Dominique Leroy, Poupée de chair. Je lui ai également demandé s’il comptait venir prochainement en Franche-Comté. Il m’a répondu qu’il reviendrait une seconde fois dans l’Est, mais pas chez nous pour l’instant. A suivre donc, en prenant notre mal en patience. Ce furent ensuite champagne et quelques toasts, puis le départ de tout le monde. Mais Michel Bussi n’en avait pas pour autant terminé avec le journal, puisqu’il était rédacteur en chef du numéro à paraître demain. Vous pourrez donc trouver ses réflexions sur les questions d’actualité dans L’Est Républicain de demain.

La galerie photos de la rencontre de l’Est Républicain

L’interview de rentrée de Michel Bussi

La page spéciale consacrée à la rencontre lecteurs/auteur

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Une réflexion sur “Une rencontre avec Michel Bussi

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