Le sexisme dans l’excellence artisanale


Hier, je suis allée à la rencontre d’un artisan fleuriste, Meilleur Ouvrier de France, pour les besoins d’un article à rédiger. Alors que j’attendais qu’il se libère un moment, j’ai discuté avec une personne qui me faisait remarquer que parmi les MOF de tous secteurs (cuisine, pâtisserie, couture…), il n’y avait que très peu de femmes et que les hommes y étaient sur-représentés. Et de nous interroger sur les raisons de cette invisibilité féminine dans l’excellence de l’artisanat. Ne serait-ce pas là une preuve d’un certain sexisme ? Je voulais en avoir le coeur net, aussi ce fut la première question que je posai à l’artiste, lorsqu’il put enfin se libérer.

Alors, les femmes sont-elles moins talentueuses que leurs homologues masculins ou sont-elles victimes de sexisme ? Ma collègue de l’Est Républicain lui avait posé la même question peu avant, preuve quand même que cela interpelle. Pour ce jeune homme au palmarès impressionnant, il n’y a aucun sexisme là-dedans. Le métier d’artisan fleuriste m’a-t-il expliqué, est récent (depuis la 2de guerre mondiale), auparavant, la vente de fleurs se faisait au coin des rues, à la brassée, et était le fait d’horticulteurs ou autres grainetiers, professions masculines. Avec la naissance de la profession est apparue la création de compositions florales qui demandaient des compétences solides en bricolage, menuiserie, ferronnerie… Il n’y avait donc pas de place pour l’amateurisme (sic), a-t-il ajouté, sous-entendant implicitement que celui-ci ne pouvait être que féminin (mais non ce n’est pas sexiste, puisqu’on vous le dit). J’en suis restée comme deux ronds de flan, car ce jeune homme de 33 ans semblait sincèrement convaincu par les arguments qu’il avançait.

Bon, cela pouvait être vrai il y a quarante ou cinquante ans, mais avec la féminisation des métiers, j’avançai l’argument que cela allait forcément se rééquilibrer. Plus de femmes dans ces métiers-là, donc plus de MOF à venir. Naïve que j’étais ! Ah mais non me fut-il répondu. On ne devient pas MOF à 20 ans, il faut quelques années de pratique intensive et une longue préparation, ce qui fait que l’on est prêt pour ce titre au alentours de la trentaine. Or à cet âge, les femmes ont déjà eu leurs premiers enfants et n’ont donc plus la possibilité de se consacrer exclusivement, durant une longue période, à la préparation du concours… Bon sang mais c’est bien sûr ! Fin de la discussion, il m’avait prouvé définitivement qu’il n’y avait aucun sexisme dans la sous-représentation des femmes dans l’excellence artisanale.

Et pourtant, tous ces arguments n’ont fait que confirmer ce que je subodorais déjà. Parce que finalement, qui fixe les règles de ces concours ? Qui siège majoritairement dans les jurys -composés d’anciens MOF ? Les femmes ne sont donc bonnes qu’à exercer leurs talents en bas de l’échelle, sans avoir la possibilité de les gravir avec succès, juste parce qu’elles sont des femmes ?

Encore un bel exemple du sexisme tellement ordinaire qu’il n’est même pas perçu comme tel (du moins par les hommes, j’aimerais beaucoup avoir l’avis de femmes artisans sur la question), preuve s’il besoin est qu’il y a encore beaucoup à faire pour faire évoluer les mentalités et les choses. Quand on pense que pour bon nombre de jeunes filles, le féminisme n’a plus de raison d’être parce que l’égalité homme-femme est acquise, cela fait peur. Nous n’avons pas fait la moitié du chemin, malgré cinquante ans d’actions militantes et de terrain.

 

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