Il m’a volé ma vie – Morgane Seliman


Quatrième de couverture

« Une heure, déjà, que le compte à rebours a débuté. Je me dépêche de faire mon repassage. Après, j’aurai trop mal.
— Trente minutes !
J’ai encore mal au crâne des coups d’hier.
— Dix minutes !
Je prends mon fils dans les bras pour aller le coucher. Je ne veux pas que mon bébé sente ma peur. yassine a mis de la musique pour couvrir le bruit.
— Viens là !
Trois pas.
— Mets les bras le long du corps !
J’ai l’impression que mon cœur va exploser. Une claque, deux, puis les coups de poing. Quand je tombe, il passe aux coups de pied.
— Je t’en supplie, arrête !
J’essaie de me protéger comme je peux, roulée en boule. »

Ces scènes de violence, répétées et programmées, Morgane Seliman les a subies pendant quatre ans. Aujourd’hui, avec courage, elle témoigne de ce cauchemar quotidien, mais aussi de la difficulté de partir, de s’éloigner, d’oublier et de se reconstruire.

Un témoignage rare sur les violences conjugales et les mécanismes de l’emprise psychologique.
En France, chaque année, plus de 200 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles.

Mon avis

J’ai découvert cette jeune femme et une partie du calvaire qu’elle a vécu dans le documentaire Dans les yeux d’Olivier consacré aux Femmes en très grand danger, récemment rediffusé par France2. Aussi, quand j’ai eu connaissance de la sortie de ce livre, je me suis précipitée dessus.

Quatre ans, c’est la durée de vie commune qu’elle a passée avec son bourreau. Non, ce terme n’est pas exagéré, quand on sait de quoi il a été capable, et comment il continue de la persécuter à distance encore aujourd’hui. Au fil des chapitres, Morgane raconte comment elle l’a connu, pourquoi elle en est tombée amoureuse, et surtout, comment il a transformé sa vie en véritable enfer, comment il a fait d’elle son esclave.

Bien sûr, certains faits, façon d’être ou de faire (tant de sa part à elle que de celle de son bourreau) m’ont ramenée à mon propre passé, parce que lorsque l’on s’intéresse de près aux violences conjugales, on se rend compte que les auteurs de violence ont des traits communs, tout comme les victimes ont des mécanismes de protections similaires. Le quotidien de Morgane était donc les coups -violents-, les simulacres -peut-être encore pire que tout le reste-, les humiliations. Elle évoque à peine brièvement, par pudeur sans doute car c’est tellement intime qu’il est très difficile d’en parler, les violences sexuelles qui sont -là encore- très souvent infligées aux victimes de violences conjugales, les détruisant dans ce qu’elles ont de plus profond.

Mais son ex compagnon est dangereux, extrêmement dangereux. Un vrai manipulateur pervers narcissique que tout le monde craint, qui est capable de manipuler jusqu’aux gardiens de prison ou aux juges d’application des peines. Qui est capable de remuer ciel et terre pour la retrouver, alors qu’elle bénéficie d’un hébergement protégé réservé aux femmes en très grand danger, qui use de toutes les procédures pour retarder l’application d’un verdict le condamnant, gagnant au passage des allègements en appel…

Et pour finir, il y a la police, la justice, dont par moment on se dit que ce n’est pas possible de voir des réactions pareilles à notre époque, avec tout ce que l’on sait. Comment des gendarmes, qui connaissent l’individu mis en cause, poussent la victime à quitter son propre domicile en laissant son très jeune fils au conjoint violent, et lui disent « vous voyez qu’il est calme, n’allez pas nous l’énerver ». Comment des gendarmes qui ont oublié de réclamer des relevés d’appels dans une procédure pour harcèlement téléphonique, vont finir par réclamer les factures… de la victime ! Une justice qui, après avoir accédé à une mise en liberté conditionnelle assortie d’une interdiction d’approche de la victime, lève toute mesure de protection dès lors que la peine est totalement purgée… La liste est trop longue pour citer toutes les aberrations que l’on trouve dans cette histoire. Malgré le temps qui a passé, Morgane vit toujours dans la crainte. Un pourvoi en cassation est en cours et rend toujours inapplicables les décisions de justice antérieures. Signer ce livre édifiant aujourd’hui est pour elle une façon de  hurler à la face du monde ce qu’elle a enduré, ce qu’elle subit encore. Un acte courageux à destination de toutes les femmes martyrisées, en France ou ailleurs.

Il m’a volé ma vie, de Morgane Seliman – Editions XO – 19 euros

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