Stop au culturel gratuit !


Il y a quelques années -et cela reste valable aujourd’hui-, j’étais effarée de voir que malgré leurs prix plus que modiques, mes livres numériques étaient activement recherchés en téléchargement gratuit sur internet (les prix varient de 0.99 € à 2.49 €, c’est la ruine !).

Mais cette recherche active de gratuité pour des produits culturels ne se limite pas à cela. En début d’année, alors que Les Bleus au corps venait de paraître, je me suis entendu dire par quelqu’un qui avait eu le privilège de lire le manuscrit (comme beaucoup d’auteurs, j’aime bien tester mes textes sur des lecteurs bêta, histoire de vérifier que tout fonctionne bien) « Je l’ai déjà lu, je n’ai pas besoin de l’acheter ! ». Bon, je peux le comprendre certes, mais avouez que c’est quand même d’une élégance rare que de le dire ainsi.

Plus récemment, une amie m’informe que l’une de ses connaissances souhaite se procurer le livre. Je lui en passe un exemplaire au cas où cette personne souhaiterait l’acheter. Devinez ce qu’il est advenu, lorsqu’elle le lui a proposé ? « Ah mais non, je veux juste le lire, pas l’acheter ! » Ben voyons… Je ne sais si cette personne est au courant, mais il existe des bibliothèques pour cela, même que mon bouquin est disponible dans deux des cinq médiathèques de la vallée… Mais bon, il faut quand même payer l’adhésion annuelle n’est-ce pas…

Enfin, hier, j’ai été sollicitée pour des soirées contes. Mais pas en premier choix, juste parce que le conteur sollicité demandait à être rémunéré pour sa prestation (normal, c’est son job). Primo, je ne suis pas conteuse, j’ai juste fait deux journées de formation pour maîtriser le B.A BA de la lecture à haute voix. Deuzio, pourquoi un auteur devrait-il faire des lectures gratuites de ses œuvres ? Les textes écrits sont bien soumis à droits d’auteur (au même titre que les chansons interprétées publiquement), et leur lecture constitue bien du temps que l’auteur ne consacre pas à autre chose non ?

A toutes ces personnes qui pensent pouvoir obtenir une quelconque gratuité, je demande si elles veulent que je leur montre mes relevés de droits d’auteur annuels (bah oui, c’est encore une spécificité du métier d’auteur, nous ne sommes payés majoritairement qu’une fois par an et à terme échu -bien que de plus en plus de maisons d’éditions numériques font des règlements trimestriels-). Quand on gagne, au mieux, 250 euros par an -et je suis généreuse-, croyez bien que l’on ne peut se permettre le luxe de faire des prestations gratuites.

Viendrait-il à l’idée de réclamer cette gratuité pour une autre activité ? Je ne pense pas. Au copain garagiste on demandera une réparation au black, mais pour du culturel voyons… Seulement voilà, sans auteurs il n’y a plus de livres. Sans auteur-compositeurs, plus de disques… Tous ces gens sont comme vous, ils doivent se nourrir, se loger, se vêtir ; ils ont une famille aussi, accessoirement.

Je terminerai ce billet d’humeur avec une anecdote qui n’est pas moins irritante. Est-il normal qu’il faille attendre des plombes (en l’occurrence dans le cas présent, j’en suis à deux mois et demi) pour se voir régler le prix hors taxes d’un livre ? Facture éditée et transmise fin septembre, et à ce jour toujours rien sur mon compte. Je sais que dans certains cas, ça peut être long, ça avait été le cas lorsque j’avais vendu deux érotiques collectifs à la bibliothèque de Belfort, j’en avais été prévenue dès le départ. Mais ici, deux médiathèques acheteuses, dépendant de la même trésorerie : l’achat de l’une m’a été réglé en moins de 15 jours, quand j’attends depuis 2 mois et demi pour la seconde ? De qui se moque-t-on ? Vais-je devoir envoyer un rappel en recommandé avec accusé-réception pour enfin espérer être payée ?

Comment réagirait ces personnes tellement attirées par la gratuité, si leurs patrons leur demandaient de bosser gratuitement ? Je doute qu’elles s’empresseraient d’obtempérer… Ah mais c’est vrai, dans la tête de beaucoup, l’artistique n’est pas une profession mais tout au plus un passe-temps saugrenu…

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2 réflexions sur “Stop au culturel gratuit !

  1. Je suis au combien d’accord avec vous, chère consœur! Quant à vos indélicates connaissances, ne leur faites plus cadeau de vos premières lectures. « Offrir » un texte en pré-lecture n’est pas un geste anodin, pour un (ou une!) auteur. Que ceux qui n’ont ni l’élégance, ni l’intelligence d’apprécier le geste en soient privés…

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