Que reste-t-il de l’esprit « Charlie » ?


Alors que nous célébrerons demain le premier anniversaire des attentats sanglants qui ont frappé la rédaction de Charlie Hebdo, que reste-t-il aujourd’hui de ce que l’on a appelé « l’esprit du 11 janvier 2015 » ?

Il n’a pas fallu longtemps pour que le front républicain et citoyen qui a vu défiler dans les rues de Paris des milliers de personnes proclamant « Je suis Charlie », au nom de la défense de la liberté d’expression, ne se fendille. Dans les semaines qui ont suivi, on a commencé à entendre des « oui, mais… », des « les convictions religieuses, c’est sacré », pour finir par des « ils ont été trop loin ». Récemment, j’ai même lu dans des commentaires déposés sur le dessin de la une du numéro anniversaire de Charlie Hebdo, que tout cela -inclus les attentats de novembre dernier- était de la faute de la laïcité et de ses défenseurs… Eh oui, frères religieux de tous horizons, donnons-nous la main pour donner dans l’ignominie. Ce n’est pas vraiment surprenant, soit dit en passant, car si Charlie Hebdo étrillait -et continue de le faire- toutes les religions, celles-ci ne le portaient pas dans leur cœur. Mais ces attaques frontales contre la laïcité, pilier de notre république, c’est quand même très récent.

De plus, il faut quand même m’expliquer en quoi les attentats de novembre avaient une portée religieuse, puisqu’ils ont frappé aveuglément des innocents qui étaient de toutes nationalités, de toutes origines et de toutes confessions.

Ces attentats ont eu pour conséquence l’état d’urgence prolongé. Aujourd’hui, on se pose la question de savoir ce qu’il convient de faire une fois que le délai sera atteint, et la possibilité d’élargir les pouvoir des forces de l’ordre est d’ores et déjà émise : perquisitions nocturnes, fouilles de bagages lors de simples contrôles d’identité… Avec les risques évidents de dérives vers un état policier revendiqué ouvertement. Hier, le président Hollande et Manuel Valls annonçaient vouloir inscrire dans la Constitution la déchéance de nationalité pour les binationaux coupables d’actes de terrorisme, ce qui créerait de fait, une catégorie de français de seconde zone. Totalement incompatible avec l’esprit de l’article 1 de ladite constitution. Ce projet secoue le pays depuis plusieurs semaines car elle émane en droite ligne des idées de l’extrême-droite la plus réactionnaire qui soit. Je pensais alors que nous avions touché le fond de l’abjecte, mais je me trompais. Il se trouve que JC Cambadélis a trouvé une solution à ce problème d’inégalité des citoyens devant la constitution. C’est pourtant simple : il suffit de déchoir également tous les français coupables d’actes terroristes, qui soient binationaux ou pas. Plus puant que cela, c’est difficile à trouver ! Si l’on m’avait dit, que sous couvert de sécurité, un gouvernement qui se dit de gauche proposerait de telles actions, je n’y aurais pas cru. Mais il semble bien que celui-ci n’a honte de rien. Car, à part fabriquer des apatrides sans aucun droit ni statut, à quoi servira cette déchéance de nationalité ? Un apatride est inexpulsable puisqu’il ne peut plus bénéficier de papiers. Mais cela, ils se gardent bien de le dire… Ces apatrides resteront donc sur le sol français, mais n’auront même plus les droits élémentaires inaliénables dont bénéficient tous les êtres humains. Si c’est cela le meilleur moyen envisagé par notre élite pour protéger le peuple français, c’est lamentable et contre-productif car cela ne fera qu’enrager encore plus des gens qui avaient déjà agit par haine… En clair, si on veut les rendre encore plus dangereux et incontrôlables, c’est la recette idéale !

Alors que le pays a besoin d’union et de fraternité, on divise chaque jour un peu plus.

Alors que l’on prétend, et ce depuis des années, ériger la laïcité en principe sacré et inviolable, on ramène sans cesse le religieux au cœur des débats.

Alors que l’on manifestait pour la défense de la liberté d’expression il y a un an, il n’y a jamais eu autant de censure ou d’auto-censure, ce qui est encore pire.

Alors que nous étions Charlie l’an dernier, les français ont voté massivement pour le Front National aux dernières élections. Et je ne peux m’empêcher de repenser à cette phrase d’Elsa Wolinski, au lendemain de l’assassinat de son père, qui disait ceci

« Je voudrais qu’on ne vote pas Le Pen après. Sinon, ils seraient morts pour rien »

Faire ce triste bilan aujourd’hui, je pensais vraiment qu’on pourrait l’éviter. Mais force est de constater aujourd’hui qu’effectivement, ils sont morts pour rien…

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