Renaud, le retour – L’album passé au crible


Renaud et moi, c’est une longue histoire. Je dirais presque que c’est l’histoire d’une vie. Ses chansons ont bercé ma jeunesse depuis ses premiers titres. Elles étaient l’écho de mes révoltes, de mes prises de conscience aussi. Je lui suis toujours restée fidèle, même si j’ai aimé plus ou moins certains albums, certains titres. Au delà de l’oeuvre, je me reconnaissais derrière l’homme révolté, l’écorché vif hypersensible, fragile.

Dès l’annonce de la date de sortie de ce nouvel album, celui du grand retour du phœnix, je m’étais promis de l’acheter. Ce fut chose faite vendredi, jour de la sortie officielle. Depuis, je l’ai écouté un certain nombre de fois, et plus je l’écoute, plus il me plaît (avec ses imperfections).

Les critiques, je les lirai après avoir publié cet article, je ne veux  pas me laisser influencer. Certes, cet album est inégal, tous les titres ne passeront pas à la postérité. Mais j’en relève certains qui sont de petites pépites.

Trois m’ont emballée de suite, et plus je les réécoute, plus je suis touchée, tant par leurs mélodies que par leurs paroles. Les départager m’est d’ailleurs très difficile. Héloïse, chanson écrite pour sa petite-fille, est tout simplement magnifique. Renaud y raconte une balade à Venise, Héloïse tenant d’une main sa maman, de l’autre son grand-père. Il excelle dans ces moments intenses où il parle des femmes de sa vie, tout particulièrement quand il s’agit de sa fille. Le texte est travaillé, plein de tendresse, de poésie et d’amour. Mulholland drive est un texte qui raconte l’errance d’une jeune américaine qui plaque tout pour partir au hasard des routes. A priori, un thème qui n’a rien pour nous toucher, si ce n’est que l’auteur sait, bien mieux que quiconque, nous raconter le quotidien de quidams en trouvant les mots qui parlent juste. C’est la chronique de vie d’une fille ordinaire, qui nous embarque sur la route à ses côtés, bercés par la mélodie et la voie rocailleuse de l’artiste. Enfin, troisième titre  phare, Les Mots. Sur une musique signée par Renan Luce, Renaud nous conte à quel point les mots, leur pouvoir, leur magie, lui sont nécessaires, à quel point l’écriture est quelque chose de vital pour lui. Et de citer ses maîtres en écriture, les Brassens ou autre Nougaro, à qui il rend un touchant hommage. Un texte qui ne pouvait que parler à quelqu’un que les mots passionnent au moins autant que lui… Ces trois chansons sont pour moi le trio gagnant de cet album.

Ensuite, il y a les titres dont la presse s’est largement fait l’écho, ceux que l’on entend déjà en radio. Toujours debout a ouvert le bal. Si ce n’est pas une grande chanson, elle a néanmoins le mérite d’être celle qui a annoncé le retour. Et avec ses coups de griffes aux paparazzis, Renaud renoue avec son appellation de « chanteur énervant ». Elle se laisse écouter sans déplaisir. J’ai embrassé un flic paraît quelque peu anecdotique, mais retranscrit assez bien cet élan que les français ont eu pour leur police, après les attentats. Cependant, il n’en reste pas moins que le comportement des forces de police à Notre-Dame-des-Landes, ou lors de la répression de certaines manifestations plus récentes, vient contrecarrer cet enthousiasme… J’aurais aimé quelque chose de plus nuancé, et un texte plus travaillé. Avec Hyper cacher, Renaud a voulu retranscrire le drame qui s’est joué dans ce magasin lors de la prise d’otages. Cela aurait pu être une grande chanson si le texte en avait été plus soigné, car il souffre de répétitions qui l’alourdissent, et sans doute d’un pathos un peu trop présent. Je sais qu’il est difficile de parler de l’horreur, mais la chanson aurait sans doute gagné à être un peu plus « mûrie ». La vie est moche et c’est trop court n’est pas si mal, Renaud y décline une nouvelle fois cette fuite du temps qui passe qui mine sa vie, sa dépression, ses amis disparus…  On relèvera cependant le paradoxe du titre. Comment trouver trop court ce que l’on dit être moche, à moins d’être masochiste ? Après le spleen baudelairien, Renaud nous déroule fois le sien dans une introspection qui ne fait l’impasse ni sur son addiction à l’alcool, ni sur son mal-être. Petit bonhomme et Dylan sont des titres émouvants, néanmoins, pour le premier, là encore on ne peut que déplorer un texte insuffisamment travaillé -l’émotion, là encore, l’emporte sur l’exigence et c’est dommage-, c’est moins vrai pour le second qui n’est pas vraiment une nouveauté, puisque déjà présent sur l’album de Romane Serda paru en 2007.

Les autres titres sont relativement anecdotiques ou dispensables et je n’ai pas vraiment accroché.

Globalement et pour être sincère, je pense que cet album aurait mérité un peu plus de temps. Au niveau vocal, Renaud ne nous a jamais habitués à des performances, mais ici c’est inégal. Les enregistrements se sont étalés sur plusieurs mois, ce qui explique que certains titres sont plus chaotiques que d’autres. Pourquoi ne pas avoir refait les voix de ceux-ci avant le pressage ? Peut-être est-ce volontaire, afin de marquer ce long chemin qu’a effectué l’artiste pour revenir sur le devant de la scène… Et puis il faut reconnaître que cette voix cassée, tout particulièrement sur La vie est moche, donne au texte une puissance toute particulière.

Un album où l’on trouve de l’excellent et du moins bon, mais n’est-ce pas le lot de beaucoup ? Reste à savoir comment Renaud va évoluer. On le sent encore très fragile, sur le fil. Je souhaite que le phœnix ne soit pas un feu de paille et qu’il ait enterré définitivement le renard. Son public fidèle sera là pour le porter et l’y aider, comme ce fut le cas durant ces années noires.

 

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