Jacqueline Sauvage : refus de libération conditionnelle


648x415_grace-partielle-accordee-dimanche-francois-hollande-jacqueline-sauvage-condamnee-dix-ans-prison-meurtre-mari-violent-suscite-nombreuses-reactions-poliDécidément, l’affaire Jacqueline Sauvage n’en finit pas de défrayer la presse. Pour mémoire, je rappelle que cette femme, poursuivie pour avoir abattu son mari après 47 années de torture conjugale, a été condamnée initialement à 10 années de réclusion, peine confirmée par la cour d’appel. Le parcours atroce de cette femme qui a vécu l’enfer sur terre durant presque 50 ans, a ému la France et  soulevé un mouvement de soutien dépassant tous les clivages politiques. En janvier dernier, François Hollande lui a accordé une grâce partielle, s’en remettant au Tribunal d’Application des Peines pour envisager une libération conditionnelle avant qu’elle n’ait fini de purger la moitié de peine.

Après des mois d’évaluation psychologique et malgré l’avis favorable à cette libération du Parquet, le juge d’application des peines de Melun a rendu une décision négative aujourd’hui, semant la colère et l’incompréhension tant des avocates et filles de Jacqueline Sauvage que de ses soutiens ainsi que d’une large partie de la classe politique.

Cette décision est choquante, et ce qui l’est encore plus, ce sont les arguments avancés par le juge dans son compte-rendu. Ainsi, il est reprochée à l’intéressée la médiatisation de son affaire qui, je cite « rend difficile une authentique démarche de réflexion pour madame Sauvage qui est encouragée à se cantonner dans un positionnement exclusif de victime sans remettre en question son questionnement psychique personnel et sans s’interroger sur sa part de responsabilité dans le fonctionnement pathologique de son couple«  . En clair, on lui fait payer le fait d’être devenue, sans en être responsable ou l’avoir cherché, un symbole national de la violence conjugale subie par les femmes. Et de façon explicite, cette décision fait des véritables bourreaux de pauvres victimes. Surtout lorsque l’on sait que les hommes violents qui finissent par tuer leurs épouses ou compagnes s’en tirent pour bien moins que 10 de prison, quand ce n’est pas une peine de substitution comme dans cette autre affaire désormais au moins aussi médiatique de l’affaire Sauvage, dans laquelle le coupable n’a jamais passé une seule journée en détention mais a été placé sous bracelet électronique.

« Jusqu’où va-t-on martyriser cette femme ? » s’emportent Me Nathalie Tomasini et Janine Bonaggiunta, les avocates de Jacqueline Sauvage. Je me pose la même question, tant je suis scandalisée par cette décision et le discours qui la justifie. Qu’en 2016, avec la connaissance que l’on a de la problématique des violences conjugales, avec les chiffres toujours aussi élevés de décès (une femme meurt toujours tous les 3 jours, en France, sous les coups de son compagnon), on tienne encore de pareils discours est juste au mieux surréaliste, au pire d’une inhumanité rare.

A moins d’un an de l’élection présidentielle, on peut y voir une décision politique. Les magistrats n’auraient pas digéré que le Président s’immisce dans les décisions des institutions judiciaires qui veulent aujourd’hui « affirmer leur souveraineté ». Ce qui est lamentable, c’est que cette affirmation se fait au détriment d’une femme qui n’avait pas besoin de cela en plus de tout ce qu’elle a déjà subi.

Réactions :

L’association féministe Les effronté-e-s : Les effronté-e-s sont accablées et scandalisées par le rejet de la demande de libération de Jacqueline Sauvage, six mois après la grâce présidentielle qui lui avait été accordée ! (lire la suite ICI) et rappellent, sur leur site que depuis le début de l’année 2016, 76 femmes sont mortes en France sous les coups de leurs compagnons.

François Bayrou (Modem) dénonce lui aussi une décision incompréhensible et demande à François Hollande de prendre ses responsabilités (c’est à dire à attribuer une grâce totale). Et d’ajouter « au point où nous en sommes arrivés, s’agissant de la libération conditionnelle, c’est-à-dire sous surveillance, une seule question devrait se poser, c’est celle de la dangerosité éventuelle de la personne remise en liberté. Sur ce point, il ne semble pas y avoir de risque ni de débat ».

Nathalie Kosciusko-Morizet (LR) : « Déçue par le rejet de la demande de libération de Jacqueline Sauvage. Espoir conservé pour la procédure en appel. Restons mobilisés. « 

Valérie Boyer (députée LR) : « Cette décision de justice est un signal catastrophique envoyé aux femmes battues, cela est insupportable. « 

Pierre Laurent (PCF) : « Triste et en colère après le rejet de la libération conditionnelle de #JacquelineSauvage. Un permis de frapper pour tous les hommes violents. »

Jean-Luc Mélanchon (Parti de Gauche) : « Donc, Jacqueline Sauvage resterait en prison en dépit de tout, sa longue peine dans l’enfer conjugal, sa détention préventive et malgré la grâce présidentielle ? Quelle justice est-ce là ? Le rôle de la justice est de dire ce qui est juste à propos d’ un délit ou d’un crime. Ce qui est juste est déterminé par la loi. Mais la libre appréciation du juge dans le cadre de la loi est composante de la justice. Surtout en matière d’appréciation des peines. Dans ces conditions, la décision prise sur cette personne n’est pas juste. Donc, elle est injuste. Et cruelle. « 

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