De ce qui pourrit notre époque


Si je devais citer les principaux fléaux de notre époque, je nommerais le manque de communication et le défaut de culture générale.

Alors qu’aujourd’hui, les moyens de communication n’ont jamais été aussi nombreux et accessibles à tous, on ne communique plus. Quand je dis « communique », cela implique de s’exprimer mais aussi d’écouter. Seul, on soliloque, on tourne en rond ou on prêche dans le vide ! Parler seul devant un auditoire (ce que nous faisons tous finalement sur les réseaux dits sociaux), si cela n’ouvre pas un débat, c’est un prêche distillé par un pseudo-pasteur à ses brebis.

Il en faut plus pour communiquer. Il faut pour cela être à l’écoute de soi-même et à l’écoute d’autrui, pour que ce dernier reçoive la parole, la comprenne et exprime ce que cela lui fait ressentir. Cela demande du temps, de la disponibilité, de la curiosité intellectuelle (attention, le mot intellectuel n’est pas un gros mot ! L’intellect se nourri jour après jour, il ne s’use que si l’on ne s’en sert pas).

Ces problèmes de communication (ou plutôt de non communication) sont sources de conflits, que ce soit dans les couples, les familles ou tout autre groupe social. Ne pas communiquer, c’est se mettre en marge de la société, c’est une forme de radicalisation (et là je renvoie à mon précédent billet qui évoquait les radicalisations diverses et variées de notre société).

Dois-je rappeler que ce qui distingue l’homo sapiens de l’animal, c’est sa faculté de réflexion et de langage ainsi que la capacité de rire ?

Or, cette faculté de réflexion est mise à mal par un manque criant de culture générale du plus grand nombre. Combien aujourd’hui, ne sont plus capables de parler et d’écrire correctement leur langue maternelle ? Combien expriment le contraire de ce qu’ils veulent dire parce qu’ils n’ont pas les bons mots pour le faire, soit parce qu’il ne les connaissent pas, soit qu’ils refusent de faire l’effort de les utiliser ?

Ce qui s’énonce bien, se comprend bien. Il n’y a donc pas à s’étonner que l’on en arrive à ne plus se comprendre !

Quand un ado à qui l’on dit qu’il galope prend cela pour une insulte parce qu’il ne connaît pas le sens du mot (et qu’il n’a pas la curiosité d’en chercher la définition), cela devient grave. Et s’il se trouve en face quelqu’un pour en rire, celui-ci risquera d’essuyer un retour violent. Mais cet ado un jour aura la charge éducative d’enfants, ses enfants. Que leur transmettra-t-il ?

L’école de la République, laïque et obligatoire jusqu’à 16 ans est en faillite, les programmes débilitants diffusés à outrance par certaines chaines de télé lessivent les cerveaux – et pas que des jeunes. Les livres, sources de savoir immenses, sont délaissés car jugés trop peu attractifs et demandant trop d’efforts… Pourtant, on apprend toute notre vie pour peu que l’on veuille cultiver un peu son esprit, comme on cultiverait un jardin pour ne pas qu’il parte en friche.

J’étais atterrée ce matin en lisant que le jeune Tchétchène qui a assassiné Samuel Paty était parti en guerre, entre autre, contre un fromage, sous prétexte qu’il fait du prosélytisme pour plusieurs dieux… Quelle plus grande preuve d’absurdité peut-on trouver que celle-ci ?

Si l’on veut panser les plaies de notre société, commençons par défricher nos cerveaux. Et là je plaide pour une large généralisation de la philosophie, et ce dès le plus jeune âge. Car contrairement à ce que l’on pourrait nous faire croire, la philosophie ne sert pas à rien. Elle sert à apprendre à penser par soi-même ! Peut-être le bien le plus précieux pour un être humain.

La solution passe par la culture, par des gens de théâtre, de terrain. Elle ne passe par les philosophes dans un premier temps. En Grèce, les spectateurs ne quittaient pas le théâtre sans avoir discuté, car les problèmes de la cité étaient sur scène. C’est la fonction du théâtre. Le point de départ, ce sont les artistes, puis viennent ensuite les philosophes, les politiciens etc.

Facebook, la télé, ne sont pas des théâtres où les discussions peuvent s’enrichir, ils sont une arme. Ces médias peuvent véhiculer une représentation facile, une pensée paresseuse, celle de toutes les doctrines totalitaires. Leurs slogans entrent alors dans la culture, et on récite plutôt que de débattre. On se soumet alors à une représentation dépourvue de jugement. Internet démultiplie le pouvoir de tous les manipulateurs.

La culture laïque se nourrit de la culture populaire : des mauvaises équipes de foot, et des amateurs de mauvais musiciens, jusqu’au TNP, en passant par les petites musiques sur le trottoir. Dans les favelas au Brésil, la police et l’armée aggravaient la violence parce que les garçons étaient fiers de s’y affronter. Mais vous connaissez des petits garçons et des petites filles capables de résister à un footballeur, un guitariste, un danseur ? Avec la culture, on parle, on s’explique et on est au corps à corps ; au contraire, la rumeur est une représentation coupée de la réalité sensible et à laquelle on se soumet. – Boris Cyrulnik

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