La douleur des femmes


Il y a toujours une nostalgie des temps passés, et c’est encore plus marqué lorsqu’une crise touche une époque. Ainsi, on peut lire un peu partout que c’était mieux avant. À propos de photos anciennes, du début du XXè siècle, on peut lire que c’était plus beau (en oubliant les égouts qui circulaient dans les rues, la boue des rues…), que les personnages étaient très élégants (ils étaient soit endimanchés, soit appartenaient à des classes dites supérieures)…

J’aimerais revenir sur le sort qui était réservé aux femmes à ces époques prétendûment bien plus belles qu’aujourd’hui.

Ces femmes qui, dans les campagnes, travaillaient telles des bêtes de somme sans relâche. On m’a dit comment l’une des mes arrières-grands-mères rentrait des champs pour accoucher dans l’étable, suspendait le nourrisson emballé dans un sac de jute, puis retournait travailler sitôt ceci fait. La suspension de l’enfant n’était que pour le mettre hors de portée des rats.

Ces femmes qui, du jour de leur mariage à celui de leur mort, ne voyaient plus leurs pieds, avaient l’air de vieillardes dès 30 ans, abîmées par les grossesses incessantes et non désirées, le labeur et souvent, la maltraitance de leurs époux alcooliques.

Ces femmes, éternelles mineures qui n’avaient aucun choix, qui passaient d’un père tyrannique à un mari qui l’était tout autant, qui n’avaient même pas le droit d’hériter en leur nom (j’ai à la maison les documents de la succession de l’un de mes tri-aïeux qui n’avait que des filles, signé à la fin par les époux de celles-ci – sauf une qui a signé en son nom, parce qu’elle était divorcée et avait ainsi gagné son indépendance au prix de la mise au ban familiale.

Ces femmes, mises au ban de la société, parce qu’enceintes sans être mariées. Que ce soit des œuvres d’un séducteur indélicat niant toute paternité, d’un patron – ou du fils d’un patron, c’était très à la mode pour la domesticité – exerçant son droit de cuissage, ou tout simplement violées. Ces femmes qui n’avaient d’autre option qu’abandonner l’enfant à la naissance ou essayer de « le faire passer » avec les moyens du bord, souvent au prix de leur vie.

N’oublions jamais ce qu’ont dû supporter nos aïeules, parce que ce qui a aujourd’hui disparu peut revenir demain sans crier gare.

En vertu de tout ceci, vous m’excuserez mais je ne m’extasierai jamais à dire « C’était mieux avant » et si un jour je devais le faire, cela voudrait dire que nous sommes revenus un siècle en arrière. C’est pourquoi je m’évertue à défendre ce que nous avons, lutte pour ce que nous pourrions avoir de plus. Toujours… Inlassablement. Cesser de le faire serait déjà commencer de baisser les bras, au mépris de la douleur des femmes durant des siècles.

Une réflexion sur “La douleur des femmes

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