42 ans que le grand Jacques nous quittait


Samedi 9 octobre, cela a fait 42 ans que Jacques Brel nous faussait compagnie, emporté par le cancer contre lequel il luttait depuis de nombreuses années. Ce jour-là, j’étais en salon du livre à Vesoul. Cette préfecture de la Haute-Saône passée à la postérité grâce au plus français des chanteurs belges.

Jacques Brel, en 1978, je ne le connaissais pas plus que cela. J’avais alors douze ans et outre « Les remparts de Varsovie » — chanson phare de son ultime album –, ne connaissais de lui que les quelques chansons que l’on entendait régulièrement en radio. C’est-à-dire la portion congrue. C’était vieillot à mes yeux de gamine, en plus il y avait de l’accordéon !

C’est à l’âge adulte que j’ai découvert l’ampleur de l’œuvre ainsi que la bête de scène. Une carrière scénique extrêmement courte, mais qui a marqué profondément ceux qui ont pu le voir. Un homme qui donnait tout ce qu’il avait et plus encore, à s’en rendre malade. Des chansons qui sont pour chacune d’entre-elles, autant de petits films.

Et surtout, une précision de mots choisis, tels des joyaux, pour former des phrases à la beauté enchanteresse. Des créations linguistiques qui marquent encore aujourd’hui, on n’imagine pas Bruxelles faire autre chose que brusseler, ni Les bigotes approchant la mort faire autre chose que cimetèrer.

Certains n’aiment pas, dans des textes littéraires, les descriptions longues et ennuyeuses. Or, lorsque l’on écoute Le plat pays — longue et poétique description de la Belgique –, on visualise parfaitement, et on en redemande. On se sent Belge en écoutant les mots de Brel.

Enfin, il y a le paradoxe de l’homme. Il était misogyne et ne s’en cachait guère. En même temps, c’était relativement dans l’ère du temps. Pourtant, il a écrit beaucoup de textes qui resteront comme étant les plus belles chansons d’amour de la langue française. Sa misogynie assumée n’était-elle qu’une façade destinée à le protéger d’une trop grande sensibilité ? Sans doute, et ce fut aussi le cas d’autres artistes.

Se sachant malade, c’est aux Marquises qu’il se réfugia. Ces terres lointaines aux flancs battus par les vagues océanes l’ont accueilli en toute modestie, comme elles avaient accueilli avant lui Gaughin. Il mit sa fortune au service des habitants, leur faisant découvrir le cinéma, n’hésitant pas à jouer les taxis aériens pour véhiculer l’une ou l’un d’une île à une autre. Personne, là-bas, ne le traitait en star (ce qu’il avait fui) mais en homme, en égal.

Si la maladie ne l’avait pas emporté à seulement 49 ans, je pense qu’il nous aurait encore surpris. Peut-être par le cinéma ou tout autre art. Sa maîtrise de la plume aurait pu faire de lui un romancier extraordinaire. Restent aujourd’hui ses chansons, véritables monuments intemporels, qui touchent au cœur même les plus endurcis, ce qui aurait ravi celui qui aspirait plus à être auteur que chanteur.

Reposez en paix Monsieur Brel, bercé par les alizées pour l’éternité. Et merci de nous avoir laissé autant de trésors dont nous prenons grand soin.

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