Le sexisme dans l’excellence artisanale


Hier, je suis allée à la rencontre d’un artisan fleuriste, Meilleur Ouvrier de France, pour les besoins d’un article à rédiger. Alors que j’attendais qu’il se libère un moment, j’ai discuté avec une personne qui me faisait remarquer que parmi les MOF de tous secteurs (cuisine, pâtisserie, couture…), il n’y avait que très peu de femmes et que les hommes y étaient sur-représentés. Et de nous interroger sur les raisons de cette invisibilité féminine dans l’excellence de l’artisanat. Ne serait-ce pas là une preuve d’un certain sexisme ? Je voulais en avoir le coeur net, aussi ce fut la première question que je posai à l’artiste, lorsqu’il put enfin se libérer.

Alors, les femmes sont-elles moins talentueuses que leurs homologues masculins ou sont-elles victimes de sexisme ? Ma collègue de l’Est Républicain lui avait posé la même question peu avant, preuve quand même que cela interpelle. Pour ce jeune homme au palmarès impressionnant, il n’y a aucun sexisme là-dedans. Le métier d’artisan fleuriste m’a-t-il expliqué, est récent (depuis la 2de guerre mondiale), auparavant, la vente de fleurs se faisait au coin des rues, à la brassée, et était le fait d’horticulteurs ou autres grainetiers, professions masculines. Avec la naissance de la profession est apparue la création de compositions florales qui demandaient des compétences solides en bricolage, menuiserie, ferronnerie… Il n’y avait donc pas de place pour l’amateurisme (sic), a-t-il ajouté, sous-entendant implicitement que celui-ci ne pouvait être que féminin (mais non ce n’est pas sexiste, puisqu’on vous le dit). J’en suis restée comme deux ronds de flan, car ce jeune homme de 33 ans semblait sincèrement convaincu par les arguments qu’il avançait.

Bon, cela pouvait être vrai il y a quarante ou cinquante ans, mais avec la féminisation des métiers, j’avançai l’argument que cela allait forcément se rééquilibrer. Plus de femmes dans ces métiers-là, donc plus de MOF à venir. Naïve que j’étais ! Ah mais non me fut-il répondu. On ne devient pas MOF à 20 ans, il faut quelques années de pratique intensive et une longue préparation, ce qui fait que l’on est prêt pour ce titre au alentours de la trentaine. Or à cet âge, les femmes ont déjà eu leurs premiers enfants et n’ont donc plus la possibilité de se consacrer exclusivement, durant une longue période, à la préparation du concours… Bon sang mais c’est bien sûr ! Fin de la discussion, il m’avait prouvé définitivement qu’il n’y avait aucun sexisme dans la sous-représentation des femmes dans l’excellence artisanale.

Et pourtant, tous ces arguments n’ont fait que confirmer ce que je subodorais déjà. Parce que finalement, qui fixe les règles de ces concours ? Qui siège majoritairement dans les jurys -composés d’anciens MOF ? Les femmes ne sont donc bonnes qu’à exercer leurs talents en bas de l’échelle, sans avoir la possibilité de les gravir avec succès, juste parce qu’elles sont des femmes ?

Encore un bel exemple du sexisme tellement ordinaire qu’il n’est même pas perçu comme tel (du moins par les hommes, j’aimerais beaucoup avoir l’avis de femmes artisans sur la question), preuve s’il besoin est qu’il y a encore beaucoup à faire pour faire évoluer les mentalités et les choses. Quand on pense que pour bon nombre de jeunes filles, le féminisme n’a plus de raison d’être parce que l’égalité homme-femme est acquise, cela fait peur. Nous n’avons pas fait la moitié du chemin, malgré cinquante ans d’actions militantes et de terrain.

 

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Chronique du sexisme ordinaire


L’article que j’écris aujourd’hui, m’a été inspiré par des faits réels. Malheureusement, en 2015, certaines personnes n’ont guère évolué par rapport au comportement qu’elles estiment « normal » pour une/des femmes. Mais pour mieux comprendre, il faut replacer les choses dans leur contexte.

Etre femme et mère de famille pour certains, c’est renoncer à avoir une vie sociale et amoureuse. En effet, si vie sociale elle peut avoir, c’est en se tenant bien éloignée de tout homme (célibataire ou marié). Parce que, forcément, l’amitié homme/femme n’existe pas, et encore moins l’entraide qui, dans ce cas de figure, est forcément conditionnée à un paiement « en nature » de la part de cette femme, faisant d’elle au mieux une briseuse de ménage, au pire une putain. Et nul besoin de faits avérés, il suffit pour cela qu’elle parle à son voisin ou, pire, qu’elle lui offre un café ! Si en plus, cette femme vient à retrouver l’amour, les mêmes n’hésiteront pas à parler des hommes (hé oui, le chéri plus les voisins, plus les pères des copains des enfants, n’est-ce pas, c’est déjà de la polyandrie ?) qu’elle reçoit en occasionnellement et qui outragent leur bien-pensance venimeuse. Pour eux, les faits sont là, sans aucun doute possible. Parce qu’il est bien connu que chez ces gens-là, on ne doute pas monsieur, on ne doute pas… On juge !

Et comme ils estiment, du fond de leurs certitudes doublées de christianisme crétinisme, qu’au vu du pré-supposé comportement de cette femme, ses enfants sont forcément en danger, on n’hésite pas à dénoncer… Dénoncer quoi ? Peu importe que rien ne soit réel -tout au plus des suppositions nées au fond de l’esprit tordu de gens qui n’ont rien d’autre à faire- ils se doivent de faire quelque chose !

Mais ces mêmes gens étaient où lorsque l’ex-conjoint de leur voisine hurlait si fort après elle et ses enfants que tout le quartier l’entendait ? A ce moment-là, quel souci avaient-ils de la sécurité desdits enfants ? Pour le reste, je suppose que la sécurité de la mère était le cadet de leurs soucis… Après tout, elle avait peut-être bien cherché ce qui lui arrivait ! Pas de quoi se mêler des affaires des autres pour si peu ! Surtout ne pas s’attaquer à quelqu’un de violent, potentiellement dangereux pour leurs petites personnes. Alors qu’une fois l’individu parti, c’était quand même plus facile de surveiller l’éventuelle pécheresse ! Ils projettent alors sur elle leurs fantasmes doublés de moralisme à deux balles et hop… La machine est lancée. Peu importe qu’elle et ses enfants aillent beaucoup mieux… C’est même forcément suspect !

[…] chez la femme il y a, au départ, un conflit entre son existence autonome et son « être-autre » ; on lui apprend que pour plaire il faut chercher à plaire, il faut se faire objet ; elle doit donc renoncer à son autonomie. On la traite comme une poupée vivante et on lui refuse la liberté ; ainsi se noue un cercle vicieux ; car moins elle exercera sa liberté pour comprendre, saisir et découvrir le monde qui l’entoure, moins elle trouvera en lui de ressources, moins elle osera s’affirmer comme sujet […].
Simone de Beauvoir – Le Deuxième Sexe Tome 2 – Editions Gallimard – Collection Folio

Mais bordel, une femme qui se retrouve seule avec ses enfants est-elle condamnée à tirer un trait sur sa vie de femme ? Cela n’est pas sans rappeler ses femmes répudiées ou veuves de l’ancien régime, qui n’avaient d’autre issue que d’entrer au couvent, comme si leur féminité cessait du moment où elles n’étaient plus « propriété » d’un homme. Dans l’esprit de certaines personnes et au XXIème siècle, rien n’a changé ! Il ne leur vient même pas à l’idée de se dire que l’on peut être à la fois une femme épanouie et une bonne mère. C’est trop pour leur petite capacité de réflexion !

Quand je vois tout ça, je me demande vraiment ce qui peut circuler sur mon compte sans que je ne le sache. Bon ok, je ne suis pas célibataire, juste la pornographe de la région, ce qui doit largement être considéré comme criminel par certains… Si j’utilise ce terme à mon propos, ce n’est pas innocent, c’est dans le but de couper l’herbe sous les pieds d’éventuels détracteurs. Il y a longtemps que j’ai compris que la meilleure arme face aux imbéciles, c’est l’auto-dérision. Aussi je surjoue, j’en rajoute… Et surtout, j’assume complètement. Parce que je suis un être doué de conscience, de réflexion et de décision, ce qui n’est pas incompatible avec le statu de femme.

Alors non !

Une femme n’est pas condamnée à n’être qu’une mère…

Une femme n’est pas censée ne pas être capable de décider seule ce qui est bon pour elle (cela vise les délais de réflexion imposés avant une IVG ou les refus des médecins face à une demande de stérilisation définitive venant d’une femme ne désirant pas d’enfant quand, de part la loi, elle en a tout à fait le droit).

Une femme existe autrement que par « l’appartenance » à un mâle

Et pour terminer, des enfants seront toujours plus épanouis et heureux avec une mère équilibrée plutôt qu’avec une mère frustrée et aigrie.

Ce qui me fait hurler c’est que toutes ces choses que l’on reproche aux femmes, il ne viendrait à l’idée de personne de les reprocher aux hommes ! Bien au contraire… Là où la femme qui a des amis masculins (forcément ses amants) est taxée de pute, l’homme est lui considéré comme un Don Juan. Il y en a vraiment ras la casquette de ce sexisme de bas étage !

Alors lâchez-nous la grappe et occupez-vous plutôt de vos fesses. Nous autres, femmes, sommes bien assez grandes pour s’occuper des nôtres seules et en toute connaissance de cause. Ne vous en déplaise, aujourd’hui les femmes ne sont plus considérées par la loi  comme « incapables » depuis déjà quelques décennies. Elles sont aptes à gérer leur vie, leur corps, leurs désirs et leur plaisir. Leur dénier cela relève pour moi du même processus de négation de leur humanité que de leur infliger le port de la burqa. Un genre de burqa morale dont personne ne s’offusque. Parce que, comme je l’ai écrit ailleurs, il est toujours plus facile de dénoncer la paille dans l’œil du voisin que la poutre qui est dans le nôtre…

Lâchez-nous les ovaires !


EgalitéHier, je suis tombée sur une réflexion de Francine Sporenda qui avait été relayée sur Facebook. Celle-ci faisait écho à un article du HufftingtonPost, signé par Marie-Laure Susini (psychiatre et psychanaliste) pour le HufftingtonPost, qui parlait du livre de Sonia Feertchak, Les femmes s’emmerdent au lit. Je ne vais pas faire une synthèse de l’article, mais plutôt vous inviter à aller le lire, ce sera plus simple. Vous le trouverez ICI. Je suis en partie d’accord avec ce qu’il dit, déplorant simplement que l’on mette dans le même sac « féministes » et « féministes radicales », de même que l’on juge que lesdites féministes sont incapables de faire le distingo entre une soumission ludique, voulue et temporaire au lit et une soumission sociale non choisie. Parce que toute la nuance est là, ce que ne semble pas comprendre non plus Francine Sporenda.

Que dit-elle d’ailleurs à ce propos ? Tout simplement ceci :

Francine Sporenda
19 h · Modifié ·
On est en pleine réaction antiféministe, et ce sont des femmes qui sont à la manœuvre. Sous couvert de défendre le droit des femmes à une sexualité orgasmique, ce livre est une entreprise d’enfumage caractérisée : il part d’un constat irréfutable: les femmes s’emmerdent au lit. Ce que l’on sait depuis longtemps, des auteurs l’ont écrit il y a plus d’un siècle et Georges Brassens l’a chanté dans les années 50 (?).
Mais au lieu d’identifier la cause réelle de cet intérêt mitigé des femmes pour la définition phallocentrée de la sexualité–le fait que l’organe du plaisir féminin est le clitoris et non le vagin et que cet organe négligé joue un rôle accessoire ou nul dans les pratiques sexuelles courantes–l’auteure trouve une explication hallucinante :si les femmes sont enclines à la frigidité,c’est la faute…. du féminisme, qui leur fait rejeter la soumission aux pulsions masculines d’agression sexuelle, seule façon d’atteindre au plaisir pour elles.
Se soumettre aux pulsions agressives masculines, c’est ce que les femmes ont fait partout depuis des siècles–avec des résultats catastrophiques pour leur sexualité, au point que la jouissance féminine est une notion qui a été totalement occultée voire même proscrite (grâce à l’excision) dans la plupart des cultures.
C’est pourtant cette immémoriale réduction de la sexualité féminine à la simple satisfaction des exigences masculines que ce livre indigent propose comme solution à l’insatisfaction sexuelle chronique des femmes.
De même que, dans ce discours antiféministe/régressif qui s’insinue partout actuellement, la prostitution, privilège patriarcal archaique qui asservit des femmes pauvres aux désirs masculins en les détruisant, est présentée comme libérant les femmes,voire carrément féministe.
L’esclavage sexuel,c’est la liberté, l’archaisme, c’est le progrès,l’agression, c’est la sexualité . Et les principales attaques contre le féminisme sont maintenant faites par des femmes–au nom du féminisme.

En clair, elle accuse les femmes qui osent revendiquer le droit à leurs envies, désirs et fantasmes de nourrir le masculinisme et ce qu’elle appelle l’esclavage des femmes. Et de vilipender la sexualité phallocentrée (comprendre « axée sur la pénétration ») qui serait imposée aux pauvres femmes qui n’ont pas besoin d’elle, puisqu’elles ont un clitoris qui suffit à les faire jouir. À noter que pour elle, le clitoris n’est qu’externe, sinon elle saurait qu’il apporte bien des plaisirs si on stimule sa partie interne… par pénétration, forcément ! Je soupçonne même qu’elle pourrait même prétendre que les hommes ont inventé cette partie interne pour justifier leurs pénétrations barbares, tant qu’on est dans le ridicule, allons-y franco !

Je précise que je n’ai pas lu le livre dans il est question dans l’article du HufftingtonPost. Je ne peux donc me prononcer sur son contenu. Cependant, ce dont je suis certaine, c’est que les femmes ne sont pas de pauvres êtres qui ne peuvent être comblées (sexuellement parlant) que par de grands sentiments sirupeux et beaucoup de douceur… J’irai même plus loin : les cantonner à cela est insultant et privatif de leur liberté de désir et de  plaisir.

Peut-on revendiquer vouloir servir la cause des femmes en leur déniant tout désir et tout fantasme, parce qu’au final, c’est quand même ce que fait Francine Sporenda dans sa tirade. Pis, elle accuse celles qui osent les afficher, ou du moins en revendiquer le libre accès, de complicité d’esclavage sexuel. Pour elle, une femme libre doit fermer sa gueule et taire ses envies… Je schématise, mais c’est tout à fait cela en fait. Et cela n’est pas loin de rejoindre les théories machistes qui dénient aux femmes le droit de s’approprier leur propre sexualité. CQFD, les extrêmes semblent bien se rejoindre !

Pourquoi me sens-je aussi concernée en fait ? Tout simplement parce que je suis auteur érotique et que j’ai toujours revendiqué que les textes que j’écris avait pour but, outre celui de divertir, le désir de montrer des femmes qui s’épanouissent en apprenant à accepter leurs envies les plus inavouables, qu’elles n’ont pas à en ressentir de culpabilité. Et dans ce sens, je me considère donc comme féministe, au plus noble sens de ce terme. Or, au travers de cette diatribe, je me sens insultée. Comment peut-on insinuer que par mes écrits je cautionne ne serais-ce qu’une once de la violence faite aux femmes, surtout lorsque l’on connaît mon passé ? Et que l’on ne vienne pas me parler se syndrome de Stockholm (évoqué sur les sites féministes radicaux pour expliquer l’entêtement de femmes à défendre leurs droits à une sexualité libérée).

Oui, certains me qualifient avec mépris de pornographe (ça tombe bien, de mon point de vue c’est plutôt une qualité), mais je continuerai encore longtemps à revendiquer pour les femmes le droit à s’envoyer en l’air comme elles le désirent, comme cela les fait le mieux jouir, n’en déplaise aux pisse-vinaigres. Et je ne cesserai de revendiquer que c’est par cela -pas seulement, mais aussi- que passe la libération des femmes visant à atteindre une égalité avec les hommes. Prétendre le contraire, c’est définitivement pour moi l’asservissement assuré.

Oui, je me considère comme féministe et dénie à quiconque le droit de le dénier.

Droits des femmes : Où en est-on ?


journee_de_la_femme_2011__3_À l’occasion de la Journée de la Femme, je vous propose un article que j’avais écrit pour le Fusion’Elle Magazine en 2012 et que j’ai réactualisé.

Historique

Il y a cent ans, naissait le mouvement féministe. Il faut dire qu’à cette époque, il ne faisait pas bon naître femme ! Pas de droits civiques, éternelle mineure passant du tutorat du père à celui du mari, la femme n’avait pour seul devoir que d’honorer ses parents, de servir son mari, et d’assurer la descendance. Ça peut paraître réducteur, mais dans les grandes lignes c’est à peu près tout. Tout juste avait-t-elle le droit d’aller un peu à l’école (les études longues étant cependant réservées aux garçons), ou de choisir son mari ! Pour le reste, sa vie était toute tracée. Combien, du jour de leurs noces, ne virent plus leurs chaussures, enchaînant les grossesses successives, y laissant leur fraîcheur et leur santé ?

C’est la première guerre mondiale qui leur donna l’opportunité de s’investir dans la vie économique et sociale du pays. Moins d’hommes dans les campagnes, les usines, ce sont elles qui les remplacèrent, du mieux qu’elles le purent. C’est grâce à elles que l’industrie pu produire suffisamment d’armes pour arracher la victoire, ce sont elles qui cultivèrent les terres agricoles et soignèrent les centaines de milliers de blessés, dans les hôpitaux militaires, faisant preuve d’une abnégation et d’un courage remarquables. Mais sitôt la guerre finie, on les renvoya tranquillement dans leurs pénates, sans aucune reconnaissance. Non mais, elles devaient céder la place aux hommes revenus… Quelle idée saugrenue de prétendre conserver cette émancipation !

Mais la graine de la liberté était semée, et devait germer dans les décennies qui suivirent… Libération vestimentaire d’abord. Les jupes raccourcirent, les corsets commencèrent à voler en éclats. Pour le reste, il faudra attendre 1944 pour qu’une ordonnance accorde le droit de vote aux françaises. Puis en 1946, un texte pose le principe de l’égalité des droits entre hommes et femmes, égalité qui dans les faits, sera bien longue à venir.

  • 1965 : la loi autorise les femmes à gérer seules leurs biens, à ouvrir un compte en banque, à travailler sans l’autorisation de leur mari. Les filles sont admises dans l’enseignement technique

  • 1967 : la loi Neuwirth autorise la contraception.

  • 1974 : loi Veil libéralise l’IVG

  • 1983 : loi Roudy interdisant toute discrimination professionnelle en raison du sexe

  • 1990 : arrêt de la Cour de cassation condamnant le viol entre époux

  • 1992 : loi réprimant les violences conjugales (Décret d’application 1er mars 1994)

  • 1992 :loi sanctionnant le harcèlement sexuel au travail

  • 2000 : loi en faveur de la parité hommes/femmes en politique

  • 2002 : loi sanctionnant le harcèlement sexuel de façon générale (abrogée en avril 2012 par le Conseil Constitutionnel)

  • 2012 : création d’un grand ministère du droit des femmes

  • 2014 : Les droits des femmes sont rattachés au Ministère des Affaires Sociales et n’ont plus droit qu’à un sous-secrétariat

Quand le Conseil Constitutionnel retoque la loi sur le harcèlement sexuel

Il aura fallu dix ans pour que cette instance constituée des « sages de la République » se rende compte que la modification du texte de loi faite en 2002 rendait le délit trop « flou » et de ce fait décide de l’abroger. Quel était donc le problème de cette loi ?

Sur ce point précis, Maître Eolas, avocat bien connu du net s’est exprimé sur son blog :

« Le Conseil constitutionnel a censuré une malfaçon législative », affirme le célèbre blogueur Me Eolas. En effet, les parlementaires de 2002 (c’était une majorité de gauche) ont réduit le harcèlement sexuel à ces seuls effets: ce qui est fait à « autrui dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelles » (avec une sanction de 15 000 euros d’amende et d’un an de prison). Alors qu’auparavant, la loi de 1992, modifiée en 1998, précisait la manière de tenter d’y parvenir, c’est-à-dire « en donnant des ordres, proférant des menaces, imposant des contraintes ou exerçant des pressions graves ». 

Bien sûr, si l’on se réfère au texte tel qu’il a été modifié en 2002, on ne peut que se dire que la moindre drague risque de nous faire condamner, tant celui-ci est vague et fourre-tout. Comment a-t-on pu passer d’un texte initial fort pointu à quelque chose d’aussi généraliste ? Tout simplement pour satisfaire les associations féministes qui faisaient alors part de leur mécontentement de voir encore certains cas de harcèlement ne pas être condamnés par la justice.

Ce qui est atterrant dans cette affaire, c’est que cette abrogation annule de fait toutes les poursuites pénales (les poursuites civiles restant elles, possibles) en cours de traitement, laissant les victimes totalement démunies, sans parler des auteurs qui bénéficient du vide juridique actuel. Cela va même encore plus loin, puisque toutes les personnes déjà condamnées au pénal sur la base de cette loi verront leur casier judiciaire effacé…

Une des premières missions du nouveau parlement sera donc de plancher sur un nouveau texte de loi, que l’on nous promet pour l’automne. Cependant, il faut savoir que cette loi n’aura aucune rétroactivité, et ne pourra donc s’appliquer à toutes les affaires classées sans-suites ou qui se seront soldées par des acquittements du fait de l’abrogation de la précédente.

C’est donc un formidable constat de gâchis que l’on peut faire aujourd’hui, qui ne profite qu’à un seul camp : celui des harceleurs. On ne peut que regretter qu’au lieu d’agir dans l’urgence comme il l’a fait, le Conseil Constitutionnel n’ait pas pris une décision d’abrogation différée (c’est-à-dire que la loi n’aurait été abrogée qu’au moment de la publication du nouveau texte). Tout le monde aurait eu à y gagner : la justice et les parties civiles.

Viol, et si on donnait de vrais moyens à la justice ?

La loi française indique que « le crime de viol est constitué par tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise (Code pénal article 222-23). Le viol est reconnu devant tout acte de pénétration s’exerçant dans de telles circonstances. Il peut s’agir de pénétrations vaginales, anales ou buccales dès lors que l’absence de consentement est caractérisée. »

Reconnu comme un crime, le viol relève de la Cour d’Assises et son auteur encourt une peine de quinze ans de prison.

Voilà par la théorie. Mais dans les faits qu’en est-il réellement ?

En France la justice est lente. Non parce qu’elle doit prendre le temps de ne pas juger dans l’émotion, cela ne justifierait en rien des délais aussi longs qu’à l’heure actuelle, mais bel et bien parce qu’il y a un réel manque de moyens financiers. Des tribunaux surchargés, des personnels insuffisants, font qu’aujourd’hui il peut se passer plusieurs années entre un dépôt de plainte et un jugement.

Des délais aussi longs pour une procédure ne sont malheureusement pas exceptionnels. Mais alors, au bout du parcours du combattant, le procès qui se tient enfin bénéficie d’une durée respectant à la fois les droits de la défense et ceux de la partie civile, ce qui est normal au vu de la gravité des faits.

Depuis quelques temps, on observe un dangereux glissement. Sous prétexte que les victimes ont droit à un procès rapide, elles sont incitées à modifier leurs plaintes. Puisqu’il faut compter des années pour avoir une audience aux Assises, hé bien allons en correctionnelle !

Mais bien sûr… La différence est pourtant de taille : la Cour d’Assises statue sur des crimes, le tribunal correctionnel lui gère les délits. Ainsi, une plainte pour viol se trouve requalifiée en simple « agression sexuelle », avec une peine encourue de cinq ans d’emprisonnement.

Une audience correctionnelle n’a rien à voir avec les assises. Dans le meilleur des cas, l’affaire sera jugée en deux heures… Deux heures, pour une vie détruite, pour un crime que l’on nie, pour une victime que l’on méprise.

Nous, femmes, allons-nous encore tolérer longtemps d’être ainsi méprisées ? Exigeons de nos dirigeants un vrai courage politique, exigeons que soient donnés à la justice française les réels moyens de statuer, au mieux des intérêts de chacun.

Exigeons que soient réellement formés à l’accueil de victimes de violences sexuelles les personnels de police qui trop souvent prennent cela à la légère, incitent plus au dépôt de main courante qu’à la plainte.

Vous, hommes qui êtes des maris ou concubins, mais aussi des pères, grands-pères, supporteriez-vous que votre femme, fille, petite-fille soit traitée comme une victime au rabais, si un jour elle devait subir un viol ?

C’est un problème qui nous concerne tous, quelque soit notre sexe.

Lorsqu’un parti écorne les droits des femmes !

Dernier point de ce dossier, la menace que fait planer le programme d’un parti sur certains droits des femmes. Je veux parler du droit à l’avortement bien sûr, mais aussi de la menace qui plane sur les plannings familiaux.

Ce parti est pourtant représenté par une femme ! Mais dans les textes, on ne peut pas considérer qu’il y ait une réelle évolution par rapport au passé.

Ainsi, Marine Le Pen (soit dit en passant, elle fut la seule personnalité politique à n’être quasiment appelée que par son prénom, comme si elle était une amie, une intime!) porte-t-elle l’idée du déremboursement de l’IVG dite « de confort ».

« IVG » et « confort » sont pour moi totalement incompatibles. Lorsqu’une femme recourt à l’avortement, ce n’est jamais de gaieté de cœur, c’est même toujours un déchirement, un profond traumatisme. C’est une blessure qu’elle gardera toute sa vie et dont elle parlera peu par honte d’être jugée, alors qu’elle-même sera son juge le plus sévère.

  • Est-ce du confort que d’interrompre une grossesse lorsqu’il y a malformation grave du fœtus ou un diagnostic de maladie génétique lourde ?

  • Est-ce du confort que d’interrompre une grossesse issue d’un viol ?

  • Est-ce du confort que d’interrompre une grossesse parce que, pour des raisons x ou y, on n’aura pas les moyens financiers d’élever son enfant décemment ?

Je pourrais continuer encore longtemps, les exemples ne manquent pas. De tels propos, venant d’une femme, au XXIème siècle sont tout simplement inadmissibles, voire « dégueulasses », comme l’avait clamé Pascale Clark sur les ondes de France Inter, en mars 2012.

Dans la foulée, la présidente du Front National s’est également prononcée pour « une mise au pas » du Planning Familial qu’elle considère comme « un centre d’incitation à l’avortement » lors d’un entretien accordé à Rue89 en janvier 2012.

Depuis plus de quarante ans, et malgré des moyens financiers de plus en plus réduits, le Planning Familial remplit sa mission d’information en mettant à disposition de tous, toute la palette des options possibles (grossesse, abandon, IVG … ) ainsi que les diverses aides existantes. Le Planning Familial est une association, et à ce titre, tire une grosse partie de ses ressources des diverses subventions versées par les pouvoirs publics.

On n’ose donc imaginer ce que Mme Le Pen sous-entend lorsqu’elle parle de « remise au pas ». Une diminution (ou une suppression) de ces subventions ?

Alors que le Front National se présente comme le parti du choix et de la parentalité, dans les textes on ne voit que des restrictions des options possibles et des libertés individuelles. Et il n’est pas le seul puisqu’une mouvance de droite traditionnelle bien-pensante tient exactement le même discours.

Aux urnes, citoyen(ne)s !

Vous qui avez à cœur de défendre les droits que les femmes ont acquis de longue lutte au fil des décennies, vous avez un pouvoir.

Celui de ne pas vous taire lorsque vous entendez des propos rétrogrades et liberticides.

Celui de déposer dans les urnes des bulletins de vote progressistes !

Les filles, mobilisez-vous ! Vos mères et grands-mères ont obtenu le droit de vote il n’y a pas si longtemps (68 ans exactement). A l’échelle de l’humanité, 68 ans ce n’est rien du tout… Ce que l’on nous a donné hier peut nous être retiré demain ! Songez-y bien, et rendez vous massivement aux urnes les 22 et 29 mars prochains. Et demandez vous quel France vous voulez pour vos enfants : rétrograde et haineuse ou bien ouverte et fraternelle.

Manifeste pour une contraception éclairée


Suite aux diverses affaires soulevées dans la presse et mettant en cause des pilules contraceptives, l’équipe de Fusion’elle magazine dont je fais partie s’interroge et craint qu’à terme, on ne se dirige vers une remise en cause de la contraception hormonale. C’est pourquoi elle a publié un manifeste à l’adresse de Marisol Touraine, Ministre de la Santé et des Affaires Sociales.

Je vous invite à le lire et à venir grossir les rangs des signataires, si vous vous sentez concerné(e)s par les points que nous soulevons.

Manifeste fusionelle

Lire l’article

Manifeste des 313, j’ai signé !


En 1971, Simone de Beauvoir rédigeait le manifeste des « 343 salopes », publié par le Nouvel Observateur, et par lequel 343 femmes revendiquaient le fait d’avoir avorté. Il fut le premier pas vers la légalisation de l’IVG.

Aujourd’hui, c’est Clémentine Autain qui prend le flambeau dans le même esprit, mais pour une autre cause. LE VIOL… Chaque année dans notre pays, une femme est violée toutes les huit minutes, 75 000 par ans. Sur toutes ces femmes assassinées dans ce qu’elles ont de plus intimes, seulement 8 458 feraient l’objet d’une plainte. Pourquoi ? Par honte, par peur de ne pas être entendue, voire d’être mise en accusation pour un comportement, une tenue vestimentaire, une fréquentation…

Le parcours d’une femme violée déposant plainte est un chemin de croix, comme l’explique très bien cet article paru hier sur l’un des blogs associés de Rue89 « Derrière les barreaux ». Le viol est le seul crime pour lequel la victime est systématiquement suspectée de l’avoir provoqué… Cela en dit long sur les mentalités qui règnent encore dans notre pays ! Pourquoi s’étonner donc qu’autant de femmes n’osent faire la démarche de dénoncer. Et pourtant !

Est-ce tolérable que des milliers de femmes détruites n’osent même pas prononcer le mot « viol », même si ce n’est jamais facile ? Il est de bon ton de penser que si l’on n’en parle plus, on oubliera, et ainsi on pourra continuer sa vie normalement. Erreur… On n’oublie jamais.

Est-ce tolérable de voir des violeurs peu ou pas condamner, comme ce fut le cas à Fontenay-sous-Bois il y a quelques semaines ? Pire même, puisqu’ils ont fait corps pour enfoncer leurs victimes, à qui ils ont fait subir des viols collectifs durant des années. Il est bien connu que nombreuses sont les très jeunes filles, consentantes pour subir des pénétrations en chaîne dans une sordide cave d’immeuble…

C’est tout cela qui a incité Clémentine Autain a lancé son Manifeste des 313, pour que le viol ne soit plus un tabou, pour dire aux victimes que si honte il doit y avoir, ce n’est pas dans leur camp qu’elle doit se situer.

Celles et ceux qui connaissent un peu mon parcours ne seront donc guère surpris de savoir que j’ai rejoint ce manifeste. Parce qu’il y a une une vingtaine d’années, j’ai moi aussi subi cela… Oh pas ce que l’on imagine, je ne me suis pas faite violer par un inconnu au détour d’une ruelle sombre, pas du tout ! Mon violeur était l’homme avec qui je partageais ma vie à cette époque, et il n’a pas agit une fois, mais régulièrement durant plus de quatre ans. J’ai mis énormément de temps à oser en parler, j’ai fait des cauchemars durant des années (à vrai dire, il y a moins de 5 ans que je n’en fais plus, alors que j’ai quitté cette homme depuis 18 ans). Et puis un jour, j’ai décidé de coucher sur le papier ce que je ne pouvais formuler. Ce furent de petits textes qui déclenchaient chez moi des torrents de larmes et de douleur. Puis plus rien… Plus rien jusqu’au jour où, enfin, je me suis sentie prête à tout déballer. Ce fut alors la rédaction des « Bleus au corps » que je fis de façon très détachée, sans souffrance, sans larmes. J’en fus très étonnée d’ailleurs.

Je su alors que j’avais terminé le travail sur moi entrepris depuis très longtemps. J’étais capable d’en  parler en détails sans  me démolir, quelle victoire ! C’est au nom de cette victoire donc, que j’ai rejoint le manifeste, en acceptant que mon nom aille allonger la liste de mes consœurs d’infortune. Et c’est aussi parce que j’arrive au bout de ce long chemin de résilience, que j’ai pris la décision de clore la rédaction de ce manuscrit inachevé depuis quelques années. Parce que lorsque l’on arrive à la fin d’une histoire, après avoir dépassé le mot « Fin », il faut refermer le livre. Je le ferai donc à ma manière… Avec ma plume, puisque c’est elle qui a contribué à me libérer !

Droits des femmes, où en est-on ?


Ce moi-ci, j’ai eu en charge la rédaction d’un grand article de société traitant des droits des femmes, pour le magazine en ligne Fusion’elle. Publié hier, je vous invite à en lire ici le début.

C‘était une des grandes promesses du candidat François Hollande, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il l’a tenue. Pour la première fois de son histoire, la France est dotée d’un gouvernement où figurent autant de femmes que d’hommes (17 ministres pour chaque sexe).

Pour les élections législatives qui se tiendront en juin, là encore on observe que certains partis (dont les partis gouvernementaux) tiennent le haut de l’affiche, même si la parité n’y est pas parfaite. Cependant, lorsque l’on entend Jean-François Copé, patron de l’UMP, déclarait fin avril « Je plaide coupable [du non-respect de la parité aux législatives]. Chacun doit comprendre que, dans la période qui est la nôtre, il nous faut absolument avoir le maximum de députés », on se dit que l’idée que les femmes sont incompétentes et pourraient être responsables d’une défaite électorale est encore bien tenace.

C‘est un constat, les femmes en politique sont jugées (bien plus que leurs homologues masculins), et rarement sur leurs compétences. Ainsi durant la campagne des présidentielles, Lionel Lucca a qualifié Eva Joly de « vieille peau », Fadela Amara de « moche », et Nathalie Artaud de « d’enragée ayant la bave aux lèvres ». Bien sûr que non. En 2007, Patrick Devedjian avait lui aussi dérapé, lorsqu’il avait traité son adversaire Anne-Marie Comparini (candidate du Modem) de « salope ». Où sont les arguments pertinents dans tout cela ? A-t-on jamais vu un homme politique traité de façon aussi dégradante ? Bien sûr que non !

Pour lire la suite, je vous invite à vous rendre sur le site du magazine Fusion’elle.