Que reste-t-il de l’esprit « Charlie » ?


Alors que nous célébrerons demain le premier anniversaire des attentats sanglants qui ont frappé la rédaction de Charlie Hebdo, que reste-t-il aujourd’hui de ce que l’on a appelé « l’esprit du 11 janvier 2015 » ?

Il n’a pas fallu longtemps pour que le front républicain et citoyen qui a vu défiler dans les rues de Paris des milliers de personnes proclamant « Je suis Charlie », au nom de la défense de la liberté d’expression, ne se fendille. Dans les semaines qui ont suivi, on a commencé à entendre des « oui, mais… », des « les convictions religieuses, c’est sacré », pour finir par des « ils ont été trop loin ». Récemment, j’ai même lu dans des commentaires déposés sur le dessin de la une du numéro anniversaire de Charlie Hebdo, que tout cela -inclus les attentats de novembre dernier- était de la faute de la laïcité et de ses défenseurs… Eh oui, frères religieux de tous horizons, donnons-nous la main pour donner dans l’ignominie. Ce n’est pas vraiment surprenant, soit dit en passant, car si Charlie Hebdo étrillait -et continue de le faire- toutes les religions, celles-ci ne le portaient pas dans leur cœur. Mais ces attaques frontales contre la laïcité, pilier de notre république, c’est quand même très récent.

De plus, il faut quand même m’expliquer en quoi les attentats de novembre avaient une portée religieuse, puisqu’ils ont frappé aveuglément des innocents qui étaient de toutes nationalités, de toutes origines et de toutes confessions.

Ces attentats ont eu pour conséquence l’état d’urgence prolongé. Aujourd’hui, on se pose la question de savoir ce qu’il convient de faire une fois que le délai sera atteint, et la possibilité d’élargir les pouvoir des forces de l’ordre est d’ores et déjà émise : perquisitions nocturnes, fouilles de bagages lors de simples contrôles d’identité… Avec les risques évidents de dérives vers un état policier revendiqué ouvertement. Hier, le président Hollande et Manuel Valls annonçaient vouloir inscrire dans la Constitution la déchéance de nationalité pour les binationaux coupables d’actes de terrorisme, ce qui créerait de fait, une catégorie de français de seconde zone. Totalement incompatible avec l’esprit de l’article 1 de ladite constitution. Ce projet secoue le pays depuis plusieurs semaines car elle émane en droite ligne des idées de l’extrême-droite la plus réactionnaire qui soit. Je pensais alors que nous avions touché le fond de l’abjecte, mais je me trompais. Il se trouve que JC Cambadélis a trouvé une solution à ce problème d’inégalité des citoyens devant la constitution. C’est pourtant simple : il suffit de déchoir également tous les français coupables d’actes terroristes, qui soient binationaux ou pas. Plus puant que cela, c’est difficile à trouver ! Si l’on m’avait dit, que sous couvert de sécurité, un gouvernement qui se dit de gauche proposerait de telles actions, je n’y aurais pas cru. Mais il semble bien que celui-ci n’a honte de rien. Car, à part fabriquer des apatrides sans aucun droit ni statut, à quoi servira cette déchéance de nationalité ? Un apatride est inexpulsable puisqu’il ne peut plus bénéficier de papiers. Mais cela, ils se gardent bien de le dire… Ces apatrides resteront donc sur le sol français, mais n’auront même plus les droits élémentaires inaliénables dont bénéficient tous les êtres humains. Si c’est cela le meilleur moyen envisagé par notre élite pour protéger le peuple français, c’est lamentable et contre-productif car cela ne fera qu’enrager encore plus des gens qui avaient déjà agit par haine… En clair, si on veut les rendre encore plus dangereux et incontrôlables, c’est la recette idéale !

Alors que le pays a besoin d’union et de fraternité, on divise chaque jour un peu plus.

Alors que l’on prétend, et ce depuis des années, ériger la laïcité en principe sacré et inviolable, on ramène sans cesse le religieux au cœur des débats.

Alors que l’on manifestait pour la défense de la liberté d’expression il y a un an, il n’y a jamais eu autant de censure ou d’auto-censure, ce qui est encore pire.

Alors que nous étions Charlie l’an dernier, les français ont voté massivement pour le Front National aux dernières élections. Et je ne peux m’empêcher de repenser à cette phrase d’Elsa Wolinski, au lendemain de l’assassinat de son père, qui disait ceci

« Je voudrais qu’on ne vote pas Le Pen après. Sinon, ils seraient morts pour rien »

Faire ce triste bilan aujourd’hui, je pensais vraiment qu’on pourrait l’éviter. Mais force est de constater aujourd’hui qu’effectivement, ils sont morts pour rien…

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Et un saccage culturel de plus en France


toulouse-une-exposition-contre-lhomophobie-vandaliseeToulouse proposait à ses habitants une exposition de photos signées par Olivier Ciappa, sur le thème de l’homosexualité et de la tolérance, sur les grilles du jardin du Grand-Rond. Ces clichés, qui n’ont rien de pornographique ou de vulgaire, ont fait le tour du monde, mais c’est en France qu’ils ont été saccagés. Une première fois en 2013 à Paris, et cette année, dans la nuit de vendredi à samedi, à Toulouse.

Tags et lacérations sont le fait d’une poignée de jeunes dont les âges vont de 18 à 20 ans et qui prétendaient vouloir préserver les enfants, et comme l’a indiqué un témoins, convaincus de faire acte de salubrité publique. Un comportement qui ne peut qu’interroger, lorsque l’on sait que cela a eu lieu deux jours avant les élections régionales qui ont vu déferler la vague frontiste que l’on sait. On ne peut s’empêcher de voir un lien de cause à effet entre ces actes destructeurs et le fait que le Front National annonçait dès la semaine dernière, vouloir supprimer toutes les subventions aux mouvement LGBT en cas d’élection.

Interrogé, Olivier Ciappa a déclaré ceci

Là, ça arrive à des photos, décrypte Olivier Ciappa. Mais cette rage et cette violence reflètent ce qui peut arriver à des personnes. C’est significatif de quelque chose de très profond. L’intérêt de l’art est aussi de faire bouger les mentalités.

Oui, le mission première de l’art est d’amener à réfléchir, de faire évoluer la société. Et c’est bien pour cela qu’une exposition comme celle-ci paraît aussi intolérable aux yeux de certains.

En tout cas, ce nouvel acte de vandalisme vient s’ajouter à la liste -qui commence à être longue- des précédents enregistrés en France sur quelques années. Il semblerait que l’on n’accepte plus chez nous que ce qui est bien lisse, bien policé et normatif…

Après l’horreur


Vendredi soir, la barbarie a frappé au cœur de Paris. Comme beaucoup, je me suis retrouvée sidérée devant ma télé, atterrée au fur et à mesure que les premiers bilans des attentats étaient annoncés, que les faits en cours étaient exposés. J’ai pensé à mes amis -virtuels ou pas- parisiens dont je n’avais pas de nouvelles via le net, aux forces de police qui ont agi de façon exemplaire de rapidité et d’efficacité, aux personnels de secours mobilisés tant sur le terrain qu’en centres hospitaliers, qui ont eu à faire face à une situation de crise inédite à ce jour… J’ai eu également une grosse pensée pour tous ces réfugiés qui ont fuit leurs pays pour échapper à l’horreur et qui se voient aujourd’hui rattrapés par elle ici, en Europe, en pleine ville lumière.

Samedi, je me suis réveillée comme après un cauchemar, seulement voilà, c’est la réalité qui était devenue un cauchemar duquel il était impossible de se réveiller. Les nouvelles étaient terribles. Tant de morts innocents, tant de blessés dont le pronostic vital étaient engagés, tant de chaos dans les rues de la capitale. Paris dans un état d’après-guerre affichaient certains de mes contacts parisiens. Tout comme ce fut le cas à Beyrouth il y a quelque temps, Sousse il y a quelques mois… Comme c’est le cas chaque jour au Moyen-Orient. Nous ne pouvons pas fermer les yeux plus longtemps et admettre enfin que cette peste qui frappe ces pays lointains et que l’on observe aux infos, entre la poire et le fromage, avec distance, en reprochant à ceux qui la fuient d’être des lâches qui refusent de se battre, frappe aujourd’hui sur notre sol.

Les discours ignobles recommencent à se répandre, comme au lendemain des attentats de janvier 2015. Mais la différence, c’est que l’unité nationale aujourd’hui ne se fait pas… Pensez donc, à la veille d’une échéance électorale, l’occasion est trop belle de politiser ce drame, d’essayer d’en tirer profit ! Entendre un ancien président dont les décisions ont contribué à affaiblir l’Etat (réduction des effectifs de police, suppression de la police de proximité, affaiblissement du renseignement, intervention armée en Libye…) accuser sans aucune honte, entendre Marine Le Pen -qui, soit dit en passant doit se frotter les mains de ce carnage- réclamer l’expulsion des « migrants », le rétablissement de la peine de mort et autres joyeusetés m’ont filé la gerbe.

Et les internautes lambda, analystes de mes deux aux discours dignes des brèves de comptoir, se sont lâchés -et continuent- sur les réseaux sociaux. Comment expliquer à des imbéciles que la peine de mort contre des gens qui n’hésitent pas à se faire exploser, est un non-sens ? Comment convaincre que les Zemmour ou autre Soral n’ont aucune réponse aux problèmes actuels puisque, par leurs discours et leurs actes, ils ne font que nourrir la haine des autres, tout comme les fous islamistes qu’ils disent combattre. Mais si demain ces derniers disparaissaient, ces tristes sires n’auraient plus de raison d’être et seraient évacués également dans le siphon de l’histoire… Penser que ces extrêmistes dangereux sont une solution revient à penser que la meilleure contraception est la sodomie -ce n’est pas de moi, mais je trouve la comparaison assez juste, c’est pourquoi je la reprends.

DAESH n’est en rien représentatif des musulmans, et n’oublions jamais que les premières victimes de ces fous furieux sont musulmanes. Vendredi soir, les terroristes ont visé aveuglément des personnes sans aucune distinction de race, de religion, de culture. La brasserie « Le Carillon » est propriété d’une famille de confession musulmane ; combien de morts et de blessés le sont également ? Et parmi les personnels de soin qui ont pris en charge les victimes, je pense que toutes les confessions étaient représentées, tout comme dans les forces de l’ordre qui ont donné l’assaut au Bataclan, qui ont traqué -et continuent de le faire- les terroristes afin de les mettre hors d’état de nuire. Tous ces gens sont exemplaires dans leur dévouement aux autres, dans leur amour de leur pays. Beaucoup plus en tout cas que ces penseurs à deux balles qui font de la philosophie de bazar sur Facebook. Beaucoup plus que ces profiteurs qui ne savent que distiller la haine et la peur, parce que la division est bonne pour leur fond de commerce misérable. Ces soi-disant « bons français », descendants de mouvements très démocratiques tels que L’Action Française ou autre Cagoule, représentants d’une France rancie et haineuse qui n’est en rien compatible avec les valeurs de la France des Lumières dont les rayonnements sont internationaux.

Nous ne devons pas transiger avec nos valeurs, qui sont celles de notre République : Liberté, Égalité, Fraternité. Aimer son pays, ce n’est pas tomber dans une démarche identitaire, ce n’est pas jeter l’autre parce qu’il est différent, bien au contraire. Ce que nous devons voir aujourd’hui, c’est qui est Humain et qui ne l’est pas. Parce qu’au-delà des frontières, nous sommes tous habitants d’une même planète, nous sommes tous frères de l’espèce humaine. Alors aujourd’hui, conduisons-nous comme tels, tendons la main aux gens de bonne volonté pour faire face à la barbarie, restons unis et solidaires -toutes communautés confondues. C’est à ce prix seulement que nous pourrons faire face à la bête qui nous a frappés.

La peur, une honte française


La France a peur… C’est par ces mots prononcés le 18 février 1976 par Roger Gicquel en ouverture de journal télévisé que j’ai envie d’illustrer le comportement de mes concitoyens (en un mot ou en deux, à votre choix) face à l’afflux de réfugiés fuyant la guerre et les exactions de DAESH. Parce que, soyons honnêtes, qu’est-ce qui peut pousser des millions d’individus qui vivent dans le confort à se déchaîner ainsi contre de pauvres gens ?

Si on les écoute, il faut appliquer la préférence nationale aux malheureux… Comme si jusqu’à présent, nous avions été exemplaires dans la prise en charge des SDF et autres exclus sociaux. Comme si, il y a peu, ces mêmes personnes ne les traitaient pas de profiteurs et de parasites de la société… Non seulement le français à peur, mais il a la mémoire courte !

Mais il y a pire que cela. Il y a ces élus (le maire de Roanne par exemple, suivi hier par Damien Meslot, député-maire de Belfort), qui ont annoncé qu’ils étaient prêts à accueillir des réfugiés, pour peu qu’ils soient chrétiens. De simples citoyens, on pourrait encore accepter une suggestion pareille, mais de la part d’élus représentant d’un état laïque, dont le premier article de la Constitution dit ceci

 La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.

c’est tout simplement inacceptable. Cela fait affront à notre République et à notre Constitution. Comment peut-on simplement imaginer pouvoir faire le tri des bons et des mauvais réfugiés ? C’est abject. Toute personne normalement constituée, émotionnellement parlant, devrait être révulsée par cela… Mais non, il se trouve de nombreuses personnes pour applaudir. Alors, on ne peut que se dire que quelque chose est pourri au royaume de France… En d’autres temps, ces mêmes personnes auraient dit « des réfugiés oui, mais pas communistes, pas républicains, pas juifs » !

Réfugiés espagnols

A travers tout cela, on constate les dégâts de la « lepénisation » des esprits, du manque de courage de nos dirigeants à tenir le cap plutôt que de se laisser influencer par des sondages et suivre le sens du vent. Car ce vent est nauséabond…

Il faudrait savoir tirer des leçons de l’histoire, afin de ne pas refaire les erreurs du passé. Il y a un moment que je compare la guerre en Syrie avec la guerre d’Espagne. Deux pays étouffés par des dictatures, deux peuples persécutés, deux situations où l’on a jugé que l’on n’avait pas à s’en mêler… Notez que je ne différencie pas Bachar el Assad de DAESH, car ce terrorisme l’arrange bien, il peut ainsi traiter lui assimiler ses opposants et se donner le beau rôle. Et bien sûr, dans les deux cas comparés, un monde en crise, condition sine qua non au développement de tout cela.

Aujourd’hui, comme hier, les réfugiés se pressent à nos portes pour fuir la barbarie.

Aujourd’hui comme hier, l’extrême-droite est au plus haut en Europe, les risques d’un conflit mondial sont imminents. Prenons garde que les mêmes causes ne provoquent les mêmes effets…

Si la France a peur de ces hordes de miséreux, pour ma part j’ai peur des extrémismes -qu’ils soient facho-occidendaux ou islamo-fascistes, ce sont les deux faces d’une même médaille. Parce que s’il doit y avoir chaos général, c’est par ces gens-là qu’il arrivera, pas par les réfugiés qui n’ont pas pour vue de venir « égorger nos fils et nos compagnes »… Ils veulent simplement rester en vie.

De plus, et je terminerai avec cela, nous portons quand même une très lourde responsabilité dans tout cela. Si nous n’avions pas été allumer la mèche en Libye il y a quelques années, y aurait-il aujourd’hui ce brasier que nous sommes incapables d’éteindre dans toute la région ? Alors la moindre des choses, c’est d’assumer les conséquences de nos actes.

Et pour preuve que tout ce que l’on entend aujourd’hui provient de l’extrême-droite, ce lien que je vous engage à visiter ICI, il est édifiant !

D’excellents français… Mon cul !


J’en ai marre de la connerie humaine. Au fil du temps, j’ai l’impression qu’elle se propage telle une épidémie fulgurante, touchant chaque jour plus de personnes au travers l’Europe. Marre de ces soi-disant « bons Français » qui vitupèrent à longueur de journée via les réseaux sociaux, qui vomissent leur haine de l’autre et leur petitesse. Ces braves gens qui s’empressent de dénoncer la paille dans l’œil du voisin pour mieux oublier la poutre qu’ils ont de le leur.

Et puis c’est quoi ce délire de dire que l’on est fier d’être français ? Quel mérite a-t-on d’être né dans un pays, de parents de nationalité française (notez que je parle de nationalité, pas de « souche ») ? Aucun, c’est pour moi quelque chose qui relève du sort et pas d’autre chose. Que quelqu’un qui acquiert une nationalité s’en dise fier, je peux le comprendre, parce qu’il l’a choisie, qu’il a suivi un long chemin pour pouvoir être naturalisé, qu’il a du démontrer son attachement à cette nouvelle patrie.

Mais Mr Dupont ou Mme Lajoie (le choix des noms n’est pas innocent), en quoi sont-ils méritants ? C’est peut-être ça leur problème finalement. Leur haine serait-elle nourrie par un quelconque complexe ?

J’en ai plus que marre que dans un pays qui a érigé la laïcité en pilier de son fonctionnement, nous ne parlions plus désormais que de religion : que ce soit pour stigmatiser l’une ou vanter les racines traditionnelles de l’autre ! Si on veut être vraiment laïque, alors il faut fustiger autant le voile de la musulmane que celui de la bonne sœur, interdire les prières de rues musulmanes mais aussi les processions catholiques ! Oui, je suis autant heurtée par les bondieuseries publiques « catholiques de souche » que par les prières publiques d’autres religions, et cela même si le catholicisme est lié à l’histoire de France. D’ailleurs tiens, parlons-en du catholicisme dans l’histoire : l’Inquisition et ses horreurs, la St Barthélémy, les missions d’évangélisation aux quatre coins du monde où les indigènes des pays envahis avaient le choix unique de la conversion ou de la mort… C’est vrai qu’il y a de quoi se glorifier, d’être fier ! Au nom de la laïcité, je réclame le droit à ne plus entendre parler du tout d’aucune religion, que ce soit aux infos ou dans les fils d’actualité des réseaux sociaux. Si les religions et croyances ont le droit d’exister, c’est dans l’espace privé et pas ailleurs. Après tout, est-ce que j’emmerde le monde avec mon athéisme hein ?

J’en viens maintenant au dernier point : la souchitude française ! Ben voyons, elle est aussi réelle que la marmotte n’emballe le chocolat dans le papier d’alu. Quand on sait combien d’invasions ont déferlé sur notre pays au travers les siècles, il y a de quoi se marrer. Mon patronyme est on ne peut plus français. Celui de ma mère l’était tout autant. A priori, j’aurais pu jurer sur tous les seins saints que j’étais française « pure souche ». Et bien non puisque ma grand-mère maternelle avait un ancêtre flamand et mon grand-père maternel un ancêtre autrichien ! Je n’ai pas pu remonter suffisamment haut du côté de mon père, mais j’ai comme l’intuition que ça ne doit pas être mieux… Si j’ai des yeux noirs, je doute que ce soit grâce à des origines gauloises… Je me plais même à jouer la provocation, en évoquant de lointaines origines orientales ou manouches. Non par mythomanie, mais pour emmerder les bien-pensants, les aigris. Parce que chaque fois que l’on traite un rom ou un tzigane de voleur ou de personne sale, je me sens l’une des leurs. Et c’est valable pour toute autre minorité stigmatisée. C’est plus fort que moi, je ne supporte plus ce genre de propos qui me donnent la nausée et qui pourtant s’affichent partout non seulement en France, mais quasi dans toute l’Europe.

L’homme ne tire-t-il donc aucune leçon de l’histoire du monde ? Depuis la nuit des temps, il faut qu’il trouve des boucs-émissaires à chaque période difficile, comme si cela réglait le problème ! Aujourd’hui, nous sommes plongés dans une crise économique telle, qu’à côté d’elle, celle de 1929 fait presque pâle figure. Mais qui est à l’origine de cette crise ? Qui sont les responsables ? Les financiers qui spéculent avec de l’argent qu’ils n’ont pas, les multinationales qui privilégient les dividendes à la pérennité des entreprises ; les institutions économiques et financières internationales, qui les couvrent et les soutiennent quand il s’agit de pressuriser un peu plus les peuples pour leur faire rendre quelques piécettes de plus ; accessoirement les politiques de tous pays qui n’ont pas le courage de prendre les décisions qui s’imposent face à ces voyous en col blanc et préfèrent continuer à appauvrir leurs peuples respectifs pour que les premiers continuent à s’engraisser à outrance… Voilà les responsables, il n’y a pas besoin d’aller en chercher d’autres désignés pour la couleur de leur peau, leur religion ou leur origine, c’est aussi bête que cela.

Certains hurleront sûrement au point Godwin atteint, mais je n’ai aucun doute que tous ces « bons Français » qui vilipendent aujourd’hui les arabes -forcément musulmans-, les musulmans -forcément islamistes-, les roms ou tout autre personne désignée par eux comme persona non grata auraient, en d’autres temps montré du doigt le juif ou le franc-maçon qui se cachait, ou craché sur le capitaine Dreyfus en applaudissant sa dégradation… Le digne héritier d’un peuple aux idées rancies et puantes qui, il y a un peu plus de 70 ans, chantait en chœur « Maréchal, nous voilà ».

Voilà, c’est dit. Cela ne fera pas changer les mentalités, mais ça soulage !

Fascisation des esprits – De la complaisance à la complicité


Depuis quelques temps, j’ai pu constater un phénomène qui ne fait que s’amplifier et qui commence à me faire sérieusement douter des capacités de réflexion de mes congénères. Je veux parler du partage « d’informations » (j’expliquerai plus loin pour quoi je mets des guillemets) en provenance de sites pour le moins douteux.

Tout d’abord, à quoi reconnaît-on une information ? En règle générale, on peut la recouper. C’est à dire que si l’on fait une recherche, on va retrouver d’autres sources qui la citeront, ou à défaut, des éléments sérieux sur la façon dont elle aura été obtenue seront listés. Dans ce second cas, d’autres médias le reprennent dans les heures ou les jours qui suivent, sans en changer le contenu.

A quoi reconnaît-on une information manipulée ? Tout simplement quand, à partir d’un fait établit et vérifiable (en général traité très rapidement), la suite de l’article dérive sur les délires invérifiables et souvent à tendance complotiste. C’est donc à ce sujet que je met le terme information entre guillemets.

Attention, on ne peut pas confondre cette seconde catégorie avec ce que l’on appelle la presse d’opinion, car si cette dernière fait souvent fi de la neutralité et de l’objectivité qui sied à l’information, elle ne donne pas pour autant dans la manipulation de masse. Par contre, il y a une fange de cette presse d’opinion dont les agissements peuvent se confondre partiellement -même de façon infime- avec le groupe précédent…

Ce qui m’irrite aujourd’hui, c’est de voir que pour citer une info (dernièrement, j’ai eu le cas d’un article traitant des dangers de la cuisson au micro-ondes, sujet qui fait débat depuis des années), on partage le premier lien qui en parle, faisant fi de ce que le « média » reflète ou véhicule. Dans l’exemple cité, en bas de l’article il y avait la source dont été issue l’info (en l’occurrence, un magazine de santé tout à fait respectable), il était donc facile de faire le lien directement depuis celle-ci… Mais non ! Je suppose que la personne qui l’a partagé ne l’a pas jugé nécessaire et à donc partagé une info publiée par… Quenelle +, le site fascisant et révisionniste de Dieudonné et Soral ! Pire, elle ne pouvait pas l’ignorer au vu des divers visuels affichés partout. Cette personne contribue donc, par sa paresse qui lui fait partager tout et n’importe quoi sans se poser de question, à la plus grande visibilité de cette poubelle !

Et ce site n’est pas le seul… On voit de plus en plus de personnes qui pourtant se revendiquent comme anti-extrême-droite partager des articles en provenance d’Atlantico ou Valeurs Actuelles (sites d’information d’opinion clairement étiquetés extrême-droite), de Causeur, de Riposte Laïque -mouvement qui fait parler de lui lors des attaques contre la prétendue théorie du genre, et dont les accointances avec le Bloc Identitaire ont été très largement démontrées- ne sont pas sans me poser de problème.

Comme me l’on dit certains, une info est une info, quelle que soit la source. Parfois oui, parfois non, tout dépend de la façon dont on enrobe les faits. Et puis surtout, il faut se demander pourquoi certains de ces sites fascisants publient sur leurs pages des infos banales et susceptibles d’être très largement reprises (cf l’histoire de la cuisson au micro-ondes sus-citée), si ce n’est justement pour générer beaucoup de partages qui contribueront à faire connaître leur site, à le banaliser ? Ça contribue largement à banaliser la parole d’extrême-droite et ses différents supports, et franchement, cela m’est de plus en plus insupportable. Ça fonctionne tellement bien que trois personnes sur quatre interpellées sur le pourquoi de leurs partages, mettent en avant que ce sont des sources comme les autres…

C’est pour moi le résultat de la complaisance dont on a fait preuve trop longtemps vis à vis de certains discours, voir la reprise de ces discours par des personnes sans scrupules, à des fins électoralistes évidentes. A force de jouer avec le feu, on fini par mettre le feu à la forêt !

Projet crocodiles censuré à Toulouse


C’est l’histoire du projet qui a mené à une BD. Ce projet, Thomas Mathieu l’a échafaudé pour dénoncer le sexisme et le harcèlement ordinaires dont sont victimes les femmes dans leur quotidien, et il devait avoir les honneurs d’une exposition à Toulouse, le 25 novembre 2014, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Mais c’était sans compter le puritanisme et l’état d’esprit réactionnaire de certains élus.

En effet, cette exposition a été annulée car les planches de dessins ont été jugées trop provocatrices, voire vulgaires. Est-ce réellement la façon dont le dessinateur dénonce des actes tels que la lesbophobie ou le viol conjugal qui est vulgaire et provocatrice ? Ce qui devrait provoquer l’indignation ne devrait-il pas être justement le fait que de tels actes soient monnaie courante dans notre société dite évoluée ?

Car Thomas Mathieu n’a rien inventé. Il s’est contenté de mettre en image et en texte des faits dénoncés par des victimes. Les témoignages lui ont été adressés par courriel ou sur sa page Facebook. Quel est donc le message envoyé par les élus toulousains à ces victimes ? « Taisez-vous donc, vous êtes provocantes et vulgaires ! » Difficile de faire plus cynique, vous en conviendrez. Comment dénoncer une horreur en étant bien correct dans son language et en prenant soin de bien lisser le propos pour ne heurter personne ? Quelle hypocrisie !

Le pire dans tout cela, c’est que ces élus tant choqués sont essentiellement des femmes. Des femmes qui, par leurs propos, renvoient leurs congénères à un mutisme dont elles estiment qu’elles n’auraient jamais du sortir. Des femmes qui, par leur bien-pensance, se font complices des violences qu’elles trouvent si vulgaires. Depuis quand d’ailleurs la violence est de bon goût ? Dans quel monde vivent-elles ?

Pour ne parler que du viol conjugal, on estime qu’il représente environ 30 % des viols subis par les femmes… Et pour mémoire, le viol entre conjoints (mariés ou non) est reconnu en France depuis 1990. Il constitue même une circonstance aggravante depuis 1994. Quand on sait qu’à l’heure actuelle, 10 % seulement des femmes victimes de viol osent porter plainte, il est aberrant que des élus viennent en rajouter une couche en estimant que la dénonciation artistique de tels actes est vulgaire et provocante.

Si vous voulez vous faire une idée du travail que Thomas Mathieu a réalisé, je vous invite à visiter son Tumblr, c’est ICI. Et si le cœur vous en dit, vous pouvez acquérir la BD, elle est disponible sur le site de FNAC, mais vous pouvez aussi la commander chez votre libraire.

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