Annabelle – Sara Agnès L.


AnnabelleQuatrième de couverture

Annabelle est éditrice depuis des années dans la collection jeunesse de sa maison. C’est donc avec surprise qu’elle apprend le nouveau défi que ses chefs comptent lui lancer : lui demander de travailler avec un auteur best seller de romans érotiques, spécialisé en SM, qui semble avoir des exigences bien particulières vis à vis de ses éditrices… Y voyant une occasion de diversifier son travail, Annabelle accepte, mais elle est loin d’imaginer à quel point sa rencontre avec le séduisant John va bouleverser sa vie.

Mon avis

Ce roman est présenté comme une romance érotique BDSM, et il en prend le chemin. John Lenoir, auteur de best-seller, s’affiche comme Maître auprès de son éditrice, sauf que de « Maître » il n’a que le nom. C’est en fait un manipulateur plus partouzard que dominant (de mon point de vue). Ce qui l’intéresse, c’est d’amener une femme à accepter tous ses délires sans jamais rien donner en échange, et c’est de ce point de vue que l’on ne peut en rien qualifier ses agissements de BDSM (notion qui implique le consentement, la sécurité…). Il s’en cache à peine puisqu’il annonce la couleur  à Annabelle en disant que ce qu’il recherche dans sa pratique, c’est essentiellement l’assouvissement de ses besoins de sexe. Il manipule sa proie, amoureuse de lui, par un chantage affectif abjecte : soit tu cèdes à mes exigences, soit il ne se passera jamais rien entre nous. De ce point de vue, dès le début on sait que la relation est vouée à l’échec, il ne peut en être autrement.La seule chose qui reste en suspens, c’est jusqu’où Annabelle va-t-elle se laisser entraîner dans les abîmes avant de se rebeller ?

Dans la pratique du « Maître », à part le respect des règles, codes et punitions, le reste n’est que du sexe -et dès plus que souvent de groupe. La bisexualité féminine est un pré-requis qui arrive dès la première scène, le prêt est obligatoire… En clair, John Lenoir est quasi une caricature de ce que certains prétendus « maîtres » peuvent être, se fichant comme de l’an quarante des limites de sa soumise puisque, à aucun moment il ne lui demande qu’elles sont-elles. Malgré tout -ou grâce à- le récit est souvent excitant car bien amené, et l’héroïne prend un plaisir monstrueux à ces jeux qui n’en sont pas vraiment. Et puis il y a la punition de trop… Une punition particulièrement tordue puisqu’il vend, pour trois heures, sa soumise à plusieurs hommes qui pourront en faire ce que bon leur semblera. Ce qui devait arriver se produit, Annabelle subit un viol collectif.

D’ailleurs, il est a relever que chaque fois que John « prête » sa soumise (contre son gré) -que ce soit à des amis ou des inconnus, il la laisse seule avec « le ou les emprunteur(s) »… Jamais il ne se soucie de sa sécurité véritablement, pire il lui assure que tout ce qu’elle pourra vivre est parfaitement normal et nécessaire dans son évolution (qualifiée de « dressage » par lui, rien que le terme fait hurler).

Le tour de force de ce roman est de partir de cette conception d’une relation dominant/soumise qui vient en droite ligne de la littérature SM traditionnelle destructrice de type Histoire d’O, pour arriver à un happy end avec une belle histoire d’amour de laquelle John est exclu.Restera-t-il hors jeu longtemps ? C’est la question que l’on se pose quand on sait qu’il va repointer le bout de sa cravache dans le tome 2, annoncé pour décembre 2015. Et si il revient, comment son personnage va-t-il évoluer ? D’ailleurs, le peut-il ?

Ce roman a pour mérite de nous interroger sur le fait qu’une personne qui aspire à vivre des fantasmes de soumission (parce que ça l’excite quand même prodigieusement, Annabelle, toutes ces histoires qu’elle lit, bien qu’elle s’en défende vivement au début) doit pour autant tout accepter. Et celui qui a le plus à apprendre dans cette histoire, c’est finalement John, qui n’a rien compris et se contente d’assouvir des besoins primaires. Alors qu’il tient une pépite que beaucoup de dominants lui envieraient; il la massacre au lieu de la chérir…

J’ai dévoré ce roman en quelques heures à peine, et j’attends aujourd’hui avec impatience la suite. J’aimerais savoir s’il y a ne serait-ce qu’une once d’humanité chez cet homme, ou si son cas est définitivement désespéré.

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