L’Héroïne délicieuse


Ce jour-à, je flânais sans but véritable, profitant de la douce chaleur du soleil estival. Mes pas m’avaient conduite dans le quartier des bouquinistes, et c’est avec délectation que je fouillais les bacs à la recherche de trésors cachés. Il arrive parfois que l’on y fasse de jolies découvertes… Je ne cherchais rien de précis, me laissant plutôt porter par le hasard. C’est alors que je l’aperçus, à un étal voisin, droite et fière dans sa robe d’été. Le tissu souple du vêtement épousait parfaitement des formes que l’on devinait généreuses.

Une friandise… Une délicieuse friandise. C’est la première idée qui m’était venue à l’esprit en la voyant. Une peau veloutée, délicieusement hâlée, qui évoquait une pêche mûre, et donnait envie d’y croquer à pleines dents, d’en savourer la chair que j’imaginais sucrée.

Un coup de vent fit virevolter la corolle de sa robe, découvrant des jambes fines et bronzées. Son rire cristallin retentit, tandis qu’elle s’employait à dompter l’étoffe facétieuse, sans laisser paraître la moindre gêne. Tout en elle au contraire respirait l’insolence propre à son âge. Elle était très jeune, dix-huit ou peut-être vingt ans, mais guère plus. L’âge où l’on croit avoir le monde à ses pieds…

Étrangement, elle ressemblait à l’héroïne de l’histoire que j’étais en train d’écrire. Quoi de plus troublant, lorsque l’on a créé un personnage de toutes pièces, que de se trouver face à lui au détour d’une rue. La veille, j’aurais ri aux éclats devant un tel scénario, et pourtant ! Une bouffée de chaleur m’envahit en imaginant que la ressemblance n’était peut-être pas seulement physique. Il me revint en mémoire mes dernières lignes écrites, celles qui avaient semé une telle émotion en moi que j’avais dû marquer une pause d’écriture. Décidément, mon imagination me jouait des tours ! « Ma pauvre fille, redescend sur terre. » me dis-je. J’essayai de me replonger dans les livres, le cœur battant à tout rompre, mais alors que je prenais un volume de Colette, une main effleura la mienne dans le bac. C’était elle, je le sentis avant même que de lever les yeux…

Mon intuition ne m’avait pas trompée. Un délicieux parfum de vanille flottait dans l’air, la « friandise » se tenait en effet face à moi, de l’autre côté du bac de livres. « Avez-vous déjà lu celui-ci ? » me demanda-t-elle. L’intonation me surprit, je ne m’attendais pas à un timbre aussi grave chez une fille de cet âge. Grave et un peu rauque, ce qui créait un contraste singulier avec ce qu’elle était, et renforçait encore mon trouble. Je me lançai aussitôt dans un historique de l’œuvre de Colette, expliquant en quelles circonstances l’ouvrage avait été écrit, tout en me trouvant ridicule d’étaler ainsi des connaissances que l’on ne m’avait pas demandées. Pourquoi n’étais-je pas capable de répondre « oui » ou « non » ? Pour faire durer ce moment ? Peut-être… Sans doute même, avec le recul, j’en suis aujourd’hui persuadée.

La suite, dès le 2 février 2011 dans

« Transports de femmes » aux Editions Blanche

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8 réflexions sur “L’Héroïne délicieuse

  1. coucou isa, c’est un texte parfaitement écrit comme a ton habitude, j’aime ton style qui oscille entre poésie et roman, tu arrives même a faire des rimes dans tes textes ce qui n’est pas donné a tout le monde.
    par contre pour ce texte précis je ne vibre pas……. je n’arrive pas a définir ce qu’il lui manque, à mon goût bien-sur.
    Comment te dire mieux, je réfléchis en écrivant 🙂 j’ai l’impression en fait qu’il y a trop ou pas assez.
    pas assez de sexe , trop d’érotisme ou au contraire trop de sexe alors que peut être le texte méritait de rester dans l’érotisme, l’envie la plus pure.
    voila pour moi en toute sincérité.

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    • Merci vanille pour ce commentaire argumenté. Quand j’écris une histoire, j’attache autant d’importance à la musicalité des phrases qu’à l’histoire à proprement parlé. Je veux que ça sonne bien, si l’on lit à haute voix, que ça berce…

      Lorsque j’ai écrit ce texte, je voulais quelque chose de très tendre, de très doux. Peut-être as-tu raison lorsque tu dis que j’aurais du rester dans la sphère érotique je ne sais pas… Encore que, même pour ce qui est sexe, je sois restée dans un registre très soft… Difficile de doser les épices dans un plat élaboré, mais j’y travaille assidûment.

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  2. C’est écrit avec légereté. Non que vous ne vous soyez pas appliqué, n’allez pas vous méprendre sur le sens de mes mots, mais cela se lit avec … légèreté. On pressent qu’il va se passer quelque chose et … On achète ce transports de femmes pour connaitre la suite.
    Toujours très bien écrit, toujours très agréable à lire.

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    • Vala bombadilom, c’est le but… Allécher pour inciter le lecteur à acheter ! Ha ben quoi, il faut bien vivre hein… Surtout que ça rapporte pas des masses non plus (les droits étant divisés par le nombre d’auteures… arffff)

      Quand j’ai écrit ce texte, j’avais envie de douceur. J’étais également partie dans l’idée de traiter de la gourmandise pour cette première nouvelle d’une série abordant les 7 péchés capitaux sous un angle érotique. Il faudrait que je m’y remette sérieusement un de ces jours.Quand j’ai écrit ce texte, j’avais envie de douceur. J’étais également partie dans l’idée de traiter de la gourmandise pour cette première nouvelle d’une série abordant les 7 péchés capitaux sous un angle érotique. Il faudrait que je m’y remette sérieusement un de ces jours.

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