Le train 8427 en provenance de Genève – Jeanne Sialelli


Quatrième de couverture

Dans le train qui la ramène chez elle après un séjour chez sa grand-mère à Genève, une jeune fille est contrainte à se livrer à plusieurs hommes dans un compartiment du train. Malgré la peur qui l’étreint, elle prend plaisir à cette violence qui se déchaîne sur elle.

Dans ce court roman érotique, Jeanne Sialelli aborde sans tabou et avec un grand talent d’écrivain la délicate question du viol et de son fantasme chez les femmes.

Ce roman est destiné à entrer dans la bibliothèque des grands textes du genre.

Mon avis

Si ce roman parle de sexe (violent, mais sexe tout de même), j’ai du mal à le considérer comme une œuvre érotique. Il bouleverse, il secoue, il horrifie. Par les faits, par la violence qui transpire de chaque phrase.

Le début de l’histoire pose question. Cette grand-mère qui dispense tellement de conseils de prudence à sa petite-fille a-t-elle été violée ? Les non-dits peuvent-ils faire qu’inconsciemment, de mêmes faits peuvent frapper plusieurs générations, sans qu’elles aient été au courant de quoi que ce soit ? Ce phénomène n’est pas inconnu des amateurs éclairés de généalogie, et a même donné naissance à une nouvelle discipline, la psychogénéalogie.

Quelle est la part de réalité de ce viol ? Fantasme qui aurait mal tourné ou pas, telle n’est pas vraiment là la question. Ce qui compte, ce sont les sentiments exposés et que le lecteur se prend de plein fouet. Cette violence brute, tellement dérangeante mais aussi tellement bien vue. Certains se demanderont d’ailleurs s’il était besoin d’aller aussi loin dans le détail de cette violence. Personnellement, je pense que cela donne toute la dimension dramatique du récit, car qu’est-ce qu’un viol si l’on ne retranscrit pas tout ce qui constitue son enveloppe ? Elle était utile pour expliquer comment la victime peut s’attacher de façon irraisonnée à un agresseur… La brutalité sauvage des autres n’est présente que pour mettre en exergue l’apparente « normalité » de leur chef, l’homme aux yeux pleins de morceaux d’étoiles.

Ce n’est pas une lecture facile, pour qui serait trop sensible. Par contre, j’ai été frappée par la justesse de vue de l’auteur. Ainsi, le ressenti de l’héroïne durant les heures où elle est violée est extrêmement pertinent. La honte est extrêmement bien dépeinte, augmentée ici par le fait que la victime a pris du plaisir, à un moment donné. J’ai souvenir d’avoir lu, il y a quelques temps, une histoire de violeur en série, dont aucunes victimes n’avaient jamais porté plainte, parce qu’il prenait soin de les faire jouir de façon purement mécanique… Et dans la tête de n’importe qui, une victime de viol n’est pas censée prendre du plaisir, fut-il mécanique.

Finalement, ce qui m’a le plus horrifiée, ce n’est pas tant tout ce qui s’est passé dans le train, mais la réaction du mari de l’héroïne. A lui seul, il cumule tous les comportements caricaturaux des personnes en contact avec une victime de viol. Ses « Ce n’est rien » donne envie de lui coller des gifles ! Idem lorsqu’il exprime son envie que « tout redevienne comme avant ! » Toutes ses répliques sont finalement prises dans le tout-venant de ce que l’on peut entendre dire un peu partout par des personnes qui ne savent pas. Ce n’est pas forcément méchant d’ailleurs, c’est simplement à pleurer de bêtise et d’ignorance. Et l’inventaire des réactions continue lorsqu’il devient soupçonneux : pourquoi n’as-tu pas crié, ne t’es-tu pas défendue… L’incompréhension du mari est finalement celle de toute une société qui n’arrive pas à imaginer ce que c’est que de se retrouver dans une telle situation, ni à quel point un tel acte peut être destructeur.

Aussi, lorsque le fantasme émerge, en fin de récit, je ne suis pas loin de me demander si finalement, Jeanne ne choisit pas cela pour se protéger. Toute victime passe par une phase de déni, parce que la réalité lui est trop insupportable à vivre. Et si ici, c’était le cas ?

Tout est possible, à chacun de trouver ce qui lui semble juste… En tout cas, c’est une lecture que je ne regrette absolument pas, mais vraiment à réserver aux lecteurs avertis.

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