Voilà un sujet que j’ai déjà évoqué ici, alors pourquoi y revenir une fois de plus ? Tout simplement parce qu’au gré de mes pérégrinations sur le net, j’ai pu lire des choses qui m’ont pour le moins estomaquée, pour ne pas dire scandalisée. Il semblerait que pour certains, un viol lorsqu’il est commis sans arme n’en soit pas un, qu’un viol, lorsqu’il est commis par un conjoint, n’en soit pas un non plus. Pire, dans le dernier cas, il est relativement commun de penser que les viols conjugaux ne sont que des fictions inventées par des femmes vindicatives pour nuire à leurs époux.
Il faut avoir une bien piètre idée de ce qu’est le parcours d’une victime de viol en quête de reconnaissance pour s’imaginer que l’on peut monter cela de toute pièce. Car le viol a ceci de particulier qu’il est le seul crime pour lequel c’est à la victime de démontrer qu’il a bien eu lieu. Sa parole ne suffit pas, contrairement aux idées reçues, et c’est généralement un véritable chemin de croix qu’elle aura à parcourir pour être entendue et crue. Elle doit raconter et raconter encore indéfiniment et par le menu ce qu’elle a subi. La moindre variation lui sera jetée à la figure comme étant preuve de mensonge hypothétique. C’est pour cela que pour avoir le plus de chances d’être crue, une victime de viol doit avoir un maximum de preuves : certificats médicaux, témoignages, vêtements portés lors de l’agression…
Ces preuves, dans le cadre d’un viol conjugal, sont cependant très aléatoires. La présence de sperme sur la victime ou sur ses vêtements n’aura rien de suspecte, puisqu’il s’agira de celui du conjoint… Dans ce cas spécifique, elle ne pourra compter que sur les traces de violence physique sur son corps pour étayer ses propos, et devra donc trouver le courage de se faire examiner afin qu’un certificat médical irréfutable soit établi.
Ceci dit il faut savoir lorsque l’on parle de viol conjugal, qu’il est rarement -pour ne pas dire jamais- une violence isolée. Lorsque j’entends des hommes s’indigner en s’imaginant qu’ils pourront être demain poursuivis et emprisonnés pour un crime qu’ils n’auraient pas commis, je m’insurge car ils montrent par là la méconnaissance qu’ils ont de cette problématique. On ne devient pas un agresseur sexuel par hasard !
L’homme qui viole sa compagne est en général quelqu’un de violent verbalement et/ou physiquement. Si l’on peut rencontrer des hommes qui battent, insultent leurs épouses sans les violer, la réciproque n’existe que très rarement. Le viol constitue l’acte suprême de continuité de destruction de l’autre. Dans les cas où cela se dément, on a à faire généralement à quelqu’un qui n’a aucune conscience de l’interdit et qui fait passer sa frustration au-dessus de tout. Je pense à ces hommes qui peuvent infliger à leurs épouses endormies des actes qu’elles refuseraient en étant éveillées et qui tombent des nues lorsqu’on leur explique que c’est un viol. Généralement, l’argument présenté est "Oui, mais c’est ma femme tout de même"… Femme réduite à un objet dont ils seraient propriétaires et dont ils pourraient user à leur guise quand et comment ça leur chante.
J’ai eu récemment à me pencher sur les propos que Marcela Iacub tenus à propos du viol en avril 2012, lors de l’émission "Répliques" d’Alain Finkielkraut traitant de la domination masculine sur France Culture. Elle avançait alors que le viol n’était pas forcément une expérience traumatique pour les femmes. Allant même jusqu’à dresser un parallèle avec la déportation à Auschwitz. Marcela Iacub affirmait en outre que reconnaître, identifier et traiter les troubles psychotraumatiques liés au viol revenait à "condamner les victimes" en les poussant à se focaliser sur ledit traumatisme. Dans le même entretien, elle avouait enfin ne pas comprendre que le viol conjugal soit considéré comme un viol et même comme un viol aggravé : "Je trouve absurde qu’on pénalise le viol entre époux"
Ces propos, je les ai pris en pleine figure comme une gifle cinglante. En clair, c’est la société qui crée les victimes de toutes pièces en leur accordant une importance qu’elles n’ont pas, en criminalisant des actes qui, au final, ne seraient pas si graves que cela. Elle ne voit dans la prise en charge des victimes qu’une façon de les enfermer à jamais dans la victimisation ! Je suis effarée de voir qu’une femme instruite ne comprenne pas en quoi un viol conjugal est, de fait, un viol aggravé. Pour elle, l’abus de pouvoir de la personne à qui l’on a accordé son amour n’est pas une circonstance aggravante ? Le fait qu’elle méprise consciencieusement nos répulsions, nos refus, nos dégoûts ne constitue pas une circonstance aggravante ? Oserait-elle expliquer à un enfant qui lui confierait entendre sa mère pleurer quand son père la viole (j’ai reçu ce type de confidence), que ce n’est pas si grave que cela, que ses parents font l’amour ? C’est tout simplement pitoyable.
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